Le sociologue Gérald Bronner était l’invité, hier, de “La Marche de l’Histoire”, l’émission de Jean Lebrun sur France Inter.

Au XVIIIème siècle, c’étaient les jésuites qui étaient accusés de manipuler le monde en fonction de leurs intérêts propres. Mais il faut attendre 2013 pour que le premier pape jésuite s’installe à Rome et il y a longtemps que le mythe du complot jésuite est éventé…

La dénonciation de la domination juive du monde, en revanche, c’est de l’ancien, du durable. Au début du XXème siècle, elle s’est formalisée dans un texte, Les Protocoles, qui prétendaient rendre compte des conversations secrètes que les Sages de Sion auraient eu entre eux afin d’organiser leurs funestes plans. Ils avaient tout prévu, même d’organiser l’antisémitisme pour mieux le contrôler. Les Protocoles ont connu un succès inouï. Les ressorts de la fabrication du texte ont été mis au jour mais peu importe. Un réalisateur égyptien qui en avait fait la matière d’un soap-opera a eu cette formule : «C’est peut-être un faux mais ce qui y est dit est vrai».

La conspiration, c’est une vieille histoire que l’imprimé populaire puis la télévision ont renouvelée. Aujourd’hui, nous en sommes à l’époque de la transparence et de l’instantanéité : 5 milliards d’abonnements dans le monde à des services de téléphonie mobiles qui sont autant de medias… Et comme nous avons tous une pente naturelle qui nous porte et à la défiance et à la croyance, la connaissance combat à armes inégales.

Source : “La Marche de l’histoire”, France Inter, 30 janvier 2014.