Les partisans de théories du complot ont coutume de se plaindre de ce que les “médias dominants” sont “verrouillés”, “fermés” à toute opinion “alternative” (comprendre : “complotiste”). Un point de vue souvent démenti par les faits. Ainsi, un post mis en ligne aujourd’hui sur un blog hébergé par LeMonde.fr illustre une nouvelle fois comment un média de référence peut se faire le vecteur de théories du complot dont il s’est pourtant plusieurs fois alarmé…

« Le Comptoir de la BD » fait partie de ces blogs rattachés au site web du Monde. Dans un post intitulé « La théorie du complot pour de rire », Sébastien Naeco (l’auteur du blog), nous invite à nous précipiter sur une bande dessinée humoristique apparemment anodine, Le Bureau des complots, dont « [le] ton, [la] forme et [le] propos sont, selon ses propres mots, les plus intéressants lus dernièrement sur ce sujet ». Le sujet en question, c’est le 11-Septembre. Le propos de la BD : les attentats n’ont pas été fomentés par Al-Qaïda mais sont le fruit d’un complot interne.

Ce qui frappe, à la lecture du post de Sébastien Naeco, c’est tout d’abord ce qu’il ne dit pas. A savoir que l’auteur de la BD, Jérémy Mahot, est un complotiste convaincu, ce dont quiconque peut se rendre compte en se reportant à l’interview qu’il a accordé au site conspirationniste ReOpen911 le mois dernier. Mahot confie avoir basculé dans la théorie du complot après avoir lu le livre d’Eric Raynaud et avoir fréquenté assidûment les forums de ReOpen911. Pas « pour de rire » donc, contrairement à ce que laisse entendre Naeco.

Médias « pro-atlantistes »

« J’ai eu la conviction, explique Mahot, que tous ceux qui continueraient à croire à la version officielle des attentats se retrouveraient avec le temps, du mauvais côté de l’Histoire, du même côté que la masse de gens qui pensaient que la Terre était plate »… Interrogé sur l’objectivité des « médias mainstream », Mahot laisse également entrevoir un peu de sa vision du monde : « Thierry Meyssan a tellement pris sur la tête après la sortie de l’Effroyable imposture, que tout le monde est un peu échaudé. Pareil pour Jean-Marie Bigard ou Kassovitz. Il y a une épée de Damoclès au-dessus de la tête de celui qui osera aller contre la pensée unique délivrée par des médias qui sont pour la plupart pro-atlantistes ». Concernant sa maison d’édition, Delcourt, Jérémy Mahot poursuit :

« Mon directeur de collection, Lewis Trondheim, était sensible au sujet, mais il m’a conseillé de ne pas trop enfoncer le clou, ou de ne pas faire comme si j’assénais des vérités. Au départ, par exemple, j’avais prévu de mettre une petite page d’annexes avec les éléments (réels) qui étaient troublants (ceux dont j’ai fait la liste précédemment) et il m’a convaincu de l’enlever. Ce n’était pas trop l’endroit, pas après une petite BD d’humour noir comme la mienne. Après, sur le sujet même de la théorie du complot, je sais qu’il a demandé l’autorisation à Guy Delcourt personnellement. Je tiens d’ailleurs à les remercier très chaleureusement tous les deux pour ne pas s’être autocensurés ».

Au-delà des convictions conspirationnistes assumées de Jérémy Mahot – que, jusqu’à preuve du contraire, personne n’empêche de s’exprimer librement –, c’est la complaisance avec laquelle Sébastien Naeco évoque la BD qui interpelle le lecteur. Une complaisance pourtant facile à comprendre dès lors que Naeco reconnaît lui-même partager le parti pris de Jérémy Mahot s’agissant des attentats du 11 septembre 2001 :

« Sur des évènements aussi sensibles, [ce livre] ne prétend à aucune vérité. En revanche, il tente avec une certaine efficacité de nous dire : ne perdez pas votre sens critique, ne prenez pas pour argent comptant ce que vous disent les puissants auxquels les médias ouvrent leur espace avec parfois complaisance et connivence. Le rire par l’absurde démontre son efficacité. Il tente mais ne parvient cependant pas à 100% à son objectif : dans la reconstruction ludique des attentats et des évènements qui s’ensuivirent, Jérémy Mahot ne résiste pas à la prise de parti (qu’au passage je partage, mais là n’est pas la question) ».

Ajoutons, pour la petite histoire, que Jérémy Mahot m’a contacté le 5 septembre dernier pour me présenter le plus courtoisement du monde sa bande-dessinée et m’inciter à en faire la promotion, me précisant qu’il « lisait souvent et appréciait le contenu de Conspiracy Watch ». Gageons que le présent post le ravira au moins autant que les précédents.

Mise à jour (23/10/2012) :
Suite à la mise en ligne de ce post, Sébastien Naeco, l’auteur du blog « Le Comptoir de la BD », fait valoir qu’il ne partage pas les analyses de Jérémy Mahot sur le 11 septembre. Il a ainsi apporté une modification à son post. La phrase :

« dans la reconstruction ludique des attentats et des évènements qui s’ensuivirent, Jérémy Mahot ne résiste pas à la prise de parti (qu’au passage je partage, mais là n’est pas la question) ».

… est devenue :

« dans la reconstruction ludique des attentats et des évènements qui s’ensuivirent, Jérémy Mahot ne résiste pas à la prise de parti, précisément sur les raisons fallacieuses d’envahir l’Irak (qu’au passage je partage, mais là n’est pas la question) ».

Les internautes curieux de connaître les arguments de S. Naeco se reporteront aux commentaires ci-dessous.