Autocollant diffusé en Grande-Bretagne en 2011 à l’initiative du groupe islamiste radical Al-Muhajiroun (crédits : David New/Daily Mail).

Le mot « islamisme » (al-islamaouiya en arabe) est défini par les chercheurs Bernard Botiveau et Jocelyne Cesari comme « les utilisations politiques de l’islam » (Géopolitique des islams, Economica, 1997). Le terme s’est imposé pour désigner les organisations, partis ou courants politiques et idéologiques se réclamant de la religion musulmane et prônant un programme inspiré par ses préceptes, le plus souvent dans sa version rigoriste.

Auteur du rapport « La Fabrique de l’islamisme » (Institut Montaigne, septembre 2018), l’essayiste Hakim El Karoui considère que les islamismes « forment un ensemble qui, au-delà de la croyance religieuse et de la spiritualité personnelle, porte une interprétation du monde, une vision de l’organisation de la société – y compris le monde profane – et un rôle donné à la religion dans l’exercice du pouvoir. »

Dans L’Islamisme et nous (CNRS Éditions, 2017), le politologue Pierre-André Taguieff distingue plusieurs types d’islamismes : salafistes ou wahhabites, Frères musulmans, jihadistes de diverses obédiences, etc. Selon lui, « un islamisme est le produit d’une politisation d’un islam, dont l’objectif est de bouleverser et de refondre tout ordre social non musulman, “faussement” ou “insuffisamment” musulman. […] Tout islamisme a pour objectif d’instaurer un ordre politico-religieux supposant l’établissement de la charia, impliquant le traitement des non musulmans comme des êtres inférieurs (à rançonner ou soumettre à un impôt spécial, ségréguer, discriminer, expulser ou combattre), l’obligation du port du “voile” (niqab, burqa, etc.) pour les femmes, la ségrégation des sexes et la normalisation du jihad individuel et collectif, “offensif” et “défensif”. […] Les groupes islamistes visent à établir sur tel ou tel territoire un émirat, une République ou un califat islamique, ce dernier pouvant s’élargir en un empire islamique universel. Certains idéologues islamistes, s’inspirant du léninisme, ont théorisé une stratégie de conquête par étapes, où l’on retrouve ces divers objectifs. »

Quels rapports entre l’islam et l’islamisme ?

Plusieurs auteurs dressent le constat d’une domination de l’islam, à l’échelle mondiale, par des courants islamistes, autrement dit d’une « prise de contrôle » de l’islam par l’islamisme. Ainsi, l’islamologue Rachid Benzine écrit :

« En face de la montée en puissance des comportements barbares, beaucoup de musulmans s’écrient : “Tout cela n’est pas l’islam !” ou encore, comme ces jours-ci sur les réseaux sociaux : “Pas en mon nom !” Ce n’est certes pas leur conception de l’islam, la manière dont ils vivent celui-ci dans l’intimité de leur cœur et en famille. Mais c’est néanmoins l’islam obscurantiste enseigné toutes ces dernières décennies dans la plupart des lieux de diffusion de la doctrine et de culture de la piété. »

L’islamisme et le conspirationnisme

Les islamistes sont tour à tour sujets et objets du conspirationnisme contemporain. Ainsi le thème du « complot contre l’islam » est-il omniprésent dans les textes et interventions de prêcheurs et théoriciens islamistes d’obédience frériste (comme Sayyid Qutb ou Youssouf Al-Qaradawi), wahhabite ou djihadiste (comme Abou Moussab al-Souri).

Il existe par ailleurs une approche complotiste de l’islamisme consistant à considérer qu’il est essentiellement une création de l’Occident et que les organisations terroristes djihadistes en particulier ne sont que des épouvantails dépourvus d’autonomie réelle dont se servirait « l’impérialisme américain » pour semer le chaos à travers le monde et imposer sa domination.

Une approche diamétralement opposée considère que la religion musulmane est, par nature, un projet de subversion politique et que l’islamisme, en tant qu’idéologie, en est le nécessaire corollaire – une confusion entretenue symétriquement aussi bien par les islamistes eux-mêmes que par des idéologues identitaires hostiles à l’islam. Ainsi, des personnalités de confession musulmane ou ayant un rapport parfois simplement supposé avec la religion musulmane ont pu être accusées de poursuivre un agenda caché islamiste. Inversement, des personnalités – musulmanes ou non – simplement critiques à l’égard de l’islamisme ont pu être dénoncées comme islamophobes et, pour cela, menacées de mort voire assassinées.

 

Pour aller plus loin :

Ben Laden, « créature » des Etats-Unis ?

Etats-Unis : l’affaire Huma Abedin et le spectre du complot islamique

 

(Dernière mise à jour le 30/05/2020)