Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot

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Tous paranos ? Pourquoi nous aimons tant les complots... de Pierre-Henri Tavoillot & Laurent Bazin
Les Protocoles des Sages de Sion : Faux et usages d'un faux, de Pierre-André Taguieff
L'imaginaire du complot mondial, de Pierre-André Taguieff
La synarchie. Le mythe du complot permanent, d'Olivier Dard
L'Effroyable Imposteur, de Fiammetta Venner
Mythes et mythologies politiques, de Raoul Girardet
Court traité de complotologie, de Pierre-André Taguieff
Les rhétoriques de la conspiration, sous la direction d'Emmanuelle Danblon & Loïc Nicolas
La Société parano, de Véronique Campion-Vincent
Le Complot : L'histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion, de Will Eisner





Hieronymus Bosch, « L'Escamoteur » (entre 1496 et 1520) ; huile sur panneau de bois au Musée de Saint Germain en Laye (Wikipedia)
Entretien avec Gérald Bronner, professeur de sociologie à l’université Paris Diderot, auteur de plusieurs ouvrages sur les croyances collectives et la cognition dont notamment L’empire des croyances (PUF, 2003), La pensée extrême : comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques (Denoël 2009) et La démocratie des crédules (PUF, 2013).

M.H. : Le mot « post-vérité », en anglais post-truth, a été désigné par Oxford Dictionaries comme mot de l’année 2016. Cela veut-il dire que nous vivons dans des sociétés où la distinction entre le vrai et le faux n’a plus d’importance ?

G.B. : Ce terme de « post-vérité » me semble mal choisi. Je préfère parler, comme je l’ai déjà fait, de « démocratie des crédules », car cette expression permet de souligner le rapport étroit et paradoxal entre le développement de la crédulité et celui de la liberté d’expression. En se servant du terme de « post-vérité », on semble dire que les gens sont devenus indifférents à la vérité, ce que je ne crois pas du tout.

Il existe, au moins métaphoriquement un marché cognitif, un espace fictif, où rentrent en concurrence des propositions intellectuelles qui viennent de milieux sociaux très différents, et, sur ce marché, il y a quatre catégories d’acteurs qui font circuler des informations fausses : ceux qui le font en sachant qu’elles le sont, simplement pour mettre du bordel dans le système ; ceux qui le font par militantisme idéologique afin de servir leur cause ; ceux qui le font pour servir des intérêts politiques, économiques ou même personnels ; enfin ceux qui le font en croyant qu’elles sont vraies, et c’est à leur propos que se pose le plus la question de la post-vérité.

Mais il ne faut pas croire que nous sommes devenus tout d’un coup indifférents à la vérité par l’effet d’une quelconque mutation. Ce n’est pas ainsi que fonctionne la sélection biologique. La thèse que je défends est que les évolutions technologiques et la libéralisation des marchés amplifient des éléments préexistants qui sont de grands invariants de l’être humain.

Si, pour prendre un autre exemple que le marché cognitif, sur le marché de l’alimentation, les produits les plus demandés et les plus présents sont la pizza et le hamburger, c’est qu’ils satisfont à de très anciennes dispositions qui, à l’époque du pléistocène, nous permettaient de stocker du sucre sous forme de graisse, mais qui actuellement favorisent l’augmentation de l’obésité. (...)

Lire la suite sur The Conversation.


Voir aussi :
* Vérité des faits ou défaite de la vérité ? (avec Raphaël Enthoven et Samuel Laurent, "Qui vive", Europe 1, 11 février 2017)
* Sommes-nous entrés dans l'ère de la post-vérité ? (avec Antoine Mercier et Rudy Reichstadt, Akadem, 13 février 2017)