Hervé Gattegno à propos de la menace terroriste
Menace terroriste ou manoeuvre politique ? Un sondage BVA pour Canal+ diffusé le 30 septembre révèle que 65 % des Français ne croient pas que le risque d’attentat en France se soit renforcé depuis ces dernières semaines. Pour Hervé Gattegno, rédacteur en chef au Point, ils se trompent. Extraits :

« Il faut bien savoir que cette alerte ne vient pas des politiques – dont on pourrait éventuellement douter des motivations -, mais elle vient bien des responsables de l’anti-terrorisme et que si elle a été lancée publiquement à la mi-septembre, cette alerte, elle date en réalité du mois de juillet, quand plusieurs renseignements concordants sont arrivés à Paris, en provenance de différentes sources étrangères. Elles soulignent à la fois le renforcement d’Al Qaïda au Maghreb et le choix de cibles françaises. Depuis, il y a eu l’exécution de l’otage Michel Germaneau, début août, et les enlèvements au Niger, sans compter, évidemment, tout ce qu’on ne sait pas sur le sujet.

(…) L’objectif de l’antiterrorisme, c’est la prévention. (…) Si finalement aucune bombe n’explose – et c’est heureusement le cas en France depuis 1996 –, on aura beau jeu de dire que nos experts se sont affolés pour rien. Il n’empêche que les spécialistes affirment qu’on déjoue au moins deux attentats par an, sans qu’on n’en sache rien, en tous cas sur le coup. Ce qu’il faut comprendre, c’est que dans les phases les plus critiques de l’alerte terroriste, le message délivré par les autorités s’adresse aussi, d’une certaine façon, aux poseurs de bombes eux-mêmes. Parce que les experts savent, en tous cas ils nous le disent, qu’en entendant ce type de mises en garde officielles, les terroristes ont souvent le réflexe de différer leurs projets, de retarder la mise à exécution de leurs plans parce qu’ils peuvent supposer à ce moment-là qu’ils ont été repérés. Le patron des services secrets britanniques a d’ailleurs récemment prononcé un discours lui aussi, à Londres, pour évoquer la menace islamiste, ce qui est absolument rarissime chez les Anglais.

(…) Nous vivons dans une société où le complotisme prend souvent le pas sur la raison et un monde où le discrédit de la parole politique est tel que beaucoup de citoyens sont toujours prêts à croire qu’on leur ment, même sur les choses les plus importantes ».

Source :
* L’intégralité de la chronique d’Hervé Gattegno sur RMC, Le Point.fr, 30 septembre 2010.

Voir aussi :
* Le discours de Jonathan Evans, directeur général du MI5 (renseignements intérieurs britanniques), The Telegraph, 17 septembre 2010.