Alexandre Douguine (capture d’écran YouTube, 18 octobre 2017).

Archétype de l’idéologue « rouge-brun », théoricien du « néo-eurasisme », orthodoxe traditionaliste et proche des réseaux de la Nouvelle Droite (et notamment de la revue Éléments, d’Alain de Benoist), Alexandre Douguine (1962 -) passe pour un conseiller officieux du Kremlin.

Selon Pierre-André Taguieff, Alexandre Douguine a initié à Moscou un réseau Nouvelle Droite à la suite de sa rencontre avec le Français Alain de Benoist en 1989.

Au début des années 1990, Douguine fonde le Parti national-bolchevique russe, dont l’emblème officiel substitue la faucille et le marteau à la croix gammée hitlérienne. Ce fils d’un officier du KGB forge à cette époque le vocable de « conspiratologie », méthode pseudo-scientifique visant à mettre au jour les complots cachés.

Introducteur en langue russe des oeuvres de René Guénon et de Julius Evola, Douguine devient le conseiller du président de la Douma en 1998 puis fonde en 2001 le parti Eurasia avant de se rapprocher de Vladimir Poutine. Pour Michel Eltchaninoff, spécialiste de philosophie et d’histoire russe, « on est frappé, lorsque l’on lit les textes de Douguine, de voir à quel point la politique du Kremlin semble s’être alignée sur les fantasmes géopolitiques du néo-eurasisme. »

Ainsi, dans Comprendre le poutinisme (Desclée De Brouwer, 2018), l’historienne Françoise Thom avance que le « choix de Kadyrov pour stabiliser [la Tchétchénie] illustre l’emprise idéologique d’Alexandre Douguine qui appelait en 2001 à une alliance islamo-russe et une coordination des courants de l’islam chiite, fondamentalistes, anti occidental. L’eurasisme signifie l’alliance de l’orthodoxie et de l’islam contre l’Occident ».

En 2013, Douguine propose dans une interview d’« envahir » l’Europe, de la « conquérir » et de l’« annexer ».

La même année, il signe un livre de conversations avec Alain de Benoist, L’appel de L’Eurasie (Avatar éditions). En 2016, il publie La Quatrième théorie politique : La Russie et les idées politiques au XXIème siècle (Ars Magna éditions), avec un avant-propos d’Alain Soral. En 2017, il publie une anthologie de ses textes eurasistes 2006-2016 intitulé Vladimir Poutine, le pour et le contre, toujours chez Ars Magna, une maison d’édition gérée par le militant nationaliste-révolutionnaire Christian Bouchet.

Alexandre Douguine est par ailleurs l’un des six préfaciers du livre du polémiste antisémite Kemi Seba, L’Afrique libre ou la mort, paru en 2018. Il avait rencontré Seba quelques mois plus tôt à Moscou comme en témoignera par la suite l’activiste antisémite et panafricain sur RT France.

En décembre 2018, il prend fait et cause pour le mouvement des Gilets jaunes. Sur son compte Facebook, il écrit :

« Macron, c’est Rothschild, Soros, le marécage, la Grande Finance, la gauche culturelle, le Politiquement Correct, la droite économique, la mondialisation, la haine envers l’identité française et européenne, Bernard-Henri Lévy, plus d’immigration, plus de mariage gay, des prix plus élevés, la destruction de la classe moyenne, le Gouvernement Mondial, le cosmopolitisme. Si vous aimez tout ça, inutile de venir à Paris et de participer au mouvement des gilets jaunes. Mais si jamais vous n’aimez pas tout ça, rejoignez-nous. Aujourd’hui, le monde est divisé en deux : soit vous êtes gilet jaune, soit vous faites partie (vous êtes un esclave) de la Macronie mondiale. Vive la France ! Vive le peuple français. À bas la tyrannie… »

 

IL A DIT :

« Les médias mentent en permanence. Tout est fake news. On ne peut approcher la réalité de manière neutre. L’esprit humain fonctionne toujours avec de l’information procédée. Si vous cherchez la vérité, je vous conseille de devenir philosophe : vous aurez une vie intéressante. Celui qui travaille dans les médias est par définition un menteur. […] Il vous faut recueillir des informations et vérifier les sources. Qui paiera votre billet pour accéder aux ruines ? Comment allez-vous prouver que Moscou est derrière les bombardements et non Oussama ben Laden ? Aujourd’hui, il n’est même pas clair qui étaient les auteurs du 11 Septembre ! D’abord, c’étaient les Saoudiens, mais à présent le président Trump a suggéré qu’il fallait une nouvelle enquête. Pourquoi est-ce nécessaire ? Parce que tout est fake news. […] Nous vivons dans une réalité virtuelle de fake news. Le journalisme aussi est un produit typique de la modernité. La vérité est difficile à trouver, et pour la trouver nous devons éliminer le journalisme ».

Source : « « Dans les démocraties libérales, tout est fake news » : entretien avec Alexandre Douguine », Égalité & Réconciliation, 17 décembre 2017.

 

Voir aussi :

Alexandre Douguine, chantre de l’eurasisme anti-américain en Russie

 

(Dernière mise à jour le 30/03/2022)