Extrait de Pierre-André Taguieff, La Judéophobie des Modernes. Des Lumières au Jihad mondial, Paris, Odile Jacob, 2008, pp. 414-424 :

La Judéophobie des Modernes, de Pierre-André Taguieff (Odile Jacob, 2008).

Plongeons au cœur des convergences entre courants islamistes et mouvances néo-gauchistes.  C’est dans l’absolu rejet du « sionisme », d’un « sionisme » mythifié, que communient ces nouveaux alliés. Mais l’antisionisme absolu n’a de sens que porté par l’engagement total en faveur de la « cause palestinienne ». Une nouvelle évidence militante émerge : la cause palestinienne serait la nouvelle « cause universelle », comme l’affirment publiquement aujourd’hui les néo-tiersmondistes d’extrême gauche. Le Palestinien-martyr remplace le Prolétaire en lutte dans la mythologie révolutionnaire. Le « sionisme mondial » remplace le « Juif international ». Vision du monde manichéenne qui nous plonge dans le mythe, et dépolitise l’approche des  conflits, lesquels deviennent ainsi des problèmes insolubles. Pour certains, l’islamisation de la modernité devient préférable à la modernisation de l’islam. Le rouge de la Révolution se colore de vert – islamique d’abord, écolo-altermondialiste ensuite. Nouvelle Internationale. Il faut écouter soigneusement le message lancé de sa prison française (La Santé) par Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos, militant communiste d’origine vénézuélienne, tiers-mondiste et terroriste international, converti à un islam de combat. Carlos reconnaît volontiers, dans un entretien accordé le 1er novembre 2001 à la revue néo-fasciste  Résistance !, le fait et l’importance stratégique des confluences ou des convergences entre les islamistes radicaux et les « extrémistes » de gauche et de droite, parmi lesquels certains idéologues, tel le « nationaliste révolutionnaire » Christian Bouchet [1], visent explicitement à « constituer  un front uni » pour « lutter contre les ennemis communs : l’impérialisme yankee et le sionisme ». Le témoignage de Carlos est fort éclairant :

« J’utilise souvent le terme convergence, au sujet de militants d’idéologies différentes avec qui nous nous retrouvons d’accord sur l’essentiel. (…) Tous ceux qui combattent les ennemis de l’humanité, à savoir l’impérialisme états-unien, les sionistes, leurs alliés et leurs agents, sont mes camarades. (…) Je me suis converti à l’Islam en octobre 1975, et je continue à être communiste. Il n’y a pas de contradiction entre la soumission à Dieu et l’idéal de la société communiste. (…) Je suis un fédayi. La situation en Palestine est le reflet de celle du monde arabo-musulman : désastreuse ! Mais je vois l’avenir radieux ! Mes vœux les plus chers sont pour la libération de la Palestine et de tous les pays occupés par des forces étrangères. (…) L’islamisme radical est bigarré, hétéroclite et protéiforme. On y trouve le meilleur et le pire : des mouvements jihadistes jusqu’à des réactionnaires liberticides et misogynes. (…) Après la désagrégation du camp socialiste athée, les vrais jihadistes s’attaquent au monstre yankee et réclament la libération des trois lieux saints de La Mecque, de Médine et de Jérusalem. (…) J’ai eu un profond soulagement en voyant les héroïques opérations de sacrifice du 11 septembre 2001. J’ai compris que mon sacrifice à Khartoum n’avait pas été vain. Cheikh Oussama Ben Laden est le modèle du moudjahid. C’est un martyr vivant, un pur [2]. »

Comment nommer cette nouvelle configuration idéologico-politique ? islamo-communisme, islamo-trotskisme, islamo-gauchisme ? voire islamo-altermondialisme ? Car après le célèbre Carlos, le plus populaire des leaders « altermondialistes », José Bové, est intervenu sur le conflit israélo-palestinien. Comme de nombreux autres leaders dits « anti-mondialisation » ou « altermondialistes »,  celui qui était alors le porte-parole de la Confédération paysanne, José Bové, s’est efforcé de jumeler « les luttes » contre la « mondialisation libérale » et celles des Palestiniens  (avec leurs alliés) contre Israël. Lors d’un meeting organisé par le Collectif 33 de solidarité avec la Palestine, le 6 octobre 2001, à l’Athénée Municipal de Bordeaux, avec la projection du film documentaire « Voyages en Palestine » retraçant les missions  civiles pour la « protection du peuple palestinien »,  José Bové déclare ainsi dans une interview :

« Israël est une sentinelle avancée de la colonisation libérale. Ce combat doit s’inscrire dans la grande lutte contre la domination du monde par l’idéologie libérale. (…) La lutte pour les droits du peuple palestinien s’inscrit dans la lutte contre la mondialisation financière, dans la mesure où il s’agit d’instaurer un principe : celui d’un véritable partage des richesses économiques entre les Israéliens et les Palestiniens [3]. »

Il y a là une manière de faire renaître le mythe répulsif des « dynasties financières », de la domination du monde par la « haute finance », celui des « véritables maîtres du monde ». Renaissance du mythe Rothschild, à travers certaines transformations : Israël remplace la famille Rothschild, et la « mondialisation financière » joue le rôle de la « fortune anonyme et vagabonde ». On n’est pas très loin de la vision des « Sages de Sion » régnant sur la planète. Ce jumelage  entre la position « altermondialiste » et le militantisme pro-palestinien  (donc « antisioniste ») produit des effets de contamination et de renforcement idéologiques réciproques : la diabolisation de la « mondialisation libérale » (dont le visage est l’Amérique) entre en résonance avec la démonisation d’Israël, pour alimenter le mythe du « Grand Satan » à deux faces. La mythologie victimaire tend à prendre figure autour du Palestinien, érigé en victime de la « mondialisation néolibérale ». Cette symbolisation de la victime du nouveau capitalisme permet de « globaliser les luttes » (selon le slogan) des mouvements « anti-mondialisation ». Le dirigeant trotskiste Christian Picquet (LCR), très engagé dans le militantisme propalestinien (il anime la Coordination Palestine), le reconnaît volontiers : « La situation des Palestiniens est exemplaire du sort réservé aux peuples dans le nouvel ordre mondial. C’est pourquoi elle occupe une place centrale dans la mobilisation de ceux qui veulent un autre monde [4]. » La nouvelle évidence militante se propage : la cause palestinienne serait la nouvelle « cause universelle [5] ». Et l’engagement en sa faveur jouerait le rôle d’un critère de différenciation entre les bons (pro-palestiniens) et les méchants  (les « sionistes »), les « révolutionnaires » et les « réactionnaires », les « humanistes »  et les « fascistes », les « antiracistes » et les « racistes ». Pour les hallucinés de l’altermonde, Israël est assurément un État en trop.

Tariq Ramadan « altermondialiste » et Theo Van Gogh « islamophobe »

L’invitation de Tariq Ramadan au second Forum social européen, organisé en France en novembre 2003 (où le prédicateur fut fêté par José Bové, Daniel Mermet, Madeleine Rebérioux, Esther Benbassa, etc.) [6], puis sa réinvitation au troisième Forum social européen, à Londres (du 15 au 17 octobre 2004), en compagnie de nombreuses associations islamistes [7], symbolisent cette convergence émergente, nouvelle alliance internationale  qui se noue sous nos yeux. Milieux néo-gauchistes et milieux islamistes tous unis contre le même ennemi diabolique à deux têtes : l’Amérique et Israël ! Sans oublier le nouvel objet de haine des milieux islamo-gauchistes : la France, accusée de « racisme » ou d’« islamophobie » pour sa loi interdisant le port des signes religieux à l’école. Ceux qui se sont baptisés au début de 2005, sans crainte du ridicule, « Nous, les indigènes de la République », sont issus de la même mouvance (Tariq Ramadan en est la principale figure médiatique). Cette convergence se présente comme un front « anti-impérialiste » et « anticapitaliste » qui,  chez ceux qui ne recourent pas à l’euphémisation, s’affirme clairement comme une mobilisation mondiale contre « l’axe américano-sioniste ».  Dénomination qui donne un visage répulsif au « néo-libéralisme » tant honni par par les milieux « anti-mondialisation ».

Il est par exemple significatif que l’islamiste Massoud Shaterjee, l’un de ceux qui, lors de la Conférence mondiale contre le racisme, organisée à Durban (31 août-8 septembre 2001), ont orchestré la mise en accusation d’Israël, du « sionisme » et des Juifs, ait été invité à deux débats au Forum de Londres, dont l’un s’intitulait : « L’interdiction du voile : une attaque contre la femme musulmane » (un autre débat portait sur le thème : « Hidjab : le droit de choisir de la femme »). Il faut préciser que, pour l’« antiraciste » Shaterjee, les talibans sont des martyrs ! Les trotskistes du Parti socialiste des travailleurs (Socialist Workers Party), principaux organisateurs du Forum londonien, ont plaidé pour une alliance avec les milieux islamistes contre l’« impérialisme américain » et « l’islamophobie ». L’intellectuelle trotskiste et « altermondialiste » Salma Yaqoob, Anglaise d’origine pakistanaise, a publiquement déclaré : « La guerre contre le terrorisme est un prétexte de l’impérialisme pour avancer et il produit un nouveau racisme, l’islamophobie. » Puis, sans sourciller, elle a lancé que les musulmans étaient « menacés d’être massacrés en Occident ».

Lors d’un meeting où la ville irakienne de Fallouja, tenue par le groupe terroriste dirigé par Zarkaoui et assiégée par l’armée américaine (aidées par des forces irakiennes), était présentée comme un « nouveau Stalingrad », on trouvait à ses côtés Olivier Besancenot, le nouveau leader de la LCR [8], approbateur comme de bien entendu. À quoi il faut ajouter l’étrange complaisance de certains responsables politiques, tel le maire gauchiste de Londres, le travailliste Ken Livingstone (dit « Ken le rouge ») [9], qui n’a pas hésité à inviter personnellement à ce Forum l’idéologue islamiste Youssouf (ou Youssef) al-Qaradhawi (ou Qardhawi) [10], membre éminent des Frères musulmans  et téléprédicateur-vedette  d’Al-Jazira [11], qui préside à Londres le Conseil européen de la fatwa et de la recherche [12], reconnu par l’UOIF [13] – Qaradhawi n’a d’ailleurs pas répondu à cette invitation, dont il faut souligner le caractère hautement symbolique. Car le Conseil que préside le fondamentaliste Qaradhawi a délivré en juillet 2003 une fatwa justifiant les « attentats-suicides » contre les Israéliens, y compris ceux qui visent des civils, dans le cadre d’un Jihad visant à reconquérir la « terre d’islam » palestinienne [14]. En outre, dans un sermon du vendredi diffusé le 4 avril 2003 par Al-Jazira, le cheikh Qaradhawi a fourni un bel exemple d’interprétation conspirationniste des méfaits supposés d’Israël et des « sionistes » partout dans le monde :

« Il y a une tyrannie sioniste, cette tyrannie qui n’a pas de limite. (…) Quant à ces sionistes, ils prennent plaisir à tuer des humains, à répandre le sang (…). Les bêtes sont meilleures que les sionistes. (…) Ce qui se passe en Irak ne sert en réalité que le sionisme et Israël. Le premier à profiter de tous ces événements est Israël. L’affaiblissement de l’Irak est un renforcement d’Israël, la destruction des armes de l’Irak sert les intérêts d’Israël. Tout ce qui se passe sert les intérêts d’Israël. Cherchez Israël, cherchez le sionisme derrière tous les événements et vous verrez que leur main invisible intervient dans grand nombre d’affaires [15]. »

Quelques mois plus tard, Qaradhawi a déclaré sans fard : « Il n’y a pas de dialogue entre nous et les Juifs, hormis par le sabre et le fusil. [16] » Serait-ce faire preuve d’« islamophobie » que de s’offusquer d’un tel appel à la haine et à la violence ? Ce qui est sûr, c’est que le cheikh Qaradhawi, comme son émule Tariq Ramadan, a un double visage [17]. Au cours d’un entretien diffusé par Al-Jazira le 16 janvier 2005, Qaradhawi a exposé sa conception restrictive du dialogue avec les Juifs : selon lui, le dialogue n’est acceptable qu’avec les Juifs qui refusent Israël, en s’opposant non seulement à sa politique de cet État, quelle qu’elle soit, mais encore, et plus radicalement,  à l’existence même d’Israël. Citons quelques extraits significatifs de cet entretien de propagande [18], en commençant par l’exposé des conditions du dialogue judéo-musulman :

« Question : Le thème du dialogue entre Juifs et musulmans revient quotidiennement dans les revues, les journaux et les conférences, de plus en plus nombreuses. Que pensez-vous de ces conférences ? Êtes-vous pour ces conférences favorisant le dialogue entre Juifs et musulmans ?

Qaradhawi : L’islam est toujours favorable au dialogue. La méthode de la propagation islamique, comme l’explique le Coran [16: 125] est : “Invite à suivre le chemin de ton Dieu avec sagesse et au moyen d’exhortations bienveillantes. La discussion est la plus courtoise des manières.” La sagesse et les exhortations bienveillantes sont pour ceux qui approuvent, et la discussion pour ceux qui désapprouvent [l’islam]. Le Coran apporte toutefois des restrictions supplémentaires dans un autre verset : “(…) Ne discutez avec le Peuple du Livre que de façon bienveillante, sauf s’il fait le mal.” [46: 29]. Il ne peut y avoir de dialogue entre nous et ceux qui font le mal au sein du Peuple du Livre. Ainsi, les Juifs d’Israël, comme le grand rabbin qui s’est rendu à Al-Azhar pour dialoguer avec le cheikh d’Al-Azhar – j’étais contre. Il ne peut y avoir de dialogue entre nous et lui, vu qu’il soutient le meurtre quotidien de Palestiniens, la démolition des habitations et l’expulsion des personnes, ainsi que les crimes et le massacre barbare qui se poursuivent quotidiennement. Comment pourrais-je lui serrer la main et m’asseoir à ses côtés ?
Mais j’ai rencontré des Juifs l’été dernier (…) [dans une réunion] du Conseil européen de la Fatwa et de la recherche et l’association internationale des érudits musulmans. Il y avait un groupe de Juifs et de rabbins qui assistaient aux conférences (…) Huit de ces rabbins m’ont accompagné jusqu’à l’aéroport et jusqu’à ce que j’embarque. Ils sont contre la création de [l’État d’]Israël, estiment que sa création est une violation d’un décret divin selon lequel les Juifs doivent vivre en diaspora ; ils pensent qu’avec [la création de l’État d’Israël, les sionistes] provoquent l’extermination des Juifs. Avec ces rabbins, il est possible de s’asseoir et de parler. Mais s’agissant de ceux qui soutiennent la violence, la tyrannie, la condescendance israéliennes et le meurtre injustifié de notre peuple – nous ne leur serrerons pas la main. Nous sommes favorables au dialogue, mais uniquement quand il est approprié.

Question : Si vous étiez invité à une conférence pour le dialogue entre Juifs et musulmans, y participeriez-vous ?

Al-Qaradhawi : Avec des Juifs qui ne sont pas d’Israël, oui. Je suis ouvert aux Juifs qui se démarquent des agissements d’Israël, et je suis prêt à me trouver en leur compagnie.

Question : Mais tout dialogue entre musulmans et Juifs (…) peut être interprété comme de la normalisation politique, ou pour le moins être exploité (…).

Qaradhawi : C’est pourquoi j’ai dit que je suis contre le dialogue avec des rabbins juifs vivant en Israël, rabbins qui soutiennent les crimes d’Israël. Avec eux, il n’existe aucune possibilité [de dialogue] (…) Nous dialoguerons avec ceux parmi eux qui se montrent raisonnables, et avec les chrétiens ; j’ai d’ailleurs déjà participé à nombre de conférences pour le dialogue entre musulmans et chrétiens. Mais avec ceux qui “font le mal”, nous ne discuterons pas et ne dialoguerons pas, ainsi qu’Allah l’a enjoint. »

Qaradhawi aborde ensuite l’affaire Livinstone, occasion pour lui de chanter les louanges du maire islamophile de Londres, ennemi du sionisme et d’Israël :

« Question : Le maire de Londres, Ken Livingstone, a récemment évoqué les médias et ceux qui sont derrière les médias, lors de votre visite à Londres et du tollé qu’elle a suscité. La violence a été décrite [dans les médias] comme islamique, voire comme l’Islam même, et les prosélytes et clercs islamiques ont été incriminés pour la violence… À l’opposé, d’autres ont évoqué la violence juive et chrétienne. Pensez-vous que la violence soit attribuable à une religion ?

Qaradhawi : Tout d’abord, au sujet des déclarations du maire de Londres, cet homme noble et courageux qu’est Ken Livingstone, nous avons été témoins de son courage l’été dernier lorsqu’il s’est élevé contre les sionistes et leurs calomnies, et aujourd’hui il a de nouveau défendu un point de vue noble et courageux dans ses déclarations. Il a révélé ce qui était caché et exposé les secrets derrière lesquels se cachaient ceux qui organisaient ces choses. Il a, avec un courage absolu, révélé l’infamie de [ces gens] du Mossad et d’un certain institut [MEMRI] et a rédigé le tout dans un rapport. J’aimerais féliciter et remercier cet homme par le biais d’Al-Jazira (…). Nous devons remercier cet homme d’avoir pris une position que bien des Arabes et Musulmans évitent de prendre, en taisant la vérité bien qu’ils la connaissent. Cet homme a dit la vérité bien qu’on le lui ait fait payer cher, le lobby sioniste l’ayant attaqué et des gens ayant tenté de déformer ses propos et de nuire à sa réputation. Je lui déclare : “Continuez dans votre démarche. Les hommes libres et honorables de par le monde vous soutiennent”. »

Lors d’un sermon du vendredi diffusé sur Qatar TV, le 14 janvier 2005, Qaradhawi déclarait : « Allah, viens en aide spirituellement aux combattants du Jihad et assiste-les de tes nombreux soldats … Allah, [fais mal] à tes ennemis, les ennemis de l’Islam. Allah, [fais mal] aux Juifs déloyaux et agressifs. Allah, [fais mal] à leurs alliés qui les soutiennent et nous oppressent. Allah, [fais mal] aux ennemis de l’Islam et des musulmans. » Loin d’être un « modéré », Qaradhawi est un prédicateur fanatique, un combattant qui, pour s’être spécialisé dans le sermon médiatique, ne cache pas son souhait de connaître une « mort vertueuse [19] », c’est-à-dire, selon Hassan al-Banna qu’il cite et commente, « la tête  coupée du corps ». Dans ses mémoires, Qaradhawi indique en effet qu’Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans, évoquait ce qu’il appelait une « mort vertueuse » en ces termes :

« Le Jihad, à notre époque, est un devoir individuel qui incombe à tout Égyptien et Soudanais jusqu’au départ des Anglais de leur terre. Chaque citoyen doit sacrifier tout ce qu’il peut. Les Frères musulmans sont prêts à sacrifier des milliers de jeunes hommes comme une offrande à leur terre, laquelle représente une grande partie de la terre d’islam (…) Ô Allah, accorde-moi une vie vertueuse et une mort vertueuse. Qu’est-ce qu’une mort vertueuse, ô frères [musulmans] ? Est-ce de mourir dans son lit auprès de sa femme, de ses enfants et de ses proches ? La mort vertueuse que j’imagine, c’est celle où cette tête [désignant sa tête] est coupée de ce corps, pour Allah [20]. »

En 2006, Ken Livingstone, pour avoir proféré des injures antisémites à un journaliste d’origine juive, s’est vu suspendu de son mandat de maire pendant un mois. L’islamophilie de « Ken le rouge », qui va jusqu’à l’islamismophilie, pourrait n’être elle-même qu’un symptôme d’une passion négative si forte qu’elle ne pouvait qu’être tenue secrète, et ne se révéler qu’à travers des lapsus ou à l’occasion de moments de colère. D’autres exemples de dérives judéophobes montrent que la complaisance à l’égard du fondamentalisme islamique peut devenir connivence, voire complicité.

Les convergences entre Qaradhawi et Livingstone, deux personnages publics dotés d’une grande influence, montrent que l’islamo-gauchisme ne se réduit à une phénomène marginal, illustré par quelques illuminés sectaires. Ces convergences, qui peuvent déboucher sur des alliances, se fondent sur une dénonciation obsessionnelle de « l’islamophobie ». Or, en Europe, le parti anti-islamophobe  est sorti des frontières de l’espace des discours pour passer dans le champ des pratiques criminelles. L’assassinat sauvage pour péché d’islamophobie, le 2  novembre 2004 à Amsterdam, du cinéaste et chroniqueur Theo Van Gogh, ennemi déclaré de l’islamisme, montre que les propos incendiaires des prédicateurs  islamistes et des militants « antiracistes » appelant à la chasse aux « islamophobes »  peuvent être suivis de passages  à l’acte dans un pays européen. Car l’assassin  de Theo Van Gogh, Mohammed Bouyeri, âgé de 26 ans en 2004, né aux Pays-Bas mais possédant la double nationalité néerlandaise et marocaine, appartenait à un groupe islamiste organisé, d’obédience salafiste [21], qui projetait de commettre d’autres assassinats politico-religieux, dont celui d’une jeune députée libérale d’origine somalienne, Ayaan Hirsi Ali, réfugiée aux Pays-Bas en 1992 pour échapper à un mariage forcé, et connue pour ses critiques du fondamentalisme islamique [22]. Il n’est pas exclu que Bouyeri, qui portait sur lui son testament de « martyr », ait agi en vertu d’une fatwa provenant d’un imam radical.

C’est à la mosquée Al-Tawhid (Amsterdam), liée au mouvement Tabligh et connue pour les prêches virulents de son imam Mahmoud El-Shershaby, que Bouyeri semble avoir été endoctriné. Le document accroché par l’assassin à un poignard planté dans le ventre du cinéaste, tué de plusieurs coups de revolver puis égorgé d’une oreille à l’autre, était une lettre de menace adressée à Ayan Hirsi Ali. Selon ce texte, la jeune élue était une « soldate du mal » ayant « tourné le dos à la Vérité », une « menteuse » qui allait « se briser en mille morceaux contre l’islam », et devait être être tuée puisqu’elle s’était ralliée aux « ennemis de l’islam [23] ». C’est elle en effet qui avait demandé à Van Gogh de réaliser le court-métrage Submission Part I, lequel, diffusé en septembre 2004 par la télévision néerlandaise, dénonçait les violences faites aux femmes par l’islam radical. On trouvait également dans le document laissé par l’assassin  des menaces visant les « maîtres juifs » de la chambre des députés, le maire d’Amsterdam Job Cohen et le président du Parti de la Liberté et de la Démocratie (VVD) – auquel Hirsi Ali s’était ralliée –, Jozias van Aartsen, quant à lui nullement d’origine juive.

La société multiculturelle qu’est la société néerlandaise, qui se voulait « ouverte » et « tolérante », s’est révélée particulièrement perméable aux infiltrations islamistes et, en conséquence, dangereuse pour les mal-pensants osant transgresser les règles de l’islamiquement correct [24]. L’angélisme peut frayer en silence la voie à la barbarie. L’islamisation de l’Europe passe par l’exploitation des failles du pluralisme libéral [25]. Van Gogh achevait un film sur la vie du leader populiste Pim Fortuyn, lui aussi ennemi déclaré de l’islamisme et hostile à une immigration non contrôlée, qui fut assassiné  par un illuminé écolo-gauchiste le 6 mai 2002, à Hilversum (Pays-Bas) [26]. Le meurtre islamiste du cinéaste Van Gogh a provoqué une brutale mais salutaire prise de conscience, chez les Européens de l’Ouest, de la vulnérabilité de leurs sociétés pluralistes, confrontées à la nouvelle menace interne qu’incarnent les réseaux islamo-terroristes circulant librement dans l’espace de Schengen [27].

Aux Pays-Bas comme en Grande-Bretagne, la vision angélique du multiculturalisme, masquant la réalité d’un « développement séparé » des « communautés », a fait place à un examen critique fondé sur une expérience malheureuse : une société ayant institutionnalisé le multiculturalisme constitue une structure d’accueil et un terrain particulièrement favorable pour le développement de l’islamisme, en particulier dans sa variante jihadiste [28]. Mais tous les yeux ne se sont pas ouverts. L’acte de pointer une menace réelle telle que la menace islamiste, même après le 11 septembre 2001, demeure suspect aux yeux de ceux qui, dans l’espace public européen, veulent dormir tranquilles sous la voûte du « politiquement correct ». C’est ce qu’atteste l’acte de censure qui a visé, au printemps 2005, la projection du film Submission en Italie, au festival de Locarno. Theo Van Gogh, victime du premier assassinat en Europe pour péché d’islamophobie, faisait encore peur six mois après sa mort. Les organisateurs du festival disaient vouloir éviter de provoquer un nouvel assassinat !  Cette censure idéologique révèle l’esprit de démission qui menace l’Europe.

Mais il y a plus grave. L’esprit de démission peut se transformer en esprit de soumission, voire de collaboration avec l’ennemi islamiste déclaré, pour peu que ce dernier prenne des gants et sache se travestir en personnage respectable. C’est la stratégie suivie par un Tariq Ramadan, d’abord en Suisse – où son père Saïd Ramadan (le gendre du fondateur des Frères musulmans, Hassan al-Banna), bénéficiant d’un soutien financier de l’Arabie saoudite, avait créé en 1961 le Centre islamique de Genève –, puis en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas [29]. L’islamologue supposé qu’est Tariq Ramadan ne cache pas que sa principale préoccupation est de lutter contre « l’islamophobie », ou, comme il croit devoir le préciser, contre « ce que certains sociologues britanniques appellent le “racisme anti-musulman” [30] ». Ces mêmes sociologues engagés se sont employés depuis les années 1980 à diffuser dans l’opinion publique la thèse selon laquelle toute réticence manifestée vis-à-vis du multiculturalisme relevait du « racisme », suggérant ainsi que l’antiracisme devait se redéfinir comme un engagement total en faveur des politiques multiculturalistes, lesquelles impliquent de respecter, au nom de la tolérance, toutes les formes prises par les religions, islam compris (donc fondamentalismes islamiques compris). L’impératif d’intégration à la société d’accueil est ainsi subrepticement remis en question. Dans une cassette audio sur « l’islam en France », Ramadan définit la position que doivent prendre les musulmans face aux sociétés occidentales : « La crainte pour les musulmans en Occident, c’est que les musulmans répondent à l’Occident et ne répondent pas à Dieu. Or, il faut répondre à Dieu et ce sera notre réponse à l’Occident. Inch Allah ! ». Et le prédicateur de citer en arabe un verset du Coran, dont il donne la traduction : « Si nous ne t’avions pas affermi dans la foi, tu aurais dévié vers eux [31]. » À l’instar de certains « antiracistes » de gauche et d’extrême gauche, Ramadan fait en outre jouer une analogie spécieuse, devenue lieu commun depuis les années 1990, et qu’on a vu sollicitée par l’abbé Pierre ou par Edgar Morin : « Ce qu’on a fait aux Juifs pendant des décades, on est en train de le reproduire sur une autre population [32]. » La suggestion est claire : les nouveaux Juifs persécutés, ce seraient les musulmans. Et, parmi les nouveaux persécuteurs, les Juifs seraient au premier rang.

La différence de traitement entre ce prédicateur islamiste et la militante anti-islamiste Ayaan Hirsi Ali est emblématique de l’aveuglement des élites politiques et intellectuelles des pays dont le muticulturalisme a considérablement affaibli la capacité politique fondamentale de distinguer entre ami et ennemi. Bien qu’élue du VVD, parti néerlandais de centre droit, Ayaan Hirsi Ali a été poussée par une campagne de diffamation à quitter les Pays-Bas pour les États-Unis où, en tant que « condamnée à mort » par les milieux islamistes, elle avait continué de bénéficier d’une protection policière,  avant d’en être privée par décision des autorités néerlandaises en 2007. Alors que cette femme courageuse était abandonnée à son sort par l’État néerlandais, le prédicateur islamiste Tariq Ramadan était accueilli comme professeur invité à l’Université Erasmus de Rotterdam, pour traiter du thème « Citoyenneté et Identité », avant de se voir offrir, le 9 novembre 2007, une chaire d’enseignement à l’université de Leyde (Leiden). On lui proposait d’occuper la chaire d’Études islamiques, financée par le sultanat d’Oman, considéré comme une « dictature islamo-fasciste », à hauteur de 2, 5 millions d’euros [33]. Une chaire que l’habile prédicateur n’aurait pas manqué de transformer en relais d’une propagande « poliment fondamentaliste » [34]. Face aux vives réactions critiques déclenchées aux Pays-Bas par sa nomination, Ramadan a renoncé prudemment à occuper cette chaire. Senior Research Fellow à l’université d’Oxford, ce refus ne le condamnait pas au chômage.

En février 2008, le « professeur » Ramadan a appelé au boycottage du Salon du livre de Turin (8-12 mai 2008), dont Israël, qui fêtait ses 60 ans, était l’invité d’honneur. À l’en croire, cette célébration constituait « une provocation », car d’un État « qui pratique les assassinats politiques ciblés et affame tout un peuple [35] », on ne saurait « rien accepter » (ou « approuver ») – affirmation provocatrice qui, selon une tactique habituellement suivie par Ramadan, a été dans un second temps corrigée et euphémisée (« Nous ne pouvons pas tout accepter de l’État d’Israël ») [36]. Avec sa mauvaise foi devenue arme tactique, Ramadan a dénoncé à la fois la déformation, la traduction défectueuse et la manipulation de ses propos initiaux, lesquels, par le scandale déclenché, lui ont permis de multiplier les tribunes, occasion de déverser une propagande « antisioniste » centrée sur le stéréotype du Palestinien-victime, en dénonçant avec l’indignation requise « la politique d’occupation et de répression des gouvernements israéliens successifs » : « Il s’agit (…) de ne pas permettre que la célébration des 60 ans d’Israël puisse faire l’impasse sur le sort d’un peuple réprimé et sacrifié », et, plus précisément, « de rappeler les soixante années de colonisation, de déplacement de populations, d’exil et de morts palestiniens qui sont le miroir négatif de la célébration d’Israël [37] ». Se référant à la situation désastreuse dans laquelle se trouve la bande de Gaza sous la dictature du Hamas, qui organise les attaques quodidiennes contre des cibles civiles en Israël, Ramadan ose ajouter : « Le choix d’Israël comme invité d’honneur, au moment où le peuple palestinien se meurt à Gaza, est une maladresse et une faute [38]. »

Le prédicateur islamiste ne s’intéresse qu’à certaines catégories de victimes, celles qui font partie de l’Oumma. Rappelons simplement que, du retrait israélien de la bande de Gaza (12 septembre 2005) à la fin février 2008, plus de 3 500 roquettes et obus ont été tirés sur des cibles civiles en Israël. La stratégie du Hamas au pouvoir à Gaza consiste à provoquer des réactions israéliennes de manière à lancer une grande campagne internationale de style victimaire sur le « martyre du peuple palestinien », faisant oublier le droit de légitime défense des Israéliens. Le 27 février 2008, Israël a effectivement commencé à riposter en lançant des opérations militaires dans la bande de Gaza pour éliminer des chefs islamistes impliqués dans les attaques anti-israéliennes [39]. Deux jours plus tard, dénonçant la risposte militaire israélienne aux tirs incessants venant de la bande de Gaza, le président Mahmoud Ahmadinejad a une fois de plus recouru à l’amalgame de propagande entre Israël et le régime nazi, en déclarant que « la véritable Shoah se déroule en ce moment, dans les territoires palestiniens », car « le régime sioniste tue des Palestiniens innocents, la plupart femmes ou enfants, et détruit leur maison [40] ».

Pendant ce temps, aux Pays-Bas, l’axe islamo-gauchiste était réactivé par une nouvelle vague de terrorisme intellectuel islamocentrique, déclenchée par la diffusion sur Internet, le 27 mars 2008, du film dénonçant les aspects « violents et fascistes » de l’islam,  Fitna, réalisé par le député populiste Geert Wilders, menacé de mort depuis 2004. À Téhéran, le 4 avril 2008, l’ayatollah Ahmad Khatami, après avoir affirmé que « les puissances oppressives et le régime sioniste » étaient derrière le film de Wilders, a lancé : « Nous voyons la main du régime sioniste derrière ces actes sataniques et nous crions “mort à Israël !” ». Le « complot sioniste » est sans frontières [41]. Exprimant publiquement la tentation de la dhimmitude volontaire qui se propage chez les Européens, le premier ministre chrétien-démocrate, Jan Peter Balkenende, a demandé au député « provocateur » d’abandonner son projet filmique en ces termes : « Je trouve important la liberté d’expression mais je pense aussi aux possibles victimes, aux militaires, aux entreprises, aux ambassades, aux Néerlandais vivant à l’étranger. » Il faudrait donc limiter la liberté d’expression sur l’islam pour éviter les représailles venant du monde musulman, allant du boycottage aux attentats terroristes !  Au moins la situation d’affrontement était-elle rendue claire : entre le respect de la liberté d’expression, l’une des plus précieuses inventions de la pensée européenne, et le respect de la religion musulmane, il faut nécessairement choisir.  Terrible aveu, présageant l’entrée dans une ère de conflits insurmontables.

Tariq Ramadan est intervenu dans ce contexte convulsif en tant que propagandiste associé. C’est là ce qu’on peut attendre de ce singulier « enseignant » qui résume ainsi, devant un journaliste, sa position sur le conflit israélo-palestinien : « J’ai assez répété que j’étais un homme de dialogue, contre toute violence, sauf en Palestine [42] », assumant ainsi les actions terroristes contre les Israéliens, et qui se félicite publiquement de ce que « la cause palestinienne est un combat qui devient universel [43] ». L’universalisation de l’antisionisme radical, telle est la bonne nouvelle pour cet héritier de la branche dirigeante des Frères musulmans, qui portent la responsabilité d’être à l’origine de la nouvelle vague de fanatisme et de violence terroriste dans le monde. Il incarne à sa manière l’esprit de l’islamisme jihadiste, le Coran dans une main et le fusil dans l’autre.

 

Notes : 
[1] « Entretien avec Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos », Résistance ! (« Bimestriel des Résistants au Nouvel Ordre Mondial et à la Pensée Unique »), n° 16, février-mars 2002, pp. 3-4. Christian Bouchet, secrétaire général d’Unité Radicale, a réaffirmé dans la même livraison de Résistance!  (revue qu’il dirigeait) son « soutien total, absolu et sans arrière-pensées à Bruno Mégret et à sa candidature aux présidentielles » (éditorial, p. 2). L’organisation d’extrême droite Unité Radicale a été  dissoute après l’attentat  commis  le 14 juillet 2002 par l’un de ses membres, Maxime Brunerie,  dont l’objectif était d’éliminer  le président Jacques Chirac.
[2] « Entretien avec Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos »,  art. cit., p. 3. Dans un entretien publié le 21 octobre 2001 par le quotidien vénézuélien El Universal (Le Monde , 26 octobre 2001, p. 35), Carlos apportait clairement son soutien à Ben Laden (voir mon livre La Nouvelle Judéophobie, op. cit., pp. 71-72), ou, plus exactement, le réaffirmait (dès l’automne de 1998, il s’était publiquement reconnu dans le Jihad  lancé par les réseaux Ben Laden). Pour des confidences  et des théorisations  plus détaillées, voir Ilich Ramírez Sánchez dit Carlos, L’Islam révolutionnaire, textes et propos recueillis, rassemblés et présentés par Jean-Michel Vernochet, Monaco, Éditions du Rocher, 2003. Pour une analyse de cette configuration idéologique émergente, disons islamo-communiste, voir Yolène Dilas-Rocherieux, « Communisme, révolution, islamisme, le credo de Ilich Ramírez Sánchez », Le Débat, n° 128, janvier-février 2004, pp. 141-146.
[3] « Trait d’union entre la mondialisation de la solidarité et la reconnaissance des droits du peuple palestinien » (propos de José Bové et de Leïla Shahid recueillis par G. B. lors du meeting, Bordeaux, 6 octobre 2001), interview disponible sur le site http://www.mdh.limoges.free.
[4] Christian Picquet, cité par Élisabeth Lévy, « Les damnés de la Terre promise », Le Figaro Magazine, n° 18388, 20 septembre 2003, p. 41.
[5] Telle est la position défendue notamment par l’antisioniste radical Étienne Balibar. Voir, de ce militant marxiste et tiers-mondiste, l’article titré « Universalité de la cause palestinienne », Le Monde diplomatique, n° 602, mai 2004, pp. 26-27. On y apprend que « ce sont les Palestiniens qui luttent actuellement pour leur survie en tant que peuple » (p. 26), avant d’être invité à tout faire pour que « le monde vienne au secours de la Palestine opprimée » (p. 27).
[6] Voir Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, op. cit., Épilogue, II, pp. 890-936 ;  Lionel Favrot, Tariq Ramadan dévoilé, préface de Soheib Bencheikh, Lyon, Lyon Mag’ Hors série, 2004 ; Caroline Fourest, Frère Tariq. Discours, stratégie et méthode de Tariq Ramadan, Paris, Grasset, 2004.
[7] Parmi les associations islamistes et néo-gauchistes  invitées au FSE de Londres : Amal Trust, Assembly for the Protection of Hijab, Collectif « Une École pour Tous-tes », Collectif des Musulmans de France (CMF), Federation of Student Islamic Societies (FSIS), International Muslim Activist Network (IMAN), London Muslim Coalition (LMC), Mouvement de l’Immigration et des Banlieues (MIB), Muslim Association of Britain (MAB), Muslim Council of Britain, Muslims in Europe, Newham Monitoring Project (NMP).
[8] Voir Claude Askolovitch, « Confusion au Forum social européen. Les gauchistes d’Allah »,  Le Nouvel Observateur,  n° 2085, 21-27 octobre 2004, pp. 74, 76.
[9] La Mairie de Londres a largement financé le troisième Forum social européen, tenu à Londres du 15 au 17 octobre 2004, où étaient invitées de nombreuses associations islamistes, en accordant  723 000 euros aux organisateurs de la manifestation « altermondialiste » (environ deux mille organisations issues de 65 pays). Dans les 500 débats qui se sont déroulés du 15 au 17 octobre 2004, le thème dominant a été le « Non à Bush, non à la guerre », suivi par la question de « l’intégration » des musulmans en Europe :  la dénonciation de la « guerre illégale », de « l’occupation américaine » de l’Irak et du « mur de Sharon » a largement recouvert les questions sociales. Susan George, présidente d’honneur d’Attac, a déclaré dans une interview, avec conviction : « Nous sommes contre la guerre, le racisme et le réchauffement de la planète ».
[10] Sur ce personnage, voir Gilles Kepel, Fitna. Guerre au cœur de l’islam, Paris, Gallimard, 2004, pp. 29, 135, 149, 158, 171, 202, 299-302 ; Paul Landau, Le Sabre et le Coran. Tariq Ramadan et les Frères musulmans à la conquête de l’Europe, Monaco, Éditions du Rocher, 2005, pp. 18, 192-201, 210-212, 224-225.
[11] Le cheikh Qaradhawi est, sur la chaîne Al-Jazira émettant du Qatar, l’hôte du talk-show islamique hebdomadaire intitulé « La Chari’a et la vie » (Gilles Kepel, Fitna, op. cit., p. 202).
[12] Voir Gilles Kepel, Fitna, op. cit., p. 299. Qaradhawi siège également au « Conseil scientifique » du principal centre de formation d’imams en Europe, installé à Saint-Léger-de-Fougeret (Nièvre). Certains enquêteurs spécialisés considèrent Qaradhawi comme le « penseur islamiste le plus influent du monde contemporain ». Voir Sylvain Besson, La Conquête de l’Occident. Le projet secret des islamistes, Paris, Le Seuil, 2005, pp. 75-93. Voir aussi Reuven Paz, « Sheikh Dr Yousef al-Qaradawi : Dr Jekyll and M. Hyde », Policywatch, Washington Institute for Near East Policy, 18 octobre 2001 ; Jonathan D. Halevi, « La conquête de l’Europe et le triomphe mondial de l’islam », in coll., Le Discours de l’islam radical, op. cit., pp. 62-79 ; Ana Belén Soage, « Shaykh Yusuf al-Qaradawi : Portrait of a Leading Islamist Cleric », MERIA Journal, 12 (1), mars 2008, http://meria.idc.ac.il/.
[13] Le Conseil européen de la fatwa a publié un premier Recueil de fatwas aux éditions Tawhid (Lyon, 2002), préfacé et présenté par Tariq Ramadan, qui publie la plupart de ses livres chez cet éditeur (également diffuseur de cassettes).
[14] Voir Caroline Fourest, Frère Tariq, op. cit., pp. 93-94 ; Gilles Kepel, Fitna, op. cit., p. 158.
[15] Sermon prononcé le 14 mars 2003 au Qatar (http://www.al-qaradawi.net, 4 avril 2003) ; tr. fr. (corrigée) : « N’oublions pas la Palestine ! »,  http://www.islamophile.org
[16] Aljazeera.net, 17 juin 2004 (cité par Caroline Fourest, op. cit., p. 95).
[17] Voir Paul Landau, « Le double visage du cheikh Youssouf al-Qaradhawi », 27 octobre 2007,  http://observatoire-islam-europe.blogspot.com/2007/10/le-double-visage-du-cheikh-youssouf-al.html.
[18] Je cite l’entretien avec Qaradhawi d’après MEMRI, Dépêches spéciales, n° 858, 7 février 2005.
[19] Al-Hayat (Londres), 19 février 2005.
[20] Voir http://www.islam-online.net/Arabic/personality/2001/12/article5.SHTML#5.
[21] Selon les premiers résultats de l’enquête conduite par le juge espagnol Baltasar Garzon, Bouyeri aurait été lié à un réseau d’islamistes radicaux implanté aux Pays-Bas par Abdeladim  Akoudad, Marocain incarcéré en Espagne et réclamé par Rabat pour son implication présumée dans les attentats de Casablanca, le 16 mai 2003. Certains enquêteurs précisent que Bouyeri gravitait depuis deux ans autour du groupe islamiste baptisé « groupe Hofstad » (qui recevait des instructions d’Akoudad), et aurait été en contact direct avec le chef présumé d’une cellule terroriste en Espagne, « Martyrs pour le Maroc », l’Algérien Mohammed Achraf, arrêté en Suisse le 28 août 2004, emprisonné à Zurich puis extradé vers l’Espagne le 22 avril 2005. Voir Jean-Pierre Stroobants (avec Martine Silber et Éric Leser), « Le réseau islamiste “Hofstad” était solidement ancré en Europe », Le Monde, 10 décembre 2004.
[22] Voir Christopher Caldwell, « Ayaan Hirsi Ali, prisonnière mais libre » (The New York Times Magazine), tr. fr., Courrier international, n° 757,  4-11 mai 2005, pp. 48-50 ; Ayan Hirsi Ali, Insoumise, tr. fr. Josie Mijlstra, Paris, Robert Laffont, 2005. La « communauté musulmane », aux Pays-Bas, compte  près d’un million de personnes (dont environ 300  000 d’origine marocaine), soit  approximativement  6% de la population globale (16 millions).
[23] Sur le contenu de cette lettre, voir Ian Buruma, On a tué Theo Van Gogh. Enquête sur la fin de l’Europe des Lumières [2006], tr. fr. Jean Vaché, Paris, Flammarion, 2006,  pp. 12-13.
[24] Selon un rapport des services de renseignement néerlandais rendu public en janvier 2005, « plusieurs milliers de jeunes  musulmans  approuvent des interprétations radicales de la religion musulmane », de sorte que le terrorisme « menace désormais la société hollandaise » (cité d’après le quotidien marocain Bayane Al-Youm, 24 janvier 2005 : « Rapport des renseignements hollandais : la jeunesse musulmane aux Pays-Bas adopte de plus en plus des orientations radicales »). Voir aussi Jean-Pierre Stroobants, « Pays-Bas. La tentation de l’intolérance », Le Monde, 30-31 mars 2008, p. 12.
[25] Voir David Pryce-Jones, « The Islamization of Europe ? », Commentary, décembre 2004, pp. 29-33 ; Laure Mandeville, « Les Néerlandais bousculent le débat sur l’islam », Le Figaro, 26 novembre 2005 ; Rinus Penninx, « Après les assassinats de Fortuyn et de Van Gogh : le modèle d’intégration hollandais en déroute ? », Critique internationale, n° 33, octobre-novembre 2006, pp. 9-26.
[26] Voir Pierre-André Taguieff, L’Illusion populiste, Paris, Berg International, 2002, pp. 67-69 ; nouvelle édition refondue, op. cit. (2007), pp. 147-149 ; Ian Buruma, On a tué Theo Van Gogh, op. cit., pp. 45-79.
[27] Voir Ian Buruma, On a tué Theo Van Gogh, op. cit., en partic. pp. 22 sq. ; Philo Bregstein, Antisemitisme in zijn hedendaagse variaties, Amsterdam, Mets & Schilt, 2007, pp. 148-164.
[28] Sur le « Londonistan » engendré par le multiculturalisme, la diffusion du relativisme culturel radical et la culture de la « victime » (celle-ci étant incarnée par le « musulman » issu de « l’immigration »), voir Melanie Phillips, Londonistan : How Britain Is Creating a Terror State Within, San Francisco, Encounter Books, 2006 ; Melanie Phillips, Robert S. Wistrich, Isi Leibler, Islam, British Society and the Terrorist Threat, Jérusalem, The Vidal Sassoon International Center for the Study of Antisemitism (Sicsa), Posen Papers in Contemporary Antisemitism, n° 7, 2007.
[29] Voir Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, op. cit., pp. 890-936 (Épilogue, II. Islamisme et néo-gauchisme : le cas Tariq Ramadan ou le prêcheur dévoilé »).
[30] Tariq Ramadan, in Alain Gresh, Tariq Ramadan, L’Islam en questions. Débat animé et présenté par Françoise Germain-Robin, Arles, Actes Sud, 2000, p. 213.
[31] Tariq Ramadan, L’Islam en France, réalité et perspectives, Mediacom, cassette audio ; passage cité par Lionel Favrot, Tariq Ramadan dévoilé, op. cit., p. 226.
[32] « Tariq Ramadan se défend au FSE [Forum social européen] », nouvelobs.com/AP, 15 novembre 2003. Voir Lionel Favrot, Tariq Ramadan dévoilé, op. cit., p. 264. Pour l’abbé Pierre et Edgar Morin, voir supra, chap. 12.
[33] Voir Sabine Cessou, « Tariq Ramadan professeur aux Pays-Bas », Libération, 9 novembre 2007.
[34] Voir Caroline Fourest, « Les Pays-Bas laissent partir Hirsi Ali mais accueillent Ramadan », carolinefourest.canalblog.com, 8 novembre 2007.
[35] Tariq Ramadan, « Israël, le sens d’un boycottage », Le Monde, 29 février 2008, p. 22.
[36] Voir Ian Hamel, « Tariq Ramadan appelle au boycott d’Israël », Le Matin Dimanche, 9 février 2008.
[37] Tariq Ramadan, « Israël, le sens d’un boycottage », art. cit.
[38] Ibid.
[39] Voir Patrick Saint-Paul, « Dans la bande de Gaza sous le feu israélien », Le Figaro, 3 mars 2008, p. 6.
[40] Mahmoud Ahmadinejad, cité par Guysen.International.News, 4 mars 2008.
[41] Voir Jean-Pierre Stroobants, « La tension monte aux Pays-Bas avant la diffusion d’un film sur l’islam du populiste Geert Wilders », Le Monde, 15 janvier 2008, p. 12 ; Id., « Les Pays-Bas craignent une réédition de l’affaire des caricatures danoises », Le Monde, 12 mars 2008, p. 9. Voir aussi « Geert Wilders : “L’idéologie islamique est fasciste” » (propos recueillis par Thierry Portes), Le Figaro, 7 mars 2008 ;  Annie Lessard, Marc Lebuis, « Geerts Wilders au Parlement des Pays-Bas : interdire le Coran et STOP à l’islamisation », 10 mars 2008, http://pointdebasculecanada.ca/spip.php?article310; « Téhéran, 4 avril 2008. Film anti-islam : un religieux iranien y voit la main d’Israël » (AFP).
[42] Tariq Ramadan, cité par Serge Raffy, « Le vrai visage de Tariq Ramadan », Le Nouvel Observateur, n° 2047, 29 janvier-4 février 2004, p. 71.
[43] Tariq Ramadan, cité par Catherine Coroller, « Annulation d’un colloque dont Tariq Ramadan était l’invité », Libération, 22-23 mai 2004, p. 18.