Hofstadter : « L’anticatholicisme, pornographie du puritain »
AVERTISSEMENT : Le texte qui suit est extrait de Richard Hofstadter, Le style paranoïaque. Théories du complot et droite radicale en Amérique, © François Bourin Editeur, Paris, septembre 2012 (préface de Philippe Raynaud ; traduit de l’anglais par Julien Charnay). Il est protégé par le droit d’auteur. Merci à François Bourin Editeur d’avoir autorisé Conspiracy Watch à le reproduire.

« L’anticatholicisme a toujours été la pornographie du puritain. Là où les antimaçonniques se plaisaient à imaginer des scènes où l’alcool coulait à flot et nourrissaient toutes sortes de fantasmes sur la réalité des sanctions infligées au nom des effroyables serments maçonniques, les anticatholiques forgeaient un corpus de mythes concernant les prêtres libertins, le confessionnal, lieu propice à la séduction, les couvents et les monastères aux mœurs licencieuses et bien d’autres choses encore. L’ouvrage Awful Disclosures, publié en 1836 et attribué à une certaine Maria Monk, fut probablement le livre le plus lu de toute l’histoire moderne des États-Unis jusqu’à la parution de La Case de l’oncle Tom. L’auteur, qui prétendait s’être échappée du couvent de l’Hôtel-Dieu de Montréal après y avoir effectué un séjour de cinq ans en tant que novice et nonne, racontait de façon très détaillée la vie qui avait été la sienne au sein de cette institution. Maria Monk racontait qu’elle avait été sommée par la mère supérieure d’«obéir aux prêtres en tous points» ; à son «immense étonnement», elle ne tarda pas à découvrir «avec horreur» la vraie nature de cette obéissance. D’après la jeune femme, les enfants nés d’une liaison au sein du couvent étaient baptisés puis mis à mort de façon à gagner immédiatement les cieux. Dans l’un des passages les plus forts d’Awful Disclosures, Maria Monk raconte avoir vu deux nourrissons se faire étrangler sous ses propres yeux. Le livre, attaqué et défendu avec autant de passion de part et d’autre, conserva une certaine audience malgré le témoignage de la mère de Maria Monk, une protestante vivant près de Montréal, venue attester que sa fille avait quelque peu perdu la raison pendant l’enfance, le jour où elle s’était enfoncé un crayon dans la tête. Malgré un nombre de lecteurs en baisse, l’ouvrage continua à séduire un public disposé à suivre la jeune femme bien qu’elle ait donné le jour à un enfant sans père deux ans après la sortie du livre. Maria Monk mourut en prison en 1849 après avoir été arrêtée par la police pour vols à la tire dans une maison close. »

Voir aussi :
* Pourquoi il est urgent de lire «Le Style paranoïaque» de Richard Hofstadter