Une étude de l’Université d’Oxford révèle que les personnes qui croient aux théories du complot sur le coronavirus sont moins susceptibles de se conformer aux directives de distanciation sociale ou de se faire vacciner.

Crédits : University of Oxford.

Une étude menée par des psychologues cliniques de l’Université d’Oxford et publiée le 19 mai 2020 dans la revue Psychological Medicine, indique qu’un nombre très élevé d’Anglais rejette le consensus des autorités scientifiques et étatiques sur la pandémie de coronavirus.

Les résultats de l’enquête montrent que :

  • 60% des adultes en Angleterre croient dans une certaine mesure que l’État trompe le public sur les origines du virus.
  • 40% pensent que la propagation du virus est, dans une certaine mesure, une tentative délibérée des puissants pour accroître leur pouvoir.
  • 20% pensent que, dans une certaine mesure, le virus relève du canular.

Réalisée du 4 au 11 mai 2020 auprès d’un échantillon représentatif de la population anglaise de 2 501 personnes âgées de plus de 18 ans, l’enquête OCEANS (Oxford Coronavirus Explanations, Attitudes, and Narratives Survey), qui bénéficie du soutien financier du Centre de recherche biomédicale NIHR d’Oxford, indique que la moitié du pays est excessivement méfiante et que cela a pour effet de limiter le suivi des recommandations gouvernementales visant à prévenir la propagation de la Covid-19.

Daniel Freeman, professeur de psychologie clinique à l’université d’Oxford, a coordonné l’étude. Il explique :

« Notre étude indique que les croyances en matière de théories du complot sur le coronavirus sont importantes. Ceux qui croient aux théories du complot sont moins susceptibles de suivre les recommandations de l’État, par exemple de rester chez soi, d’éviter de rencontrer des personnes en dehors de leur foyer, ou d’observer lorsqu’ils sont à l’extérieur une distance de deux mètres avec les autres personnes. Ceux qui croient aux théories du complot disent également qu’ils sont moins susceptibles d’accepter la vaccination, de passer un test de dépistage ou de porter un masque. »

Ces conclusions rejoignent celles des chercheurs français Paul Bertin, Sylvain Delouvée et Kenzo Nera dans un preprint publié vendredi dernier.

Les recommandations gouvernementales en matière de distanciation sociale ne sont efficaces que si la majorité des gens les respectent. Toutefois, la forte prévalence des croyances conspirationnistes et le faible niveau de confiance dans les institutions peuvent entraver la réponse à cette crise sanitaire.

Les autres propositions soumises aux personnes interrogées dans l’enquête OCEANS concernent l’idée que le coronavirus est une arme biologique développée par la Chine pour détruire l’Occident. Cette affirmation recueille l’adhésion plus ou moins forte de 45% des sondés. Par ailleurs, 29% des sondés pensent que l’OMS dispose déjà d’un vaccin et le garde caché. 21% approuvent l’idée que Bill Gates a créé le virus afin de réduire la population mondiale. 20% pensent que les musulmans répandent le virus pour attaquer les valeurs occidentales et 19% estiment que les juifs ont créé le virus pour faire s’effondrer l’économie et en profiter financièrement… :

Source : University of Oxford

Le Pr Freeman poursuit :

« Il y a une fracture : la plupart des gens acceptent largement les explications et les recommandations officielles sur la Covid-19. Une minorité significative les rejette. Les conséquences potentielles, cependant, nous concernent tous. Les détails des théories du complot diffèrent, et peuvent même être contradictoires, mais il existe une attitude dominante de profonde suspicion. […] Les nouvelles théories du complot se sont largement inspirées des théories du complot déjà existantes. Ces croyances semblent délétères s’agissant de notre nécessaire réponse collective à la crise. Dans le sillage de l’épidémie, la méfiance s’est comme généralisée. »

Le Dr Sinéad Lambe, psychologue clinicienne, souligne quant à elle que « la pensée du complot n’est pas cantonnée aux marges de la société et qu’elle reflète probablement une méfiance croissante à l’égard de l’État et des institutions. On peut dire que les croyances conspirationnistes voyagent plus loin et plus vite que jamais. Notre enquête indique que les personnes qui ont de telles croyances les partagent. Les réseaux sociaux leur offrent une plateforme toute prête. »

Pour le site de l’Université d’Oxford, il est crucial de contrer directement les théories du complot et d’en réduire la diffusion.

 

Voir aussi :

Plus de la moitié des Français pensent que le gouvernement a caché des informations sur le coronavirus

Une enquête d’opinion YouGov montre que le complotisme a cessé d’être un phénomène marginal