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Conquer, Hoch, Karsenty... : ils veulent « trumpiser » la France

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Publié par David Medioni25 février 2026,

Très actif sur les réseaux sociaux, le Comité Trump France est plus qu'un simple mouvement d'opinion. Son objectif est clair : trumpiser la France en hystérisant le débat public.

Montage CW.

Ils sont à peine une centaine. Au départ, ils rêvaient d'une grande manifestation devant le ministère de la Justice, place Vendôme, ils sont cours la Reine, à deux pas de la statue de La Fayette dans le 16e arrondissement de Paris. Mobilisés à la hâte par les figures du Comité Trump France, les badauds sont en colère. L'objet de leur courroux : la perquisition quelques jours auparavant des locaux de X France. Ils filment des petites séquences de chacun des orateurs : de Florian Philippot à Vivien Hoch en passant par l'identitaire Damien Rieu, l'économiste climato-complotiste Philippe Herlin, le président du parti libertarien Vadim Asadov, l'avocat Philippe Prigent, et Nicolas Conquer. Une antienne occupe les prises de parole : la perquisition qui a visé X est une atteinte à la liberté d'expression et préfigure l'avènement d'une dictature macroniste en France. Eux incarnent la résistance. D'ailleurs, la pancarte reprend la marotte d'Elon Musk, le patron de X, lancée au lendemain de la réélection de Donald Trump : « You are the media NOW! » 

Une perquisition transformée en cause politique

Sur X, le « Comité Trump France » se présente comme une association de soutien à Donald Trump. Il se fixe trois missions : « Debunkage, manifestations, amitiés US-France ». À ce jour, le compte affiche plus de 93 000 abonnés et un volume d’activité massif (29 000 posts). La perquisition des locaux de X constitue une occasion en or pour les trumpistes hexagonaux. Pour se compter, mais aussi pour s'offrir une tribune politique à peu de frais.

L'action des policiers fait suite à l'ouverture d'une enquête par le Parquet de Paris pour « altération du fonctionnement » et « extraction frauduleuse de données ». Très vite, l’écosystème trumpiste français retourne l'accusation : la perquisition devient censure. Un récit qui colle à la grammaire populiste importée des États-Unis par le président américain et ses alliés pour délégitimer juges, procureurs, régulateurs et autres contre-pouvoirs. Le Comité Trump France dramatise aussitôt la séquence. Dans un message adressé directement à Elon Musk, le compte appelle à la mobilisation à Paris : « Dear @elonmusk, we will not let them close in France. Today in Paris ⤵️ ».

L'affiche de l'événement du 7 février (capture d'écran Nicolas Conquer/X).

Derrière le ton martial, une idée simple : inscrire X dans un statut d’exception, comme si la plateforme relevait d’un totem intouchable – et comme si toute action judiciaire visant ses activités relevait forcément d’un complot contre la liberté d’expression. Ce samedi 7 février, le rassemblement offre une représentation parfaite de l'extrême droite américaine et de ses ramifications hexagonales. Les éléments de langage sont lâchés. Me Philippe Prigent assène : « au lieu de traiter la délinquance, la justice devient un outil à faire taire les opposants politiques ». De son côté, le porte-parole du Parti libertarien français (PLIB), Vadim Asadov, pousse plus loin la logique d’affrontement : « quand l’État nous attaque on doit répondre : on doit mordre en réponse ».

Dans cette petite kermesse politique, le Comité Trump France sait bien qu'il ne peut pas peser sur le cours des choses, en revanche, il joue un rôle d'agrégateur. Il attire, le temps d’une photo, des univers qui, d’ordinaire, se concurrencent : souverainistes, libertariens, complosphère anti-système, militants identitaires, comptes d’influence. Il permet à chacun de faire valoir sa voix. Tous incarnent ce que le politologue Arnaud Miranda nomme, dans son ouvrage Les Lumières sombres (Gallimard/Le Grand Continent, 2026), la pensée néoréactionnaire : « Plutôt qu'une école de pensée académique, elle est décrite comme une "constellation numérique" : un ensemble informel et décentralisé de personnes, d'idées et de théories interagissant principalement sur des blogs, ou des forums ».

Quelques pages plus loin, Miranda évoque le rapport au droit et à la justice de ces courants néoréactionnaires selon lesquels « le droit formel doit coïncider avec le pouvoir informel ». Or, s'ils sont « les médias » − comme ils le martèlent à longueur de tribunes et de tweets −, alors le droit doit s'adapter à leur force. Car dans leur esprit, la force fait le droit. La scène du 7 février ne sort pas de nulle part. Elle prolonge un noyau militant ancien, réactivé depuis la prise de contrôle de Twitter par Musk et la normalisation de thématiques MAGA dans une partie de l'extrême droite française. Au cœur de cette mobilisation, trois hommes : Nicolas Conquer, Vivien Hoch et Philippe Karsenty.

Nicolas Conquer, le porte-parole médiatique des obsessions trumpiennes

Après avoir été le porte-parole du Parti républicain en France (Republicans Overseas), Nicolas Conquer se présente désormais comme fondateur de Western Arc, un « institut transatlantique du renouveau occidental [pour] produire des concepts structurants ». Aux élections législatives de juin 2024, Conquer est investi par l'UDR (le parti d'Eric Ciotti, allié au Rassemblement national) dans la 4e circonscription de la Manche. Battu au second tour, il engrange tout de même 40 % des suffrages. Dans son livre Vers un Trump français ? (Fayard, 2026), il se compare à rien de moins qu'Alexis de Toqueville.

Nicolas Conquer a son rond de serviette sur CNews (capture d'écran, juin 2025).

Plus largement, Nicolas Conquer incarne le pivot de toutes les obsessions trumpiennes qu'il distille dans tous les médias du groupe Bolloré : CNews, Europe 1, Le JDNews. Ainsi, lorsque Donald Trump est reconnu coupable, en mai 2024, de 34 chefs d’accusation dans l’affaire Stormy Daniels par un tribunal new-yorkais, Conquer fait la tournée des plateaux pour dénoncer un « simulacre de justice » et affirme que la vraie justice sera celle des électeurs lors de la présidentielle de novembre. Comme son idole orange, Conquer enchaîne les inepties conspis. Chez lui, tout est binaire. Le « Deep State » intimide ceux qui veulent penser autrement, les procureurs sont des « activistes », la justice le « bras armé » de la gauche woke et la presse un adversaire politique : « les médias riront moins » lorsque Donald Trump aura été réélu, prophétise-t-il. D'ailleurs, son champion fraîchement élu, Conquer se dit « curieux de voir comment le succès de Donald Trump va se répliquer en France »... Quelques jours seulement après l’investiture de Trump, il ose même : « l’immigration illégale est désormais au plus bas aux États-Unis, une première depuis quarante ans »... Magie de la post-réalité trumpienne.

Le 30 mars 2025, lorsque Marine Le Pen est condamnée en première instance à une peine d’inéligibilité avec exécution provisoire, Nicolas Conquer utilise le complotisme judiciaire comme stratégie de défense. Il dénonce un « procès politique » et estime que la justice française s'est rendue coupable d'un « assassinat politique » en direct, privant 13 millions d'électeurs de leur candidate.

Les schèmes utilisés par Conquer dans le débat français sont les mêmes que ceux utilisés par les trumpistes dans le débat américain. La volonté d'importation des fractures américaines en France est réelle. Tellement réelle qu'elle ne s’embarrasse même plus de circonvolutions. Son acolyte dans cette aventure, Vivien Hoch le martèle sans ambages : l'objectif est de trumpiser la France.

Vivien Hoch, le théoricien de la trumpisation

Docteur en philosophie, Vivien Hoch se présente comme un évangéliste numérique et inscrit ses travaux et interventions dans un périmètre mêlant éthique, bioéthique, numérique, politique et théologie. Plus largement, il se présente comme entrepreneur en communication et stratégies digitales, CEO d’Epiphanie Communication, agence de communication digitale. Dans l’espace public, son nom s’impose surtout par un engagement politique très dur. Participant aux mobilisations anti-Mariage pour tous, il cofonde ensuite l'association La France pour Trump.

Le Parisien rappelle ses liens avec la sphère catholique traditionaliste proche de Civitas. Le trumpisme, Hoch ne le commente pas : il veut l’importer. Le 24 septembre 2016 lors d’une réunion de soutien à Donald Trump, il se présente comme chargé de communication du Comité et attaque d’abord la presse : « On est là pour corriger la vague de désinformation qui s’abat sur Trump ». Puis il brocarde les journalistes présents, tous rangés indifféremment dans le « système politico-médiatique ». Dès ce jour, le Comité annonce vouloir « trumpiser la vie politique française ».

Vivien Hoch sur l'estrade, samedi 7 février 2026 (capture d'écran).

Au lendemain de la première élection de Trump en 2016, Hoch revendique la méthode : « Notre but aujourd’hui, c’est de "trumpiser" le débat politique français ». Ce processus passe selon lui par un verbe franc et une volonté de s’adresser à la majorité silencieuse en assumant le conflit avec les médias et les codes du politiquement correct. Dans un entretien au blog l’Observatoire de la Christianophobie, il dit vouloir « informer et, plus souvent, réinformer », en misant sur la « viralisation » via X , la création de « buzz » et l’interpellation directe d’élus et de journalistes, jusqu’à « imposer » un concept dans le débat public. En 2017, commentant les rumeurs d’un relais français de Breitbart News (un média trumpiste de la première heure), il ironise : « J’ai plus d’appels de journalistes que de gens qui ont entendu des infos sur Breibart en France », et s’interroge sur le sens de ce « blackout ». Au fil de ses prises de parole, la défiance envers les médias devient une stratégie destinée à peser sur le débat national au nom d’une droite  décomplexée.

Philippe Karsenty, de l'affaire al-Dura au climato-scepticisme

Pour accompagner les deux jeunes loups que sont Nicolas Conquer et Vivien Hoch, un vieux routier de la désinformation assure lui aussi le SAV des lubies trumpiennes sur les plateaux hexagonaux : Philippe Karsenty. Fondateur en 2004 de l'agence de « notation des médias » Media-Ratings et longtemps élu local à Neuilly-sur-Seine, le quinquagénaire est surtout connu pour son rôle dans la promotion de la théorie du complot sur la mort du petit Mohammed al-Dura. Dans la foulée, il co-signe un livre d’entretiens avec Renaud Camus, le théoricien du « Grand Remplacement ». Enfin, en 2019, commentant en direct l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris pour Fox News, il déclare que « les adeptes du politiquement correct vous feront croire que c’est un accident ». Des propos qui lui valent d'être immédiatement recadré et interrompu par le présentateur de la chaîne américaine.

Philippe Karsenty (à gauche) est régulièrement invité à l'antenne de Sud-Radio.

Ces dernières années, Philippe Karsenty s'est trouvé un nouveau cheval de bataille :  le trumpisme à la française. Karsenty se présente comme l'un des porte-paroles du Comité Trump France. Sud-Radio le reçoit sous ce titre. L'homme assure vouloir « ouvrir les yeux de la France sur les enjeux globaux » et qualifie Donald Trump de « Viagra de l’Europe, notre dernière chance pour ne pas se faire balayer par l’histoire ». Son argumentaire repose sur une mise en cause permanente de l’information, mais ses prises de parole servent aussi de vecteur à des récits contestés. Il ne s'arrête pas à une simple défense de Donald Trump. Il reprend aussi ses arguments sur tous les sujets. Ainsi, sur BFM TV, il délivre presque mots pour mots le narratif climato-sceptique trumpien : « On nous a baratinés pendant des décennies, on a tous vécu sous ce catastrophisme climatique. Il est temps d’arrêter. » Même mécanique sur la question de l'annexion du Groenland, un temps envisagé par Donald Trump. Le 6 janvier 2026, sur Sud-Radio toujours, Karsenty provoque : « Le Groenland est une colonie danoise ». Puis il distille les arguments du président américain selon lesquels il existerait une « forte volonté indépendantiste » et que le climat politique local ne se manifeste pas par un « amour démesuré envers Copenhague ». La méthode est toujours la même : une phrase choc, l’étiquette « Comité Trump France » pour crédibiliser, puis la reprise en boucle sur les réseaux.

Hystériser le débat

Au-delà du relais puissant des positions de Donald Trump que le Comité Trump France et ses figures distillent sur les plateaux radio et télé ainsi que sur les réseaux sociaux, l'autre dynamique frappante s'atteste dans l'utilisation qu'ils font des événements français pour hystériser toujours un peu plus le débat public. Ce fut le cas sur les Gilets jaunes, le meurtre de Thomas à Crépol, ou celui plus récent de Quentin Deranque à Lyon.

Cette méthode transparaît clairement lorsqu'on se plonge dans les archives d'Internet. En novembre 2020, le compte du Comité diffuse une carte et assure que celles publiées par la presse seraient « évidemment mensongères », pour suggérer une victoire de Donald Trump et nourrir le soupçon de fraude.

En juillet 2024, après la tentative d’assassinat contre Trump, le Comité affirme que le tireur serait « évidemment un ANTIFA d’extrême gauche », diffusant la photo et le nom de Maxwell Yearick... qui se trouve n'avoir absolument rien à voir avec l'affaire (le vrai tireur s'appelait Thomas Matthew Crooks et n'a jamais eu le moindre engagement antifasciste).

Reprendre un slogan hexagonal « Je suis Charlie » pour l'apposer à l'actualité américaine.

Quand l’actualité américaine s’invite à Paris, le procédé redouble. En septembre 2025, rendant hommage à la mémoire de Charlie Kirk, Nicolas Conquer compare le trentenaire américain à John F. Kennedy : « Les mêmes balles les ont tués » avant de reprendre à l'envie le « Je suis Charlie » né après le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. Le tout pour mettre en exergue son idée-phare : les médias veulent censurer. Hystériser un jour, hystériser toujours.

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à propos de l'auteur
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David Medioni
Journaliste indépendant, David Medioni anime l'émission « Les Déconspirateurs ». Il collabore à Franc-Tireur, La Tribune et CB News. Directeur de l'Observatoire des médias de la Fondation Jean-Jaurès, il est également le fondateur et le rédacteur en chef du magazine littéraire en ligne Ernest. Essayiste, il a publié plusieurs essais aux éditions de l'Aube : Être en train. Récits sur les rails, Eloge de la séduction, L'an zéro du tourisme (avec Jean Viard), et Quand l'info épuise (avec Guénaëlle Gault).
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