La société de modération Netino By Webhelp a sorti pour la deuxième année consécutive une étude sur la haine en ligne. Elle révèle qu’un commentaire sur sept laissé sur un réseau social comme Facebook serait haineux. Une tendance en hausse depuis l’année dernière.

La haine sur les réseaux sociaux continue d’augmenter. C’est le triste constat de Netino By Webhelp, entreprise leader dans le domaine de la e-modération, qui a sorti sa deuxième édition du panorama de la haine en ligne en analysant 25 pages Facebook des principaux médias français. Selon la société, sur les trois premiers mois de l’année, 14,3% des commentaires – soit 1 commentaire sur 7 – contiennent des propos haineux ou agressifs. Un phénomène en hausse par rapport à l’année précédente où ce chiffre s’établissait à 10,9%.

Pour 1000 commentaires pris au hasard, 30,1 relèvent d’attaques haineuses contre les politiciens, 15,5 d’attaques contre une personnalité et 15,1 d’attaques visant les médias ou les journalistes. Ce sont là les cibles les plus fréquentes : les politiciens focalisent ainsi sur eux 21% des commentaires haineux, les personnalités, 10,8% et les médias/journalistes, 10,6%. Les messages agressifs ou insultants entre internautes représentent 37,1% des commentaires. Les commentaires haineux pour chacune de ces catégories sont en hausse par rapport à 2018.

Les principales catégories ciblées par des commentaires haineux (source : “Panorama de la haine en ligne 2019”, Netino).

« Nous n’avons pas tous la même définition de ce qu’est un propos haineux » explique Jérémie Mani, directeur de Netino. « Dans le cas de l’étude, nous avons pris le dénominateur commun de toutes les chartes de modération s’appliquant sur les pages Facebook des grands médias concernés. Des documents validés par les rédactions de ces médias ». En piochant ainsi aléatoirement un peu plus de 15 000 commentaires sur environ 15 millions, l’étude a identifié 34 cibles différentes de propos malveillants.

Et certaines de ces cibles n’apparaissaient pas dans le panorama précédent (les Gilets jaunes, les forces de l’ordre, les djihadistes, les vegans ou les chasseurs par exemple) tandis que d’autres ont subi un regain de haine, comme les personnes affichant des lacunes ostensibles en orthographe, avec une hausse de 0,5 point par rapport à l’année dernière, ou encore les Juifs avec +0,8 point. Qu’en est-il du négationnisme ? Jérémie Mani dit ne pas avoir observé de commentaires négationnistes tout en relativisant : « cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas, seulement qu’ils sont probablement moins nombreux que d’autres propos haineux. Si ce type de propos venait à augmenter, nous créerions une catégorie spécifique ».

En revanche, et c’est une bonne nouvelle, certaines catégories sont moins visées qu’auparavant, notamment les musulmans (-1,5 point), les migrants (-1,2 point), les personnes âgées (-1,5 point) ou les fonctionnaires (-1,1 point).

Les commentaires relayant des théories du complot ne rentrent quant à eux tout simplement pas dans l’étude. « Nous avons fait le choix de ne pas tenir compte des propos relayant une théorie du complot. D’une part parce que le sujet de l’étude portait sur les propos agressifs et haineux, ce qui n’est pas tout à fait le cas des propos complotistes. D’autre part parce qu’il est très difficile de tracer une barrière claire entre ce qui est un propos complotiste et ce qui n’en est pas un. Nous n’avons pas de document nous aidant à catégoriser ce qu’est un propos complotiste » élucide le directeur de l’étude.

« Mettre fin à l’impunité »

Pour lutter contre cette haine en ligne, Facebook a embauché des modérateurs et a commencé à supprimer les comptes de certains propagateurs de haine comme celui d’Alex Jones l’été dernier, de Boris Le Lay il y a une dizaine de jours ou, hier, de Louis Farrakhan, Paul Joseph Watson, Laura Loomer, Paul Nehlen et Milo Yiannopoulos. Avec plus d’1,3 millions d’abonnés, la page Facebook officielle de Dieudonné M’Bala M’Bala demeure à ce jour toujours active.

De son côté, la députée LREM Laëtitia Avia a déposé une proposition de loi visant à lutter contre les propos haineux sur les réseaux sociaux qui prévoit de laisser 24 heures à la plateforme en ligne pour supprimer le contenu offensant incriminé sans quoi elle pourrait être sanctionnée financièrement. Sur Twitter, la députée plaide pour une réponse pénale forte censée « mettre fin à l’impunité ».