Tout part de cette plage. Tout y ramène. En boucle, comme dans un cauchemar. Le corps de l’enfant rendu par la mer. Le lynchage, les hommes brûlés vifs, les cris de joie. Tout commence et tout finit sur cette plage de Madagascar, où le deuil d’un enfant s’est transformé, par le poison de la rumeur, en une furie collective qui vaudra à trois hommes de finir leurs jours sur un bûcher.

De ces trois hommes, on sait peu de choses, sinon que leur vie a été emportée en quelques heures par un phénomène sidérant d’hallucination collective. Sébastien Judalet, conducteur de bus en Seine-Saint-Denis de 38 ans et père d’une petite fille de 11 ans, n’était pas un aventurier. Son cadavre s’est consumé à l’aube, jeudi 3 octobre, à 9 000 kilomètres de chez lui, devant des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants frappant dans leurs mains.

Roberto Gianfalla, cuisinier de 50 ans originaire de Palerme, a quitté le 7 avril la région d’Annecy, où il a élevé ses trois enfants, pour refaire sa vie à Madagascar. Son journal intime, illustré de sa main, raconte cette renaissance : « Merci, je dis merci à ce qui m’arrive et ce que je vis en ce moment. Je crois que je suis arrivé au paradis… » Ces deux hommes sont morts d’avoir rencontré Zaidou, un Malgache de 33 ans, brûlé vif quelques heures après ses deux compagnons de torture, sur la foi d’un soupçon. […]

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Pour aller plus loin :

  • Alain Corbin, Le village des cannibales, Aubier, 1990. Note de lecture
  • Véronique Campion-Vincent, La légende des vols d’organes, Les Belles Lettres, 1997. Note de lecture

Voir aussi :