Léon Blum : « Il faut tarir la calomnie à sa source »
Le 18 novembre 1936, Roger Salengro, ministre de l’Intérieur du gouvernement de Front populaire dirigé par Léon Blum, mettait fin à ses jours. Les lignes qui suivent sont extraites du discours prononcé par Blum quelques jours plus tard lors des funérailles de son ministre, qui avait été poussé au suicide par les attaques calomnieuses de la presse nationaliste de l’époque.

« Il n’y a pas d’antidote contre le poison de la calomnie. Une fois versé, il continue d’agir quoiqu’on fasse dans le cerveau des indifférents, des hommes de la rue comme dans le cœur de la victime. Il pervertit l’opinion, car depuis que s’est propagée, chez nous, la presse de scandale, vous sentez se développer dans l’opinion un goût du scandale. Tous les traits infamants sont soigneusement recueillis et avidement colportés. On juge superflu de vérifier, de contrôler, en dépit de l’absurdité parfois criante. On écoute et on répète sans se rendre compte que la curiosité et le bavardage touchent de bien près à la médisance, que la médisance touche de bien près à la calomnie et que celui qui publie ainsi la calomnie devient un complice involontaire du calomniateur.

Il faut donc tarir la calomnie à sa source.

Il faut en finir avec l’inexplicable esprit de tolérance qui la considère comme à peu près d’excusable dans le cas où elle est pourtant le plus criminel. C’est-à-dire qu’elle est employée froidement, systématiquement, comme une arme politique, comme un moyen de propagande, de vengeance ou de représailles. Voici quelques années qu’il en est ainsi dans notre pays.

Je n’incrimine aucun parti politique organisé mais les clans, les bandes, les hommes, les journaux, qui, contre les adversaires, jugent tous les moyens bons et tous les coups réguliers. Il s’agit, pour eux, d’abattre tel ou tel homme ou bien à travers tel ou tel homme, d’atteindre tel ou tel parti, ou bien à travers tel ou tel parti, d’atteindre les institutions et le régime républicain. Seul le résultat prouve. Et s’il ne peut être utilement obtenu que par le mensonge et la calomnie, va pour le mensonge et pour la calomnie. Si un homme est déshonoré, chemin faisant, tant mieux. Si un homme souffre et meurt, tant pis. La fin justifiera les moyens. Voila, précisément, ce qui ne peut pas durer ».

Source : INA