Après plusieurs condamnations de son directeur pour provocation à la haine raciale, Egalité & Réconciliation a été proscrit de deux plateformes de dons en ligne à l’été 2018. La semaine dernière, le site d’Alain Soral a mis sur pied un montage opaque lui permettant de contourner ce désagrément. Une enquête #StopHateMoney.

Le 20 mai dernier, Pierre de Brague, rédacteur en chef d’Egalité & Réconciliation (E&R), annonçait dans une vidéo le retour des financements participatifs de la plateforme dirigée par Alain Soral. En août-septembre 2018, les comptes Paypal et Stripe d’E&R avaient été supprimés pour viol de leurs conditions générales d’utilisation qui proscrivent la diffusion de contenus encourageant la violence envers un groupe compte tenu de son appartenance raciale, religieuse, sexuelle, nationale ou autre.

Pour E&R, qui omet d’indiquer que la maison d’édition d’Alain Soral, Kontre Kulture, utilise toujours la solution de paiement PayPal, la vérité est ailleurs : ces restrictions s’inscriraient « dans une logique de répression globale » mise en oeuvre par « le Système » pour « faire taire Alain Soral, par la prison ou la mort économique ».

« Politiquement neutre » ?

Ainsi, le nouveau dispositif de dons par carte bancaire mis en place sur le site du polémiste « national-socialiste » ne se fait plus directement à l’association E&R mais à une association dénommée « Les Amis genevois de la tolérance » dont le nom de domaine (lagdlt.com) a été déposé le 24 octobre 2018, soit quelques semaines après que Soral a perdu la possibilité de financer son site via Paypal et Stripe. Cette association de droit suisse se prétend « politiquement neutre » et affirme « venir en aide à toutes associations, fondations et autres organismes dont l’objet ou les activités consistent à exercer ou à défendre la liberté d’expression, la tolérance ou le pluralisme dans les domaines culturels, philosophiques, religieux ou politiques ». Qu’en est-il réellement ?

On ne trouve que très peu d’information au sujet de cette association sur internet, si ce n’est une adresse postale et un numéro de téléphone dont il s’avère qu’ils sont en réalité ceux du cabinet d’avocat « Junod & Associés ». Un fait que ni Alain Soral ni Pierre de Brague n’ont curieusement cru devoir mentionner.

Et pour cause : le fondateur de cette étude, Me Pascal Junod, est un des avocats de Soral ainsi qu’une figure bien connue de l’extrême droite helvétique. Membre de l’Union démocratique du centre (UDC), il fut acculé à la démission de ce parti d’extrême droite « en raison de ses sympathies néofascistes » selon Michaël Prazan et Adrien Minard, auteurs d’une enquête sur le négationniste Roger Garaudy, Junod fut notamment l’avocat, avec son confrère Damien Viguier (autre avocat de Soral), du chef de fil des négationnistes français, Robert Faurisson. Il plaida également dans le passé pour Roger Garaudy. Dans les années 1980, Junod fut aussi à l’initiative de la création des cercles Thulé et Proudhon. Pascal Junod préside enfin l’Association des amis de Robert Brasillach, dont l’objet est de faire connaître l’œuvre de l’écrivain collaborationniste, beau-frère de Maurice Bardèche et rédacteur en chef du journal pro-nazi Je suis partout, et qui est domiciliée à la même case postale que son étude.

Ayant toutes les caractéristiques d’une association-écran n’ayant d’autre véritable but que de rendre plus difficile le traçage du financement d’E&R, l’association « Les Amis genevois de la tolérance » a recours, pour les paiements par carte bancaire, à une plateforme financière suisse, Payrexx. Les conditions d’utilisation de Payrexx précisent toutefois que la plateforme proscrit le financement de contenus faisant la promotion du racisme, du fascisme et de la haine.

Avec près de 4,8 millions de visites mensuelles moyennes en 2018, E&R s’impose aujourd’hui de loin comme le navire amiral de la complosphère d’extrême droite.