Les lois mémorielles favorisent-elles la théorie du complot ?
Le récent rapport de la mission d’information parlementaire sur les questions mémorielles présidée par Bernard Accoyer revient sur le contexte dans lequel a été votée la loi Gayssot du 13 juillet 1990 créant un « délit de négation des crimes contre l’humanité » : « A l’origine, nul ne qualifie ce texte de ”mémoriel” » rappelle le rapport. « Mais à la différence de la législation antérieure, qui condamnait universellement et abstraitement toute forme de racisme et d’antisémitisme, il fait référence à un épisode historique particulier ».

Les lois mémorielles favorisent-elles la théorie du complot ?
Le rapport Accoyer revient également sur les critiques dont ce texte a fait l’objet de la part des historiens Pierre Vidal-Naquet ou Madeleine Rebérioux. Dans un article, paru dans Le Monde le 21 mai 1996, celle-ci, alors présidente honoraire de la Ligue des droits de l’homme (LDH), faisait valoir plusieurs objections à la loi Gayssot. En particulier, celle de conforter la théorie du complot : « [Ce texte] permet aux négationnistes de se présenter comme des martyrs, ou tout au moins comme des persécutés. Déjà, Garaudy publie une nouvelle édition de son livre (Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, La Vieille Taupe, 1995 – NDLR) en ‘‘samizdat’’. (…) Imagine-t-on le doute rampant qui va s’emparer d’esprits hésitants ? ‘‘On nous cache quelque chose, on ne nous dit pas tout, le débat est interdit…’’ Imagine-t-on les réactions de tels adolescents à qui les enseignants tentent d’inculquer un peu d’esprit critique ? Imagine-t-on le parti que peuvent en tirer les antisémites larvés, qui n’ont pas disparu ? ».

Quoi qu’on pense de cette loi du 13 juillet 1990, considérée par beaucoup, à tort ou à raison, comme la première des "lois mémorielles" (avec celle sur la reconnaissance du génocide arménien puis celle reconnaissant la traite et l’esclavage comme des crimes contre l’humanité), on ne peut s’empêcher de penser que les mots de Madeleine Rebérioux avaient quelque chose de prémonitoire.

Pour aller plus loin :
* « La loi Gayssot et ses critiques de bonne foi », par Gilles Karmasyn (site Pratique de l’Histoire et Dévoiements Négationnistes, 27 avril 2002).