Avec Linky, un compteur électrique de nouvelle génération reposant sur la télétransmission des données de consommation à Enedis (entreprise gérant le réseau de distribution d’électricité en France), les ingrédients sont rassemblés pour que la campagne d’installation du boîtier inspire de multiples réactions versant dans la théorie du complot.

La nature supposée dangereuse des ondes électromagnétiques inquiète, entraînant des flots de commentaires sur les réseaux sociaux et des refus d’installation. On peut mesurer la sensibilité du sujet avec la rumeur née d’un incendie, survenu en avril 2018 à Laxou-Champ-le-Bœuf (Meurthe-et-Moselle), ayant entraîné la mort par asphyxie d’un habitant : le compteur Linky aurait été à l’origine du sinistre. Cette fausse information était en fait fondée sur une extrapolation de faits rapportés par un article de L’Est républicain ; elle circula sur plusieurs sites Internet et fut colportée par des articles partagés des milliers de fois.

Cette inquiétude d’une partie du public à l’égard du compteur déployé par Enedis a inspiré aux députés du groupe La France insoumise (LFI) à l’Assemblée nationale une proposition de loi « tendant à permettre aux consommateurs et aux maires de s’opposer à l’installation de compteurs électriques dits intelligents ». Alors que 39 millions de compteurs Linky devraient être posés d’ici 2021, la proposition des députés LFI n’hésitait pas à reprendre l’argument scientifiquement infondé de la nocivité des ondes, quitte à alimenter la psychose autour de l’opération.

De nombreuses études ont pourtant attesté l’innocuité des compteurs, que résume la mise au point suivante lisible sur le site lesnumeriques.com en mai 2018 :  le module CPL G3 qui équipe les compteurs Linky « émet en pratique tellement peu d’ondes qu’elles sont difficiles à mesurer, de l’ordre de 0,1 V/m selon les relevés du Centre scientifique et technique du bâtiment, contre 4 V/m en moyenne pour une antenne 4G lors d’un appel ou 30 V/m pour une plaque à induction ».

Le Tribunal de grande instance de Tours a justifié, mardi 30 juillet 2019, le retrait du compteur Linky chez plusieurs particuliers pour « raisons médicales ». Une décision notamment basée sur les certificats médicaux du professeur Dominique Belpomme, un médecin controversé pour sa tendance à poser des diagnostics de « syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques » qui ne s’appuient sur aucune publication scientifique. En décembre 2017, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié un rapport d’expertise collective indiquant que « dans l’état actuel des connaissances scientifiques, la perception directe des ondes électromagnétiques par l’être humain n’a pas été démontrée » (p. 126/359).

Le collectif « Les citoyens éclairés » s’oppose à la mise en place des compteurs Linky, selon elle à l’origine d’un futur scandale sanitaire. Sur les réseaux sociaux, cette association loi de 1901 trahit cependant un véritable penchant pour les contenus à caractère complotiste. Sur sa page Facebook, la présidente de l’association partage des contenus de sources douteuses, telles que Résistance républicaine de Christine Tasin, Le Média pour tous, de Vincent Lapierre, ex-collaborateur d’Alain Soral, ou encore de l’UPR de François Asselineau.

Signe d’une dérive inquiétante, le quotidien Sud Ouest a rapporté en juin 2018, sans se montrer critique à l’égard du caractère anxiogène de ces alertes, l’initiative de deux Bordelais ayant mis au point un appareil pour se « protéger des ondes de Linky » au prix de 600 euros. Où l’on voit que la contestation anti-Linky est aussi un business…

 

Voir aussi :

La fronde anti-LINKY, nouveau filon des complotistes

Contre le Linky, des citoyens « éclairés » ou illuminés ?

 

(Dernière mise à jour : 22/11/2019)