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Le complotisme en Belgique ne serait qu'un phénomène marginal, l'apanage de quelques excentriques sur les réseaux sociaux. L’enquête que vient de publier l’Institut Jonathas invite à réexaminer cette fable. Ainsi, en région Bruxelles-Capitale, 50 % des sondés pensent que l'industrie pharmaceutique et les gouvernements mentent sur la nocivité des vaccins. 26 % considèrent que les Américains n'ont jamais marché sur la Lune, et 26 % que les attentats du 11-Septembre sont un complot ourdi par la CIA et le Mossad. Car oui, l'autre enseignement de ce rapport, c'est la prégnance extraordinaire de l'antisémitisme : quatre sondés sur dix estiment que les Juifs contrôlent la finance, un quart les tient pour responsables des crises économiques et plus d’un sur cinq considère qu’ils ne sont pas des Belges comme les autres...
Des préjugés plus marqués chez les plus jeunes et aux deux extrémités du spectre politique, notamment chez les sympathisants du très marxiste Parti du Travail de Belgique (PTB) dont demeure très proche l'influenceur conspirationniste Michel Collon. Le complotisme, ici, s’appuie sur un vieux stock de représentations antijuives dont la Belgique ne s'est jamais complètement débarassée et qui ont été réactivées par un islamisme meurtrier.
Depuis le massacre du 7 octobre 2023, la situation a encore empiré. C'est dans le contexte de la guerre menée par Israël contre le Hamas à Gaza qu’a éclaté l’affaire Herman Brusselmans, un écrivain flamand qui a écrit dans un journal qu'il voulait « enfoncer un couteau aiguisé dans la gorge de chaque juif » qu’il croiserait. Poursuivi pour ces propos, il a été relaxé. Un scandale redoublé par la position du Conseil pour le journalisme, l'institution indépendante d'autorégulation de la presse flamande en Belgique, qui a jugé qu’il n’y avait dans les mots de l'écrivain ni incitation à la haine ni stigmatisation antisémite.
En 2019, déjà, la justice belge avait classé sans suite une plainte déposée quelques années plus tôt contre le gérant d'un café à Liège qui avait affiché sur sa devanture un panneau en turc clamant « les chiens sont autorisés mais les juifs jamais ! ». Quant à Laurent Louis, ancien député, un temps proche de Dieudonné, il continue sa carrière de pourfendeur du « lobby juif » en réapparaissant ces derniers jours sur les réseaux complotistes dont il fut longtemps un habitué. Cela en dépit de sa condamnation pour négationnisme.
La situation est telle qu'elle fait dire au journaliste Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, qu'il existe en Belgique un « antisémitisme systémique ». Incontestablement, il y a quelque chose de pourri au royaume de Belgique. Dans ce contexte, la montée d'un complotisme de masse est un signal à prendre au sérieux. Avant que la haine ne recommence à tuer.
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