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  <title>Conspiracy Watch / Observatoire du conspirationnisme</title>
  <description><![CDATA[Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot]]></description>
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  <language>fr</language>
  <dc:date>2013-05-22T20:56:28+02:00</dc:date>
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   <title>Conspiracy Watch / Observatoire du conspirationnisme</title>
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   <title>Paranoïa, contre-culture et milieux radicaux (1/2)</title>
   <pubDate>Thu, 23 Feb 2012 19:51:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Stéphane François</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Ressources]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Par Stéphane François     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="http://www.conspiracywatch.info/photo/art/default/3876056-5824149.jpg" alt="Paranoïa, contre-culture et milieux radicaux (1/2)" title="Paranoïa, contre-culture et milieux radicaux (1/2)" />
     </div>
     <div>
      La théorie du complot est devenue une constante importante des milieux radicaux, tant de gauche que de droite, depuis le début des années 2000. Nous utilisons le mot « radical » car les discours conspirationnistes ou complotistes, les deux néologismes étant acceptés, ne sont pas le propre de milieux extrémistes de droite : tous font de l’« Autre », émanation de l’altérité, une figure, une représentation, de l’« ennemi » (1). Un ennemi omniprésent dans ce chapitre. Du fait de cette représentation particulière, nous élargirons ici notre démarche. En effet, nous verrons que cette vision du monde est commune à des milieux radicaux forts éloignés politiquement, dont l’un des points communs est une forme de paranoïa (2). Celle-ci est contagieuse et créatrice de porosités doctrinales : si les milieux conspirationnistes d’extrême gauche et ceux d’extrême droite sont éloignés et s’opposent, il n’en existe pas moins des lieux de convergence situés dans les sphères de la contre-culture. Toutefois, nous devons garder à l’esprit que ces sous-ensembles, s’ils peuvent communiquer, restent quand même des ensembles distincts ayant des différences, voire des divergences, textuelles et génériques.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Les discours qui nous intéressent s’inscrivent globalement dans une conception paranoïaque-critique du monde, ainsi que dans une forme de pensée mythique, bricolée (3), ayant des liens vers une interprétation paranoïaque-clinique. Une conception qui est fort à la mode actuellement (4), dans notre époque à la fois saturée d’information et sujette à une <span style="font-style:italic">« crise de sens »</span> (5), au point que le sociologue George Marcus parle à ce sujet de <span style="font-style:italic">« mode de pensée sociale »</span> (6). En effet, comme l’a montré la sociologue <a class="link" href="http://www.conspiracywatch.info/tags/nathalie+heinich/">Nathalie Heinich</a>, elle est parfois présente dans le milieu de la sociologie universitaire (7). Cette vision du monde, née d’une crise de repère et d’une hyper-rationalisation, voire d’un hyper-criticisme, est banalisée, comme nous le verrons ultérieurement, par une culture populaire de type « paranoïde », qui s’est largement développée grâce à la révolution Internet. Ce médium va être en effet un outil indispensable au développement de ce type de discours, de cet imaginaire (8) : les publications à connotation paranoïaque/conspirationniste étaient jusqu’à présent confidentielles, très peu lues. Internet, en dématérialisant les supports, a permis une diffusion accrue de ces thèses, au travers notamment de la démultiplication de ces sites : une personne peut animer plusieurs sites, voire monopoliser plusieurs forums sous différents avatars, comme cela est souvent le cas dans les milieux extrémistes.       <br />
              <br />
       <b>Le succès de la théorie du complot</b>       <br />
              <br />
       La thématique du complot est récurrente dans l’histoire des idées : on la retrouve à la fin du XIXe siècle, dans les années trente, dans les années soixante à la suite du <a class="link" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Matin_des_Magiciens">Matin des magiciens</a> et de <a class="link" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Plan%C3%A8te_(revue)">Planète</a>... Comme un serpent de mer, elle réapparaît régulièrement. Mais il vrai que depuis le début des années deux milles, cette thématique explose, alors qu’elle avait disparu entre les années quatre-vingts et le milieu des années quatre-vingt-dix. Elle va resurgir notamment dans les milieux ufologiques et New age, en particulier à la suite du succès au début des années deux mille du <a class="link"  href="http://www.conspiracywatch.info/Qu-est-ce-que-le-Livre-jaune-n-5_a528.html">Livre Jaune n° 5</a> de Jan Van Helsing (9), un best seller de la littérature conspirationniste.       <br />
              <br />
       Ces thèmes conspirationnistes connaissent donc un succès croissant sur Internet. La « vérité est ailleurs » selon le slogan d’une série télévisée. En effet, la théorie du complot, dans un sens paranoïaque-critique, a été très largement vulgarisée par la série télévisée à succès <span style="font-style:italic">X-Files</span> (10). Cette dernière, une série télévisée à très grand succès, et multi-récompensée, tant en Europe qu’en Amérique du Nord, a très largement vulgarisée la théorie du complot. En effet, elle fut la première série télévisée à faire de la thématique paranoïaque conspirationniste sa base scénaristique, permettant au téléspectateur de se poser la question : <span style="font-style:italic">« Et s’il n’avait pas tort ? »</span> (11). Dans celle-ci donc, le personnage principal, Fox Mulder, un agent du FBI, enquête sur l’implication du gouvernement fédéral américain, de l’ONU, de l’UNESCO et d’une organisation dont on ne connaîtra jamais le nom, dans la colonisation de la Terre par des extraterrestres. Ce thème, d’abord marginal et dilué au grès d’épisodes traitant du paranormal, devient au fil des neuf saisons récurrent puis central. Il sera d’ailleurs au cœur du premier film tiré de cette série. Néanmoins, Cette thématique est aussi présente dans la paralittérature de science-fiction, en particulier chez Phillip K. Dick (12). Ce genre est très lu dans certains milieux radicaux comme les conspirationnistes, la nébuleuse New Age ou l’extrême gauche. De fait, cette nouvelle phase conspirationniste est intéressante par son aspect polymorphe et polyculturel : on le retrouve dans les milieux ufologiques, New Age, dans les milieux extrémiste de droite, chez les fous de Dieu, mais aussi dans la scène rap (<a class="link" href="http://www.conspiracywatch.info/tags/rockin%E2%80%99+squat/">Rockin’Squat</a> et Keny Arkana pour ne citer que des exemples français) et à l’extrême gauche. Le conspirationnisme s’est démocratisé, s’est diffusé et surtout dilué dans les différents segments de la société…       <br />
              <br />
       <iframe frameborder="0" width="420" height="339" src="http://www.dailymotion.com/embed/video/x511rk"></iframe><br /><a href="http://www.dailymotion.com/video/x511rk_keny-arkana-ordre-mondial-audio-pho_music" target="_blank">KENY ARKANA &quot;ORDRE MONDIAL&quot; - Audio + photos</a> <i>par <a href="http://www.dailymotion.com/babylonik" target="_blank">babylonik</a></i>
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     <br style="clear:both;"/>
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      L’hypercriticisme domine cette nouvelle phase : les partisans de l’interprétation paranoïaque-clinique du monde tendent à voir des manifestations du « complot » partout (13). Ainsi, la présence, ou l’absence de preuve, peut être un signe, un indice : <span style="font-style:italic">« En conséquence, n’importe quel fait (ou absence de fait) peut subir une importation au sein de l’explication conspirationniste, et donc servir à en confirmer la validité. L’indice justifie l’explication autant que celle-ci est justifiée par lui »</span> (14). Il faut garder à l’esprit qu’en paralittérature <span style="font-style:italic">« tout signifie, au service d’une norme que jamais le texte ne remet durablement en question, et cela de façon inlassablement répétitive »</span> (15).       <br />
              <br />
       La principale difficulté de ce type de recherches est de définir des frontières entre :       <br />
       1/ des paranoïaques qui élaborent des théories du complot ou des théoriciens qui sombrent dans la paranoïa ;       <br />
       2/ l’amateur de théories conspirationnistes et celui qui y croit réellement ;       <br />
       3/ différentes formes de paranoïa : le délire paranoïaque pur, c’est-à-dire la folie, et le discours de type croyance permettant la compréhension d’un monde incompris.       <br />
       De plus, il existe des possibilités interactionnistes, en particulier lors de théorie du complot, quand la réalité entretient la paranoïa. C’est le cas, par exemple, du 11 septembre… En outre, de ce fait, des délires apparus chez certains auteurs qui souffrent réellement de paranoïa peuvent se diffuser, par un phénomène de contagion (16) dans des milieux éloignés mais perméables à ce genre de théories, comme les milieux d’amateurs d’« histoire secrète » ou d’OVNIS. En effet, le paranoïaque est très perméable à la théorie du complot. En outre, il faut tenir compte de la volonté de dissimulation de la part des auteurs étudiés. Comme l’écrit Wiktor Stoczkowski : <span style="font-style:italic">« En esquissant les règles méthodologiques de la lecture entre les lignes, Leo Strauss (17) observa que les énoncés occultés ne sont pas nécessairement implicites et qu’ils se manifestent fréquemment au travers d’équivoques, d’ironies, de contradictions délibérément entretenues, d’allusions sibyllines, de définitions excessivement alambiquées, de remarques précises dissimulées parmi d’insignifiantes notes de bas de page ou au milieux de longues et ennuyeuses descriptions qui n’éveillent guère l’attention d’un lecteur pressé. Si l’on cherche à les déceler, on ne peut faire l’économie d’une analyse minutieuse, pour chaque auteur, de la totalité de ses énoncés explicites et de l’ensemble de leur configuration »</span> (18).       <br />
              <br />
       Enfin, il faut garder à l’esprit que <span style="font-style:italic">« Les visions conspirationnistes sont indissociables d’une rhétorique de la dénonciation dont le premier caractère observable est un “style paranoïde”, comme si l’obsession du complot allait de pair avec un délire d’interprétation, susceptible d’être lui-même le symptôme d’une structure psychique paranoïaque. Le paranoïaque élimine l’incertitude, systématise la méfiance et généralise le soupçon, pour se construire une vision cohérente, du moins à ses yeux, de ce qui se passe dans son monde ou dans le monde »</span> (19). Enfin, le conspirationnisme est aussi très ambivalent, entre archaïsme et modernité, entre inquiétude et rassurance, entre hypercriticisme et crédulité, entre scientificité et marginalité.       <br />
              <br />
       <b>Définitions</b>       <br />
              <br />
       Le radicalisme politique, de gauche comme de droite, peut être défini comme le refus des règles de la démocratie parlementaire, dont le jeu des partis. Les <span style="font-style:italic">« milieux radicaux »</span> comprennent les extrémismes politiques ainsi que les subcultures. Celles-ci sont des expressions de l’underground. Ce dernier se manifeste aussi par une radicalité politique (engagement ou désengagement radical) et/ou artistique associé à un très bon niveau culturel (autodidacte ou non) et à une volonté de subvertir (20). Selon Frédéric Monneyron et Martine Xibernas, le terme <span style="font-style:italic">« underground »</span> comprend aussi l’idée d’interdit, de non autorisé (21). Ces groupes radicaux refusent fréquemment la pensée dominante. Ainsi, selon Jean-Bruno Renard, i[« Pour les groupes minoritaires, la pensée dominante s’impose non par sa force argumentative ou son efficacité empirique, puisqu’elle est perçue comme fausse, mais par l’action d’organisations secrètes qui nous cachent la vérité et nous “désinforment” au travers de l’éducation et des médias […] C’est la même idéologie conspirationniste et la même vision manichéenne du monde, distinguant manipulateurs et manipulés, qui font que les partisans d’idées hétérodoxes se rapprochent : croyants aux extraterrestres et antisémites, négateurs de l’extermination des juifs et négateurs du débarquement sur la Lune, etc. »]i (22)
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      La paranoïa peut être définie de la façon suivante : la paranoïa est un trouble psychiatrique, une psychose qui se caractérise par un délire partiel de persécution extrêmement cohérent, qui n’empêche pas l’intégrité du jugement. En ce sens, la paranoïa est une construction intellectuelle. Il s’agit d’un délire d’interprétation, souvent accompagné de réactions d’agressivité, de méfiance et de susceptibilité. En ce sens, la paranoïa est une forme de système fermé : le paranoïaque est une personne qui s’est enfermée sur lui-même et dans son propre système… Comme il considère les autres comme des ennemis potentiels, le rapport à l’autre se fait dans le conflit. Enfin, le paranoïaque cherche toujours à prouver ses affirmations, mais ses arguments sont sans pertinence par rapport à son discours : il voit des preuves là où il n’y en a pas.       <br />
              <br />
       <b>Le complot paranoïde</b>       <br />
              <br />
       Le complot paranoïde est une création moderne, datant de la fin du XVIIIe siècle. En effet, si l’Histoire regorge de complots avérés, ce n’est que depuis les thèses de l’<a class="link" href="http://www.conspiracywatch.info/tags/barruel/">Abbé Barruel</a> que sont apparus des complots, fantasmés, qui relèvent avant tout de la croyance (23). Des discours « proto-conspirationnistes » sont présents chez les puritains dès le début du XVIIe siècle : il est alors fréquent de voir des références à un complot du Démon pour pervertir les croyants. Cette forme de peur du Démon n’a pas pour autant disparu. Pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir du phénomène de « La grande chasse aux satanistes » des années quatre-vingt-dix, analysée en 1994 par l’universitaire catholique conservateur Massimo Introvigne (24). L’antimaçonnisme y prend aussi racine très tôt, comme l’a montré Roger Dachez (25).
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     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.conspiracywatch.info/photo/art/default/3876056-5824154.jpg" alt="Paranoïa, contre-culture et milieux radicaux (1/2)" title="Paranoïa, contre-culture et milieux radicaux (1/2)" />
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     <div>
      Le conspirationnisme joue un rôle important dans la culture populaire américaine de l’après-seconde guerre mondiale (26), voire plus largement Nord-américaine avec les publications du Canadien <a class="link" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/William_Guy_Carr">William Guy Carr</a>, tel <span style="font-style:italic">Pawns in the Game</span>, paru 1958 (27). Toutefois, des prémisses sont présentes dans la culture américaine dès le XIXe siècle avec un conspirationnisme anticatholique, et plus récemment, après la Seconde guerre mondiale avec l’anticommunisme, en particulier d’un McCarthy (28). Dans ce dernier cas, <span style="font-style:italic">« l’ennemi communiste était perçu comme omnipotent et ubiquiste, présent partout mais partout dissimulé, donc toujours à débusquer et à démasquer »</span> (29). Dans le cas du conspirationnisme américain, le complot est souvent déduit de supposées <span style="font-style:italic">« persécutions »</span> dont sont victimes les <span style="font-style:italic">« petits blancs »</span>. En outre, dans le cas anglo-saxon, il faut prendre en compte l’importance de la peur du Diable chez les Puritains (30). Cette peur du Malin s’est laïcisée et s’est portée sur les catholiques, les communistes ou extraterrestres, tous représentations de l’<span style="font-style:italic">« ennemi public »</span>, pour reprendre l’expression de Sophie Houdard (31). Pour celle-ci, <span style="font-style:italic">« c’est l’ennemi, l’autre, celui que l’on soupçonne de détruire l’unité »</span>, de détruire l’État (32).        <br />
              <br />
       Concernant plus précisément le cas des extraterrestes, ceux-ci renvoient au « Mal », surtout dans l’Amérique des années cinquante. Dans les films et la littérature populaire américains de cette époque, les extraterrestres étaient souvent des allégories du <span style="font-style:italic">« péril communiste »</span>. Les extraterrestres chez <a class="link" href="http://www.conspiracywatch.info/tags/david+icke/">Icke</a>, Lear, <a class="link" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/William_Milton_Cooper">Cooper</a>, etc. sont perçus comme des démons. Ainsi, chez Icke, ce sont des <span style="font-style:italic">« Reptiliens »</span>, chez Lear ou Cooper, des « Petits Gris » ou Short Greys. Ils le sont d’autant plus démoniaques que leurs repères, à l’instar du diable, se trouvent sous terre. Enfin, certains partisans paranoïaques de l’existence affirment même que les Short Greys se nourrissent de sang, d’hormones et d’enzymes humains, tels des vampires. Il existe donc un parallèle assez marqué nous permettant de considérer, dans ce type de discours, les extraterrestres comme un mythe actualisé des démons… Toutefois, moins les hommes croient au Diable et plus ils ont tendance à le voir partout… Une attitude qui permet l’essor du complot paranoïde dans les sociétés contemporaines. Cette attitude permet l’essor du complot paranoïde dans les sociétés contemporaines. Cependant, c’est la Révolution française qui va favoriser son développement : <span style="font-style:italic">« L’idée du complot accompagne l’idéologie et la pratique révolutionnaires »</span> (33). En effet, selon François Furet, <span style="font-style:italic">« c’est véritablement une notion centrale et polymorphe, par rapport à laquelle s’organise et se pense l’action : c’est elle qui dynamise l’ensemble de convictions et de croyances caractéristiques des hommes de cette époques, et c’est elle qui permet tout à coup l’interprétation-justification de ce qui s’est passé »</span> (34).       <br />
              <br />
       Depuis la parution des travaux des chercheurs Anglo-Saxons (35), les origines du conspirationnisme sont assez bien connues : elles peuvent être datées de la Révolution française. Auparavant, il existait bien des complots mais ceux-ci restaient enfermés dans une conception religieuse du monde : derrière le complot, il y avait l’Antéchrist, le Diable (dès le XVIe siècle) (36)… Après la Révolution, la nature du conspirationnisme pré-révolutionnaire se trouve remis en cause : la société, laïcisée, rationalisée, ne croit plus au Diable et vit dans l’incertitude. On rencontre très rapidement la convergence entre la pathologie paranoïaque et les discours à tendances conspirationnistes, en particulier dans les milieux des fous littéraires, très présents dans les milieux occultistes. De là, la théorie du complot va se diffuser très rapidement, d’autant plus que ces milieux étaient parfois proches des idées contre-révolutionnaires de Bonald, Maistre ou Barruel. Les milieux occultistes, à l’instar des milieux d’extrême droite, sont largement perméables aux théories du complot. Il était en effet courant dans la littérature occultiste de la fin du XIXe siècle de soutenir l’idée selon laquelle des « Supérieurs Inconnus » dirigeaient discrètement les destins de l’humanité (37)…       <br />
              <br />
              <br />
       <span class="u">Notes</span> :       <br />
       (1) Sur l’« Autre » en tant qu’« ennemi absolu », cf. le dossier « L’ennemi » du n° 5 de<span style="font-style:italic"> Raisons politiques. Études de pensée politique</span>, février 2002, en particulier l’« Éditorial » de Sandrine Lefranc &amp; Marc Sadoun, pp. 3-7.       <br />
       (2) Parmi les autres points communs, nous trouvons un refus du « système », un hypercriticisme (présent dans le négationnisme), ainsi qu’un antisionisme/antisémitisme.       <br />
       (3) Cf. Claude Lévi-Strauss, <span style="font-style:italic">La Pensée sauvage</span>, op. cit.       <br />
       (4) Véronique Campion-Vincent, <span style="font-style:italic">La Société parano. Théorie du complot, menaces et incertitudes</span>, Paris, Payot, 2005, p. 16.       <br />
       (5) Cf. Marc Augé, <span style="font-style:italic">Le Sens des autres. Actualité de l’anthropologie</span>, Paris, Fayard, 1994, pp. 186-187.       <br />
       (6) George Marcus, <span style="font-style:italic">Paranoia within Reason: A Casebook on Conspiracy as Explanation</span>, Chicago, University of Chigago Press, 1999, p. 1.       <br />
       (7) Nathalie Heinich, <span style="font-style:italic">Le Bêtisier du sociologue</span>, Paris, Klincksieck, 2009, pp. 27-36.       <br />
       (8) Cf. Pierre-André Taguieff, <span style="font-style:italic">L’Imaginaire du complot mondial</span>, op. cit.       <br />
       (9) Jan van Helsing, <span style="font-style:italic">Livre jaune nº 5</span>, Tourrette sur Loup, Éditions Félix, 2001.       <br />
       (10) En français : « Aux frontières du réel ».       <br />
       (11) Cf. Philip Knight (ed.), <span style="font-style:italic">Conspiracy Nation. The Politics of Paranoia in Postwar America</span>, New York, New York University Press, 2002.       <br />
       (12) Voir l’analyse de l’Empire américano-soviétique dans <span style="font-style:italic">SIVA</span> de K. Dick par rapport aux thèses élaborées sur le condominium URSS-USA. Phillip K. Dick, <span style="font-style:italic">SIVA</span>, Paris, Gallimard, 2006.       <br />
       (13) C’est le cas par exemple de l’activisme des hackers, en particulier, de celui d’un Julian Assange, qui cherche à rendre entièrement transparente une société qu’ils supposent ne pas l’être. Pourquoi diffuser des documents, si ce n’est pour empêcher le maintien d’un secret (raisons réelles de la guerre en Irak, persistance de la « raison d’État », etc.) Ils appliquent la ritournelle de Jacques Dutronc : « on nous cache tout, on nous dit rien ». Le conspirationnisme dans cette variante est un hypercriticisme. Seulement, une société entièrement transparente est totalitaire. Il s’agit d’une « société disciplinaire » (Michel Foucault) ou d’une « société de surveillance » (Gilles Deleuze). C’est une concrétisation du panoptique de Bentham.       <br />
       (14) Emmanuelle Danblon et Loïc Nicolas, « Modernité et “théories du complot” : un défi épistémologique », in Emmanuelle Danblon et Loïc Nicolas (dir.), <span style="font-style:italic">Les Rhétoriques de la conspiration</span>, op. cit., p. 19.       <br />
       (15) Daniel Couégnas, <span style="font-style:italic">Introduction à la paralittérature</span>, Paris, Seuil, 1992, p. 115.       <br />
       (16) Dan Sperber, <span style="font-style:italic">La Contagion des idées</span>, op. cit.       <br />
       (17) Leo Strauss fut le premier à en proposer quelques règles d’analyse. Cf. Leo Strauss, <span style="font-style:italic">Persecution and the Art of Writing</span>, New York, The Free Press, 1952.       <br />
       (18) Wiktor Stoczkowski, « Rires d’ethnologues », art. cit., pp. 101-102.       <br />
       (19) Pierre-André Taguieff, <span style="font-style:italic">La Foire aux illuminés</span>, op. cit., p. 102.       <br />
       (20) Le livre de Julian Assange (<span style="font-style:italic">Underground</span>, Paris, Éditions des Équateurs, 2011) en est un bon exemple.       <br />
       (21) Frédéric Monneyron &amp; Martine Xibernas, <span style="font-style:italic">Le Monde hippie</span>, op. cit.       <br />
       (22) Jean-Bruno Renard, « Comment les mythologies se combinent entre elles ? », in Stéphane François &amp; Emmanuel Kreis (dir.), <span style="font-style:italic">Le Complot cosmique. Théorie du complot, ovnis, théosophie et extrémistes politiques</span>, Milan, Archè, 2010, p. 10.       <br />
       (23) Cf. John Roberts, <span style="font-style:italic">La Mythologie des sociétés secrètes</span>, Paris, Payot, 1979.       <br />
       (24) Massimo Introvigne, <span style="font-style:italic">Enquête sur le satanisme. Satanistes et antisatanistes du XVIIe siècle à nos jours</span>, Paris, Dervy, 1997, pp. 314-368.       <br />
       (25) Roger Dachez, « Les sources politiques et religieuses de l’antimaçonnisme aux États-Unis (1737-1850) », <span style="font-style:italic">Politica Hermetica</span>, n° 9, 1995, pp. 172-183.       <br />
       (26) Timothy Melley, <span style="font-style:italic">Empire of Conspiracy: The Culture of Paranoia in Postwar America</span>, New York/Londres, Cornell University Press, 2000.       <br />
       (27) William Guy Carr, <span style="font-style:italic">Pawns in the Game</span>, Los Angeles, St. George Press, 1958.       <br />
       (28) Daniel Pipes, <span style="font-style:italic">Conspiracy: How the Paranoid Style Flourishes and Where it Comes From</span>, New York, Free Press, 1997, p. 115.       <br />
       (29) Pierre-André Taguieff, <span style="font-style:italic">L’Imaginaire du complot mondial</span>, op. cit., p. 40.       <br />
       (30) Arthur Versluis, <span style="font-style:italic">The New Inquisitions: Heretic-hunting and the Origins of Modern Totalitarianism</span>, Oxford, Oxford University Press, 2006.       <br />
       (31) Sophie Houdard, « De l’ennemi public aux amitiés particulières. Quelques hypothèses sur le rôle du Diable (15e-17e siècles », <span style="font-style:italic">Raisons politiques. Études de pensée politique</span>, « L’ennemi », n° 5, février 2002, pp. 9-27.       <br />
       (32) Ibid., p. 10.       <br />
       (33) Paul Zawadzki, « Historiciser l’imaginaire du complot. Note sur un problème d’interprétation », in Emmanuelle Danblon et Loïc Nicolas (dir.), <span style="font-style:italic">Les Rhétoriques de la conspiration</span>, op. cit., p. 43.       <br />
       (34) François Furet, <span style="font-style:italic">Penser la Révolution française</span>, Paris, Gallimard, 1983, p. 78.       <br />
       (35) Outre les ouvrages cités dans cet article, pouvons renvoyer le lecteur vers les études suivantes : David Coady (ed.), <span style="font-style:italic">Conspiracy Theories: The Philosophical Debate</span>, Burlington, Ashgate, 2006 ; Jane Parish &amp; Martin Parker (ed.), <span style="font-style:italic">The Age of Anxiety: Conspiray Theory and the Human Science</span>, Oxford, Blackwell, 2001.       <br />
       (36) Sophie Houdard, « De l’ennemi public aux amitiés particulières », art. cit., pp. 10-11. Sur cette question, voir aussi Brian Levack, <span style="font-style:italic">La Grande chasse au sorcière en Europe au début des Temps modernes</span>, Paris, Champ Vallon, 1991.       <br />
       (37) La terminologie de « Supérieurs Inconnus » provient à l’origine de la franc-maçonnerie. En 1751, le baron Charles-Gotthelf von Hund (1722-1776) fonde une nouvelle forme de maçonnerie : la Stricte Observance ou plus exactement l’Ordre supérieur des chevaliers du Temple sacré de Jérusalem. L’idée était que la franc-maçonnerie serait une perpétuation des Templiers dirigée par des « Supérieurs Inconnus » dont Hund était, selon ses dires, le seul mandataire, s’étant lui-même fait initier par un mystérieux chevalier au « plumet rouge », en 1747. Cette légende va connaître un succès considérable au cours des XIXe et XXe siècles. Récupérés par les antimaçons, les Supérieurs Inconnus vont devenir les vrais maîtres occultes de la franc-maçonnerie. Ils seront assimilés aux satanistes, aux juifs, aux maîtres de l’Himalaya de la Société théosophique, etc., devenant le symbole de la sphère dirigeante du complot mondial, selon la vulgate conspirationniste (Stéphane François &amp; Emmanuel Kreis, <a class="link"  href="http://www.conspiracywatch.info/Le-Complot-cosmique--de-Stephane-Francois-et-Emmanuel-Kreis_a488.html">Le Complot cosmique</a>, op. cit., p. 74, note 3).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position: relative;">Conspiracy Watch - Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot</div>
   ]]>
   </description>
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   <link>http://www.conspiracywatch.info/Paranoia-contre-culture-et-milieux-radicaux-1-2_a788.html</link>
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   <title>Les rumeurs négatrices</title>
   <pubDate>Fri, 20 Nov 2009 14:53:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Bruno Renard</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Ressources]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Par Jean-Bruno Renard     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.conspiracywatch.info/photo/art/default/1651665-2225004.jpg" alt="Les rumeurs négatrices" title="Les rumeurs négatrices" />
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      <b>Le texte qui suit est paru originellement dans la revue Diogène (P.U.F), n° 213, 2006/1, pp. 54-73. Il est disponible sur</b> <a class="link" href="http://www.cairn.info/revue-diogene-2006-1-p-54.htm">CAIRN.INFO</a> <b>. Merci à l'auteur, à la rédaction de Diogène et aux Presses universitaires de France de nous autoriser à le reproduire ici.</b>       <br />
              <br />
       Nous pouvons construire une typologie des rumeurs – définies au sens large comme des nouvelles non vérifiées – à partir de leur relation à la réalité, après que leur degré de véracité ait été établi, du moins dans l’état actuel de nos connaissances, par des « experts » (historiens, scientifiques, policiers, journalistes…). Si une rumeur se révèle exacte, elle devient une <span style="font-style:italic">information</span>. Si une rumeur est fausse, elle tombe dans les catégories des rumeurs affirmatrices ou négatrices. Les <span style="font-style:italic">rumeurs affirmatrices</span>, les plus fréquentes, proclament la réalité de faits imaginaires, par exemple la rumeur prétendant que des bananes du Costa-Rica transmettent à l’homme une bactérie mangeuse de chair qui provoque une nécrose généralisée. Les <span style="font-style:italic">rumeurs négatrices</span>, plus rares, nient la réalité de faits avérés, par exemple les rumeurs qui prétendent qu’Elvis Presley n’est pas mort ou que les Américains n’ont jamais marché sur la Lune.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
             <br />
       Il nous semble utile de distinguer divers termes désignant la négation. Des rumeurs seront dites <span style="font-style:italic">négatives</span> lorsqu’elles énoncent des faits associés à la peur ou à l’hostilité, alors que les rumeurs positives évoquent des événements heureux, désirés. Les chercheurs français, donnant des couleurs aux rumeurs, parlent de rumeurs « noires » et de rumeurs « roses ». Les spécialistes s’accordent sur le fait qu’il y a environ neuf rumeurs noires pour une rumeur rose. Rouquette (1975, 1990) a bien étudié ce « biais de négativité » qui est l’un des traits dominants des rumeurs. On parlera de rumeurs et d’idées <span style="font-style:italic">négatrices</span> lorsqu’elles nient des événements communément admis. Ces rumeurs ne sont pas nécessairement négatives : par exemple les légendes de survie traduisent souvent le désir qu’une personnalité aimée ne soit pas morte. Enfin, parmi les rumeurs et les idées négatrices, on réservera l’appellation de <span style="font-style:italic">négationnistes</span> aux allégations révisionnistes sur l’inexistence des chambres à gaz et d’un plan d’extermination des juifs par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.       <br />
              <br />
       De Freud à Lacan, la psychanalyse a décrit les différentes formes de négation du réel : le refoulement névrotique, le déni psychotique et le démenti pervers. Pour surmonter l’angoisse d’un traumatisme psychique, les sujets remplacent la réalité niée par des réalités illusoires ou fétichistes (Freud, 1924, 1925 ; Michaux et Piret, 2000 ; Rey-Flaud, 2002). La psychiatrie a énuméré un certain nombre de délires de négation : négation de maternité, négation de la maladie, négation d’organes corporels (syndrome de Cotard), etc. Enfin la psychologie sociale a identifié la négation du réel comme l’un des mécanismes de défense de l’individu pour maintenir sa consonance cognitive. Rappelons que, pour Festinger (1957), un état de dissonance cognitive est créé lorsqu’un sujet est confronté à des opinions ou à des événements qui contredisent son système de représentation du monde. Afin de rétablir la consonance cognitive, le sujet doit ou bien modifier sa conception du monde, ou bien nier ces éléments extérieurs dissonants, ou bien encore les « aménager » pour les rendre assimilables.       <br />
              <br />
       <b>I. TYPOLOGIE DES RUMEURS NÉGATRICES</b>       <br />
              <br />
       1. <span class="u">Les rumeurs de survie</span>       <br />
              <br />
       Les bases psychologiques de ces rumeurs sont assez simples : on ne veut pas croire à la mort de ceux qu’on aime ou l’on craint la survie de ceux que l’on déteste. Le <span style="font-style:italic">Motif-Index</span> de Stith Thompson (1989) identifie deux séries de motifs relevant de notre sujet : A570 <span style="font-style:italic">« Culture hero still lives »</span> et A580 <span style="font-style:italic">« Culture hero’s expected return »</span>.       <br />
              <br />
       L’historien Yves-Marie Bercé (1990) a montré que le thème récurrent du « roi caché » obéissait à un même schéma : la <span style="font-style:italic">disparition</span> ou la mort mystérieuse d’un souverain ou futur souverain aimé de son peuple est rapidement suivie d’une <span style="font-style:italic">crise</span> (vacance du pouvoir, héritiers indignes, désastre militaire ou crise socio-économique) ; le peuple se met alors à croire à la survie du souverain (survie fabuleuse comme le sommeil ou la vie éternelle ou bien survie rationalisée lorsque le roi est imaginé captif, en exil ou retiré dans un désert, un ermitage, une île lointaine) ; le peuple attend le <span style="font-style:italic">retour</span> du souverain pour qu’il rétablisse une ère de bonheur et de prospérité ; enfin, il est fréquent que des <span style="font-style:italic">prétendants</span> affirment être le roi disparu (ils sont traités d’imposteurs s’ils ne sont pas reconnus). Ce fut le cas, à travers les âges, pour l’empereur germanique Frédéric Barberousse, le roi Sébastien du Portugal, le prince Dimitri de Russie et le jeune Louis XVII en France.       <br />
              <br />
       Frédéric Barberousse, empereur d’Allemagne, avait l’ambition de restaurer le Saint Empire romain germanique. Il se noya dans un fleuve de Turquie pendant la troisième croisade en 1190. Une rumeur prétendit qu’il était toujours vivant, puis une légende se forma suivant laquelle l’empereur vivait ou dormait miraculeusement au cœur de la montagne du Kyffhaüser en Prusse. Les millénaristes allemands du XVIe siècle attendirent son retour et, au XXe siècle, des chefs nazis firent encore référence à la légende. En 1578, le roi Sébastien du Portugal disparut lors d’une bataille en Afrique. Ses sujets refusèrent longtemps de croire à sa mort : on dit que son tombeau à Lisbonne contient en réalité le corps de l’un de ses soldats mort au combat. Plusieurs personnes prétendirent alors se faire reconnaître pour dom Sébastien. En 1598, la mort mystérieuse du prince Dimitri de Russie entraîna des rumeurs de survie et l’apparition de nombreux prétendants. De même, dans la France de 1795, les circonstances troubles de la mort et de l’inhumation du jeune Louis XVII, âgé de 10 ans, suscita des rumeurs de survie, colportées par les royalistes, et l’apparition de prétendants, comme le célèbre Naundorf. En avril 2002, une analyse de l’ADN du cœur conservé comme étant celui de Louis XVII a prouvé que le Dauphin était bien mort au Temple.       <br />
              <br />
       Malgré les progrès dans la diffusion des informations et dans l’identification des personnes, les XIXe et XXe siècles ne virent pas disparaître les légendes de survie.       <br />
              <br />
       Le maréchal Ney a été fusillé par les royalistes à Paris en 1815. Mais en 1819, en Caroline du Sud, un certain Peter Stuart, maître d’école et ivrogne, prétendit être le maréchal Ney, sauvé par un simulacre d’exécution machiné par la franc-maçonnerie. Mais personne ne crut Stuart et cette thèse est unanimement rejetée par les historiens. Notons l’association entre survie, complot et prétendant.       <br />
              <br />
       En 1821, quand les Français apprirent la mort de Napoléon, une partie de la population des campagnes et des petites villes n’y crut pas. Les gens pensaient qu’il s’agissait d’une fausse nouvelle fabriquée par les Anglais et les royalistes français. Des rumeurs prétendaient que l’Empereur était non seulement vivant mais encore sur le sol français, par exemple à Lyon, ou bien en Espagne où il s’était rallié à l’insurrection du général Riego contre le roi Ferdinand VII. Au printemps 1823, à la fin des événements d’Espagne, les rumeurs sur la survie et le retour de Napoléon connurent une ultime flambée. Puis elles s’étiolèrent même si, en 1830 encore, à Paris, des insurgés révolutionnaires crurent reconnaître la silhouette de l’Empereur dans la foule ! (Ménager, 1988 ; Ploux, 2003).       <br />
              <br />
       Les romanciers, qui puisent aux mêmes sources où se forment les légendes, ont exploité le motif de la survie de Napoléon (Versins, 1972, pp. 360-366 et p. 623). Certains écrivains imaginent la substitution d’un sosie à l’Empereur lors de son départ en exil à Sainte-Hélène, d’autres racontent son évasion. L’ouvrage le plus intéressant est celui de Louis Geoffroy, <span style="font-style:italic">Napoléon et la conquête du monde</span> (1836). Publié quinze ans après la mort de l’Empereur, ce roman d’histoire-fiction imagine que Napoléon est vainqueur, et non vaincu, devant Moscou en 1812. Il conquiert alors le reste du monde, puis il instaure une monarchie universelle, fondée sur le Droit et le progrès scientifique, avant de mourir en 1832. Dans sa préface, Geoffroy explique ce qui l’a poussé à écrire cette grandiose épopée :       <br />
              <br />
       « C’est une des lois fatales de l’humanité que rien n’y atteigne le but.       <br />
       Tout y reste incomplet et inachevé, les hommes, les choses, la gloire, la fortune et la vie.       <br />
       Loi terrible ! qui tue Alexandre, Raphaël, Pascal, Mozart et Byron, avant l’âge de trente-neuf ans.       <br />
       […]       <br />
       Combien ont soupiré après ces songes interrompus, en suppliant le Ciel de les finir !       <br />
       Combien, en face de ces histoires inachevées, ont cherché, non plus dans l’avenir ni dans le temps, mais dans leur pensée, un reste et une fin qui pusse les parfaire. » (Cité par Versins, 1972, pp. 365-366.)       <br />
              <br />
       On ne saurait mieux expliquer pourquoi se créent les légendes de survie ! Louis II de Bavière a été découvert mort, noyé, sur le bord du lac de Starnberg le 13 juin 1886, quelques jours après avoir été déclaré dément et interné au château de Berg. On retrouvera également au bord de l’eau le corps de son médecin, von Gudden, mort étranglé. Cette double mort mystérieuse suscita naturellement des rumeurs, évoquées par des folkloristes français dans la <span style="font-style:italic">Revue des Traditions Populaires</span> (Paris, 25 décembre 1886, pp. 395-396) sous le titre « Après le drame, la légende ! ». Il y est dit qu’une partie de la population bavaroise était convaincue que le roi était toujours vivant et qu’il n’avait jamais été fou. Il reviendra pour chasser le conseil de régence qui a usurpé le pouvoir. Pour d’autres, le roi est bien mort, mais il aurait été drogué et noyé par le Dr Gudden, à l’instigation du conseil de régence. Les conspirateurs auraient fait croire à la mort de Gudden : c’est une figure de cire qui a été placée dans le cercueil et le médecin est parti vivre en Amérique. On voit qu’une légende de survie peut aussi concerner un personnage détesté.       <br />
              <br />
       Albert Dauzat (1919) nous rapporte que, pendant la guerre de 14-18, des légendes de survie concernèrent le pape Pie X et Lord Kitchener, ministre britannique de la guerre.       <br />
              <br />
       Chacun sait que les conditions obscures de l’exécution du tsar Nicolas II et de sa famille à Iekaterinbourg en 1918 ont suscité des rumeurs de survie : Nicolas II lui-même, sa fille Anastasia (une analyse d’ADN a montré que Madame Anna Anderson, qui prétendait être la grande-duchesse, n’était pas une Romanov) et même le tsarévitch Alexis (Petrov, Lysenko et Egorov, 1998 ; Gray, 1998). Dans les années 1930, une rumeur prétendit qu’un prêtre orthodoxe d’origine russe installé en Alaska était en réalité Raspoutine, qui ne serait pas mort en 1916 (Stevens, 1989).       <br />
              <br />
       Emiliano Zapata, charismatique révolutionnaire mexicain assassiné à l’âge de 40 ans en 1919, faisait toujours en 1994 l’objet de croyances de survie chez les vétérans de la révolution : « Ceux-ci assurent que ce n’est pas Zapata qui a été tué mais un compagnon déguisé, qu’il est parti ailleurs, poursuivre d’autres luttes, et qu’il va revenir » (Daubert, 1994, p. 102). En 1994, le révolutionnaire aurait eu l’âge de 115 ans environ : mais l’ardeur du mouvement zapatiste nourrit la légende !       <br />
              <br />
       En juin 1945, deux mois après la mort de Hitler, Marie Bonaparte écrivait dans ses <span style="font-style:italic">Mythes de guerre</span> : « Peut-être même, en dépit de l’annonce de sa mort, une nouvelle légende, ressuscitée de Barberousse, le situera-t-elle aux cavernes de quelque Kyffhaüser, d’où il attendrait de ressurgir un jour de gloire vengeresse ? Car il ne suffit pas de tuer l’ennemi pour qu’il ne soit plus : il survit dans sa légende » (Bonaparte, 1946, p. 9). La psychanalyste ne se trompait pas : des rumeurs de survie d’Hitler sont apparues. En 1945, les difficultés d’identification d’un corps brûlé, la volonté des Soviétiques de taire le lieu d’inhumation du corps, pour éviter tout « pèlerinage », et la ruse de Staline qui a volontairement laissé planer le doute sur la mort du Führer afin que l’on soupçonne l’Ouest de l’avoir recueilli, tout cela a rendu vraisemblables les rumeurs de survie. Dans les années 1950-1960, lorsqu’on apprit que des chefs nazis s’étaient réfugiés en Amérique du Sud, on supposa que Hitler pouvait en faire partie et même qu’il s’était rendu méconnaissable par une chirurgie faciale. Ces rumeurs de survie exprimaient la peur que « la Bête ne soit pas morte » et hantaient l’imaginaire des Alliés ou des chasseurs de nazis. De leur côté, quelques nostalgiques ou quelques néo-nazis espéraient le retour de Hitler. En 1963, un épisode de la série télévisée <span style="font-style:italic">The Twilight Zone</span> (en français « La Quatrième Dimension »), intitulé « He’s Alive » (scénario Rod Serling), montre un néo-nazi américain recevant ses ordres d’un mystérieux personnage qui n’est autre qu’Adolf Hitler. Une rumeur de survie devient de moins en moins vraisemblable au fur et à mesure que le « survivant » se fait vieux : Hitler aurait aujourd’hui 116 ans ! C’est pourquoi des œuvres de fiction imaginent désormais non plus la survie de Hitler mais son clonage, par exemple dans l’étonnant roman d’Ira Levin, <span style="font-style:italic">The Boys from Brazil</span> (1976).       <br />
              <br />
       La rumeur prétendant que James Dean aurait survécu à son terrible accident de voiture en 1955 est la première d’une série de légendes de survie touchant non plus seulement les rois et les chefs politiques mais les stars du cinéma ou de la chanson (même si certaines reçoivent aussi le titre de « King » !). Si James Dean ne se montre pas, c’est qu’il n’est pas en état de le faire : on le prétend maintenu en état de vie végétative dans un hôpital de l’Indiana ou vivant caché, défiguré et paralysé, dans une ferme des environs de Los Angeles, tel le « fantôme de l’Opéra » (Morgan et al., 1988, p. 141 ; Carbone, 1990, pp. 100-101). Des rumeurs identiques se répandirent après la mort du chanteur Jim Morrison en 1971 (Morgan et al., 1988, pp. 141-142) et celle d’Elvis Presley en 1977  (Morgan et al., 1988, p. 142 ; Stromberg, 1990). Un sondage mené par l’Institut Gallup au Canada en février 1989 révéla que 10 % des Canadiens n’étaient pas sûrs qu’Elvis Presley soit mort (5 % ne savaient pas s’il était mort ou vivant et 5 % étaient certains qu’Elvis est vivant) (<span style="font-style:italic">FOAFtale News</span>, 14, June 1989, p. 4).       <br />
              <br />
       On prétendit que le Président John F. Kennedy, assassiné à Dallas en 1963, était vivant mais dans le coma, du fait de la balle qui l’avait touché à la tête (Morgan et al., 1988, pp. 140-141). Il serait maintenu en vie par une machinerie médicale sophistiquée dans une aile top secret d’un hôpital de Houston. En accord avec la CIA et le FBI, le vice-président Lyndon Johnson annonça la mort de Kennedy. On a parlé aussi de mystérieux repaires en Alaska ou dans les Alpes suisses. Au moment du mariage de Jacqueline Kennedy avec Aristote Onassis, en octobre 1968, une rumeur prétendit que le Président, vivant mais paralysé, se trouvait sur l’île de Skorpios. Un hebdomadaire italien à sensation titra en couverture : « Kennedy est vivant, mais prisonnier d’Onassis » (Carbone, 1990, p. 155).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
             <br />
       2. <span class="u">Les rumeurs de sosie</span>       <br />
              <br />
       Les rumeurs de décès – que nous classons plutôt parmi les rumeurs affirmatrices, parce qu’elles imaginent un événement – s’éteignent généralement lorsque la personne prétendue morte se manifeste. Toutefois, il est des cas où la rumeur est si forte qu’elle suggère une idée négatrice : la personne que l’on voit n’est pas celle qu’elle paraît être, c’est un sosie.       <br />
              <br />
       Ainsi la fameuse rumeur sur Paul McCartney, qui aurait trouvé la mort en 1966 dans un accident de voiture, s’est-elle doublée d’une rumeur de sosie pour expliquer la présence persistante de Paul. On prétendit que, lorsque le Beatle fut arrêté au Japon en 1980 pour possession de marijuana, la police découvrit que ses empreintes digitales ne correspondaient pas à celles qui figuraient dans son dossier d’identité (Morgan et al., 1988, pp. 139-140).       <br />
              <br />
       En 1976, une rumeur prétendit que le pape Paul VI, jugé trop conservateur, avait été enfermé dans les caves du Vatican et remplacé par un sosie. Dans sa <span style="font-style:italic">Lettre aux Amis</span> (n° 21, mai 1976), le père Marie-Dominique Molinié, dominicain, dénonce cette « rumeur insensée, répandue dans bien des pays, selon laquelle le pape serait secrètement remplacé par un sosie, organe exécutif de trois francs-maçons qui feraient partie de son entourage immédiat ». Ce motif conspirationniste du pape remplacé par un sosie se trouve dans la littérature romanesque, par exemple dans <span style="font-style:italic">Les Caves du Vatican</span> (1922) d’André Gide ou dans <span style="font-style:italic">Le Massacre des innocents</span> (1995) de Jean-Jacques Reboux. De manière générale, le thème du sosie est un puissant facteur d’intrigue théâtrale ou romanesque.       <br />
              <br />
       Il est vraisemblable, sinon attesté, que des chefs d’État ont eu des sosies, pour des raisons de sécurité. On a ainsi prétendu dans les années 1970 que le maréchal Tito était en réalité un sosie du vrai Tito, qui était mort. En 2001, on racontait que Boris Eltsine avait été assassiné pour avoir détourné des milliards et qu’il avait été remplacé par un sosie. On a aussi parlé de sosies de Saddam Hussein.       <br />
              <br />
       Les fantasmes conspirationnistes sur les sosies peuvent être rapprochés d’un trouble psychiatrique appelé le « syndrome de Capgras » (Capgras et Reboul-Lachaux, 1923 ; Christodoulo, 1977). Il s’agit d’une croyance délirante où le malade pense que des membres de sa famille ou de son entourage ont été remplacés par des imposteurs, des sosies.       <br />
              <br />
       3. <span class="u">Les rumeurs sur l’identité sexuelle</span>       <br />
              <br />
       Les rumeurs sur l’identité sexuelle prétendent que des personnes ne sont pas du sexe qu’elles paraissent être.       <br />
              <br />
       Dans les années 1910, l’égyptologue français Eugène Lefébure émit l’hypothèse que le pharaon Akhenaton était une femme déguisée en homme et aurait usurpé le pouvoir royal en succédant à son père Aménophis III. Plus douteuse encore sur le plan historique est la légende médiévale de la « papesse Jeanne », qui prétend que le pape Jean VIII était en réalité une femme (Boureau, 1988).       <br />
              <br />
       De nos jours, les rumeurs sur l’identité sexuelle concernent presque exclusivement des femmes dont on prétend qu’elles sont des hommes. Sans doute est-ce là une conséquence du phénomène des travestis et des drag-queens.       <br />
              <br />
       La chanteuse française Sheila, pop star des « Sixties », a été l’objet d’une rumeur prétendant qu’elle était un homme (Morgan et al., 1988, pp. 27-28). Sa vie privée discrète frustrait son public et le moindre incident était exploité. C’est ainsi que le journal à scandale <span style="font-style:italic">France-Dimanche</span> évoqua en 1962 une mystérieuse opération chirurgicale subie par la chanteuse et émit des doutes sur sa féminité. Lorsque Sheila eut un enfant, la rumeur disparut presque entièrement, sauf chez quelques irréductibles conspirationnistes qui invoquèrent des complicités médicales et administratives faisant croire au public qu’il y avait eu grossesse et accouchement.       <br />
              <br />
       À la fin des années 1970, des rumeurs prétendirent que certaines femmes célèbres, à la féminité outrancière et à la voix rauque, étaient en réalité des travestis : par exemple Amanda Lear, ancienne égérie de Salvador Dali, et la chanteuse Dalida (Morgan et al., 1988, pp. 26-27).       <br />
              <br />
       En avril 2001, une rumeur internationale prétendit qu’Élodie Gossuin, Miss France 2001, était un homme. On connaît maintenant l’origine et le trajet de cette rumeur. Lorsque la presse française, fin avril, fit part avec mécontentement de la rumeur, elle s’appuyait sur un article paru dans le <span style="font-style:italic">New York Daily News</span> du 24 avril. Le journal américain avait lui-même repris, en le traduisant, un texte d’un quotidien portoricain, lequel avait trouvé l’information sur un site Web français (examineur.com) en janvier 2001. Ce Webzine proposait un court article intitulé « Miss France est un homme. Élodie Gossuin s’appelle en réalité Nicolas Levanneur ». Or ce site est animé par les rédacteurs du défunt <span style="font-style:italic">Infos du monde</span>, journal de canulars analogue au <span style="font-style:italic">Weekly World News</span> américain. Le journaliste portoricain a pris au premier degré cette pseudo-information, sans voir que le site était parodique et sans comprendre le jeu de mots du nom « Levanneur » : celui qui « lance des vannes », mot argotique pour désigner des blagues de mauvais goût. Le canular est devenu rumeur journalistique, au contenu non seulement surprenant mais aussi pertinent au moment où se déroulait à Paris l’élection de « Miss Trans » (« Miss Travesti ») et que se préparait le concours de Miss Univers à Porto Rico.
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     <br style="clear:both;"/>
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             <br />
       4. <span class="u">La rumeur des faux atterrissages sur la Lune</span>       <br />
              <br />
       Cette rumeur prétend qu’aucun astronaute n’a marché sur la Lune. Les images de la NASA, télévisées au monde entier, ont été filmées en studio sur une base secrète gouvernementale dans le désert du Nevada. La technologie américaine était insuffisante pour réaliser un débarquement lunaire mais le gouvernement américain et la CIA, déterminés à battre les Soviétiques dans la course de la conquête spatiale, fabriquèrent un faux événement (Morgan et al., 1988, pp. 194-195). Afin de comprendre pourquoi cette rumeur et cette théorie ont émergé, il faut se replacer dans le contexte des années 1969-1974. Dans la course à la conquête spatiale, les Soviétiques avaient systématiquement une longueur d’avance sur les Américains : lancement de satellites artificiels, envoi d’hommes dans l’espace, atterrissage de sondes sur la Lune (la sonde soviétique Luna 9 en février 1966 a précédé la sonde américaine Surveyor I de mai 1966). Il apparaissait donc surprenant que les Américains soient d’un seul coup les premiers en envoyant des hommes sur la Lune en juillet 1969. Cet événement a marqué les esprits et a pu paraître à beaucoup comme proprement « incroyable ». Par ailleurs, de nombreux Américains hostiles à la guerre du Viêt Nam étaient méfiants envers les déclarations officielles concernant le conflit qui se déroulait. Le soupçon envers les autorités grandit encore lorsque éclata l’affaire du Watergate, en 1972-1974, qui prouvait que le gouvernement menait des actions secrètes et mentait.       <br />
              <br />
       Des auteurs ont développé cette thèse dans des livres ou des vidéocassettes. Ils ont systématiquement relevé tout ce qui leur paraissait être des « détails troublants » : par exemple le drapeau qui flotte (or il n’y a pas de vent sur la Lune), les empreintes de pied comme sur du sable humide (or il n’y a pas d’eau sur la Lune), l’absence d’étoiles dans le ciel, des reflets lumineux étranges sur les casques des astronautes (projecteurs), des paysages lunaires qui semblent se répéter (décor), etc.       <br />
              <br />
       Des sondages d’opinion à la fin des années 1990 indiquent que 6 % des Américains ont des doutes sur le fait que des astronautes ont atterri sur la Lune.       <br />
              <br />
       Dès 1975, un bibliothécaire américain, Bill Kaysing, en collaboration avec Randy Reid, a publié à compte d’auteur un livre intitulé <span style="font-style:italic">We Never Went to the Moon : America’s Thirty Billion Dollar Swindle</span>. Kaysing est aussi un ardent défenseur de la thèse selon laquelle les gouvernements anglais et américains ont poussé les Japonais à bombarder Pearl Harbor afin d’entraîner l’Amérique dans la Seconde Guerre mondiale. En 1982, un ingénieur américain, William L. Brian publia <span style="font-style:italic">Moongate : Suppressed Findings of the US Space Program. The NASA-Military Coverup</span>. En 1992, Ralph Rene, un ingénieur autodidacte américain, publia à compte d’auteur <span style="font-style:italic">NASA Mooned America</span>. Récemment, à propos des attentats du 11 septembre, Rene a déclaré que le World Trade Center a aussi explosé de l’intérieur (et ce ne sont pas les Arabes qui en sont la cause) !       <br />
              <br />
       En 2000, le Français Philippe Lheureux publia <span style="font-style:italic">Lumières sur la Lune. La Nasa a-t-elle menti ?</span> L’auteur ajoutait une nouvelle explication au trucage de la NASA : les Américains ont renoncé à atterrir sur la Lune parce qu’ils y ont trouvé des signes de présence extraterrestre et ont pris peur !       <br />
              <br />
       Le 15 février 2001, la chaîne télévisée américaine Fox diffusa une émission intitulée « Conspiracy Theory : Did We Land on the Moon ? », présentée par un acteur de la série <span style="font-style:italic">X-Files</span>. En septembre 2002, l’Américain Bart Sibrel, auteur d’un film vidéo qui défend la conspiration des atterrissages lunaires, prit à partie l’astronaute Aldrin à Los Angeles, le traita de menteur et le défia de jurer sur la Bible qu’il avait marché sur la Lune. Aldrin, qui déclara que Sibrel le frappait avec la Bible, lui donna un coup de poing sur la figure.       <br />
              <br />
       Devant la publicité faite indirectement par les médias à la théorie conspirationniste, des sites Web d’amateurs éclairés <a class="link" href="http://www.badastronomy.com/index.html">démontrèrent que les arguments des négateurs étaient faux</a>. En novembre 2002, la NASA annonça qu’elle allait publier un fascicule afin de répondre au flot de questions émanant d’écoliers ou de leurs professeurs sur <a class="link" href="http://www.guardian.co.uk/science/2002/nov/06/spaceexploration.research">la réalité ou non des atterrissages lunaires</a>. Aujourd’hui, la rumeur du <span style="font-style:italic">Moon Hoax</span> obtient un certain succès chez les intégristes islamistes, à la fois par anti-américanisme et parce que le Coran est censé affirmer que l’homme ne peut atteindre la Lune.       <br />
              <br />
       La rumeur inspira plusieurs œuvres de fiction, qui popularisèrent le thème. Par exemple le film <span style="font-style:italic">Capricorn One</span> (Peter Hyams, USA, 1978) imagine que, faute de moyens financiers, mais pour remplir une promesse faite par le Président des États-Unis, la NASA simule l’exploration de Mars par des astronautes, depuis une base militaire en plein désert. Récemment, un documentaire français, <span style="font-style:italic">Opération Lune</span> (William Karel, France, 2002), diffusé par la très sérieuse chaîne télévisée Arte le 16 octobre 2002, montre que le Président Nixon avait secrètement commandé à Stanley Kubrick un film mettant en scène les premiers pas de l’homme sur la Lune, au cas où la mission Apollo 11 aurait échoué : or ce sont ces images qui ont été vues par deux milliards de téléspectateurs dans le monde entier. Mais ce documentaire est en réalité une œuvre de fiction, avec des interviews détournées de Henry Kissinger, de Buzz Aldrin ou de la veuve de Kubrick, et des déclarations de faux témoins comme une prétendue secrétaire de Nixon. Le générique de fin et les « clins d’œil » qui parsèment le film révèlent la mystification. Bien que la chaîne de télévision Arte ait pris des précautions pour annoncer qu’il s’agissait d’une fiction, le doute a pu saisir de nombreux téléspectateurs et certains intellectuels ont dénoncé dans la presse cette dangereuse confusion du vrai et du faux (<span style="font-style:italic">Le Monde</span>, 12 octobre 2002, pp. 4-5).
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     <br style="clear:both;"/>
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             <br />
       5. <span class="u">La rumeur du Pentagone</span>       <br />
              <br />
       Les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis ont suscité un foisonnement de rumeurs, dont la plupart circulèrent sur le Web. Plusieurs de ces rumeurs laissent entendre que les autorités américaines ou israéliennes ont une responsabilité directe dans ces actes terroristes. L’une d’elles a été explicitement exploitée dès octobre 2001 par le site français d’une association libertaire et anticléricale, le Réseau Voltaire : aucun avion ne s’est abattu sur le Pentagone ; il s’agit d’une mise en scène des autorités militaires américaines. En mars 2002, Thierry Meyssan, l’animateur du Réseau, publie un ouvrage qui se vendra en France à près de 200 000 exemplaires, <span style="font-style:italic">L’Effroyable Imposture</span> (2002a), bientôt suivi d’un second livre sur le même sujet, <span style="font-style:italic">Le Pentagate</span> (2002b). À partir de données recueillies sur le Web et d’analyse des images, Meyssan souligne ce qu’il prétend être des anomalies : on ne voit pas de débris d’avion, en particulier les ailes, et le cratère d’impact est trop petit pour avoir été fait par un avion. Il suggère alors que l’explosion – interne au bâtiment ou provoquée par un missile – est un coup monté par un clan militaro-industriel, d’extrême-droite, œuvrant au sein du gouvernement américain.       <br />
              <br />
       On peut expliquer que l’attentat du Pentagone ait été l’objet d’une théorie négatrice par le fait qu’il est sensiblement différent de ceux des Twin Towers. Il n’y a pas eu d’images dramatiques du crash de l’avion et de la chute du bâtiment, ni des milliers de morts comme à New York. À la différence des passagers de l’avion qui s’est écrasé en Pennsylvanie et dont on a célébré le sacrifice héroïque, les passagers de l’avion du Pentagone n’ont pas été l’objet d’un culte national. Enfin, il y a eu sous-information concernant l’attentat du Pentagone, du fait qu’il s’agit d’un lieu militaire et donc entouré de secret.       <br />
              <br />
       En juin 2002, deux journalistes ont publié une contre-enquête, <span style="font-style:italic">L’Effroyable Mensonge</span> (Dasquié et Guisnel). Non seulement ils démontrent que les prétendues anomalies n’en sont pas et trouvent une explication technique, mais encore ils révèlent comment Thierry Meyssan s’est trouvé pris dans une spirale négatrice, comme en témoignent ses contacts avec des conspirationnistes antisémites notoires comme l’Américain Lyndon LaRouche ou le Français Emmanuel Ratier, ses relations avec des officiers de renseignement naturellement enclins à voir des complots partout, enfin sa récupération par les islamistes anti-américains et anti-sionistes, puisque dans une conférence tenue à Abu-Dhabi en avril 2002, sous les auspices de la Ligue arabe, Meyssan évoquera « la fable des terroristes islamistes » à propos des attentats du 11 septembre.       <br />
              <br />
       6. <span class="u">Les théories négationnistes</span>       <br />
              <br />
       Bien que les théories négationnistes ne soient pas des rumeurs au sens strict, il nous paraît utile de les évoquer parce qu’elles sont typiques du fonctionnement de la pensée négatrice.       <br />
              <br />
       En premier lieu, les négationnistes utilisent tout le lexique désignant les récits légendaires et les fausses informations : par exemple <span style="font-style:italic">Le Mensonge d’Ulysse</span> (1950) par Paul Rassinier, <span style="font-style:italic">The Hoax of the Twentieth Century</span> (1976) par Arthur Butz, <span style="font-style:italic">Der Auschwitz-Mythos. Legende oder Wirklichkeit ?</span> (1979) par Wilhelm Stäglich, <span style="font-style:italic">Le Mythe de l’extermination des juifs</span> (1987) par Robert Faurisson. On trouve aussi les termes : rumeur, faux, escroquerie, bobard, bidonnage… Il n’est pas étonnant que les négationnistes aient tenté de récupérer les recherches sur la désinformation, les rumeurs et les légendes contemporaines (cf. Campion-Vincent, 2002).       <br />
              <br />
       En second lieu, seul le recours à l’idée de conspiration explique l’ampleur de ce qui est présenté par les négationnistes comme une gigantesque mystification. Les responsables du « mensonge historique » sont les sionistes et l’État d’Israël. Le négationnisme apparaît ainsi comme un avatar contemporain d’une longue série de croyances au complot juif.       <br />
              <br />
       En dernier lieu, la méthodologie négationniste est identique à celle de toutes les thèses négatrices : la recherche obsessionnelle des anomalies, des faits qui semblent heurter le bon sens, des « détails qui clochent ». La déconstruction de témoignages fragiles ou douteux est prétexte à rejeter l’ensemble des témoignages.       <br />
              <br />
       Les poursuites dont sont l’objet les négationnistes – par exemple en France la loi Gayssot du 13 juillet 1990 punit la contestation de l’existence de crimes contre l’humanité – ont pour effet de les confirmer dans leur délire paranoïde : ils sont pourchassés, pensent-ils, parce qu’ils disent la vérité. Leur théorie est devenue pour eux une foi, une religion.
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     <br style="clear:both;"/>
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             <br />
       <b>II. LES PROVOCATIONS</b>       <br />
              <br />
       Le <span style="font-style:italic">paradoxe</span> (étymologiquement <span style="font-style:italic">para</span>-, « contre », et <span style="font-style:italic">doxa</span>, « sens commun ») est une figure de rhétorique qui consiste à formuler des énoncés en apparence contraires à l’opinion commune ou aux données de l’expérience, mais qui contiennent pourtant des vérités éclairantes (Suhamy, 1981, pp. 118-119). Depuis Socrate, la formulation de paradoxes est une tactique philosophique pour réveiller les consciences, inciter à voir la réalité autrement. Et il est vrai que la philosophie, le progrès social ou les inventions scientifiques ont souvent été des négations du principe de réalité ou prétendu tel (par exemple « le plus lourd que l’air ne peut pas voler »).       <br />
              <br />
       Dans un but de démonstration, des auteurs ont rédigé des textes provocateurs qui semblent nier une vérité admise.       <br />
              <br />
       Par exemple l’ouvrage de Jean-Baptiste Pérès, <a class="link" href="http://www.phdn.org/negation/fous/napoleon.html">Comme quoi Napoléon n’a jamais existé</a> (1827), montre que l’Empereur n’est qu’un mythe solaire inventé par le peuple : Napoléon-Apollon, né au milieu de la mer à l’est et mort au milieu de la mer à l’ouest, culminant au soleil d’Austerlitz, entouré de douze maréchaux comme les douze signes du zodiaque ! Mais le texte est parodique. Dans une démonstration par l’absurde, Pérès critique les savants de son époque qui expliquent les mythes par l’astronomie : les héros mythiques et légendaires se réduisent à des représentations symboliques des astres. Le fondateur de cette école, qui se prolongera jusque dans les années 1870 avec Max Müller, est Charles Dupuis, auteur de <span style="font-style:italic">l’Origine de tous les cultes, ou la Religion universelle</span> (1795). Pérès s’amuse à traiter Napoléon comme l’un de ces saints légendaires dont la critique a montré l’inexistence historique.       <br />
              <br />
       Plus près de nous, sur un autre registre, Jean Baudrillard a publié son ouvrage <span style="font-style:italic">La guerre du Golfe n’a pas eu lieu</span> (1991). Par ce titre choc et tout au long de son texte, le sociologue et philosophe français du post-modernisme veut démontrer que ce conflit ne ressemble en rien à une guerre « classique » : pas de début (déclaration de guerre), ni de fin (armistice) ; pas d’adversaires aux forces à peu près égales (les USA fonctionnent en deçà de leurs propres forces – pas d’usage de la bombe atomique – et l’Irak au-delà de ses forces ; vainqueurs et vaincus sont connus à l’avance) ; pas de corps à corps sanguinaires ; pas de batailles décisives. Les pertes militaires sont sans commune mesure avec les guerres antérieures : 35 soldats américains tués, beaucoup plus chez les Irakiens où ce sont d’ailleurs surtout des civils qui ont péri sous les bombardements. La seule guerre visible a été celle mise en scène par la télévision, via CNN particulièrement, où les généraux, experts, présentateurs de télévision nous ont raconté une « guerre [qui] se regarde dans un miroir » (Baudrillard, 1991, p. 23). La guerre d’Irak en mars-avril 2003 a largement confirmé les analyses de Baudrillard. C’est ainsi qu’en ce qui concerne le nombre de morts dans les rangs de l’armée américaine, l’après-guerre s’est révélée beaucoup plus meurtrière (plus de 2000 morts) que la guerre elle-même (114 morts).       <br />
              <br />
       Certains lecteurs de <span style="font-style:italic">l’Effroyable Imposture</span> ont vu dans le livre de Thierry Meyssan une argumentation provocatrice du même type. L’auteur considérerait finalement comme secondaire le fait qu’un avion se soit écrasé ou non sur le Pentagone. Il se pourrait même que Meyssan ne croie pas lui-même à ses allégations sur le sujet ! En réalité, le but premier de Meyssan serait de dénoncer la puissance du clan militaro-industriel aux États-Unis et son influence sur une politique belliciste.
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     <br style="clear:both;"/>
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             <br />
       <b>III. LES TROIS CARACTÉRISTIQUES DES RUMEURS NÉGATRICES</b>       <br />
              <br />
       Les rumeurs et idées négatrices possèdent trois traits caractéristiques : une pensée hypercritique, la révélation d’une autre réalité et la dénonciation d’un complot.       <br />
              <br />
       1. <span class="u">La pensée hypercritique</span>       <br />
              <br />
       Les rumeurs négatrices sont des rumeurs qui prétendent que des faits réels sont des rumeurs. C’est pourquoi les thèses négatrices, qui en sont la forme élaborée, se réclament explicitement du modèle scientifique de la critique historique. Celle-ci a souvent abouti, en effet, à démontrer que des événements ou des personnages (par exemple Remus et Romulus, saint Christophe ou Guillaume Tell) n’ont jamais existé.       <br />
              <br />
       Mais les négateurs pratiquent la critique historique sous une forme excessive dénoncée par les historiens, même les plus positivistes. Dès 1898, Langlois et Seignobos définissaient l’hypercritique dans leur célèbre <span style="font-style:italic">Introduction aux études historiques</span> :       <br />
              <br />
       « C’est l’excès de critique qui aboutit, aussi bien que l’ignorance la plus grossière, à des méprises. C’est l’application des procédés de la critique à des cas qui n’en sont pas justiciables. L’hypercritique est à la critique ce que la finasserie est à la finesse. Certaines gens flairent des rébus partout, même là où il n’y en a pas. Ils subtilisent sur des textes clairs au point de les rendre douteux, sous prétexte de les purger d’altérations imaginaires. Ils distinguent des traces de truquage dans des documents authentiques. État d’esprit singulier ! À force de se méfier de l’instinct de crédulité, on se prend à tout soupçonner. Il est à remarquer que plus la critique des textes et des sources réalise de progrès positifs, plus le péril d’hypercritique augmente. En effet, lorsque la critique de toutes les sources historiques aura été correctement opérée […] le bon sens commandera de s’arrêter. Mais on ne s’y résignera pas : on raffinera, comme on raffine déjà sur les textes les mieux établis, et ceux qui raffineront tomberont fatalement dans l’hypercritique. » (Langlois et Seignobos, 1992, p. 115.)       <br />
              <br />
       Cette citation s’applique parfaitement aux méthodes des négateurs. Pensons par exemple à la recherche minutieuse des indices pouvant laisser croire à la survie de Louis XVII ou des truquages dans les photos des atterrissages lunaires.       <br />
              <br />
       Les historiens contemporains ont repris cette mise en garde contre la défiance systématique :       <br />
              <br />
       « Pour eux [les “vieux maîtres positivistes”], la vertu première de l’historien devait être l’esprit critique : tout document, tout témoin sera pour commencer frappé de suspicion ; la défiance méthodique est la forme que prendra, appliqué à l’histoire, le principe cartésien du doute méthodique, point de départ de toute science ; systématiquement, on se demandera en face de tout document : le témoin a-t-il pu se tromper ? A-t-il voulu nous tromper ?       <br />
       L’image qu’il convient de nous faire de l’historien sera tout autre : non, il ne doit pas avoir en face des témoins du passé cette attitude renfrognée, tatillonne et hargneuse, celle du mauvais policier pour qui toute personne appelée à comparaître est a priori suspecte et tenue pour coupable jusqu’à preuve du contraire ; une telle surexcitation de l’esprit critique, loin d’être une qualité, serait pour l’historien un vice radical, le rendant pratiquement incapable de reconnaître la signification réelle, la portée, la valeur des documents qu’il étudie ; une telle attitude est aussi dangereuse en histoire que, dans la vie quotidienne, la peur d’être dupe, cette affectation que Stendhal aime à prêter à ses personnages (“je suppose toujours que la personne qui me parle veut me tromper”). » (Marrou, 1975, pp. 92-93.)       <br />
              <br />
       On ne saurait mieux décrire l’attitude paranoïde associée à l’hypercritique.       <br />
              <br />
       Confrontés aux contre-preuves qui démontrent la réalité des faits contestés, les tenants des rumeurs négatrices doivent entrer dans une spirale de négations afin de maintenir leur croyance. On a vu par exemple que si une femme, que la rumeur prétend être un homme, a un enfant, les négateurs doivent s’atteler à démontrer que la grossesse et l’accouchement ont été truqués. Ce mécanisme est analogue à celui du « doute hyperbolique » (Boudon, 1992, p. 149) qui doit être mis en œuvre par les tenants d’une théorie alternative B face à la multiplication des indices en faveur d’une théorie A. Raymond Boudon donne l’exemple de la rotondité de la Terre :       <br />
              <br />
       « À mesure que les observations facilement explicables par cette théorie [la Terre est ronde] et difficilement explicables par sa concurrente [la Terre est plate] s’accumulent [apparition des voiles d’un navire à l’horizon avant la coque, ombre courbe de la Terre projetée sur la Lune, photos prises par satellites, observations des astronautes], il devient de plus en plus coûteux de maintenir la seconde dans la course. » (Boudon, 1992, p. 148.)
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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             <br />
       2. <span class="u">La révélation d’une autre réalité</span>       <br />
              <br />
       Toute rumeur négatrice s’accompagne d’un complément, une rumeur affirmatrice, qui substitue une nouvelle réalité à la réalité niée : tel personnage n’est pas mort, il vit ; tel autre personnage n’est pas celui qu’il prétend être, il ment sur la nature de son sexe ou il a été remplacé par un sosie ; aucun astronaute n’a marché sur la Lune, les scènes ont été tournées en studio sur Terre ; aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone, c’est une explosion interne ou un missile, etc.       <br />
              <br />
       Cependant, les preuves de cette autre réalité sont difficiles à apporter. Non parce que cette autre réalité est illusoire, mais parce que les preuves ont été ou sont encore systématiquement supprimées ou cachées. Par qui ? La réponse se trouve dans la théorie du complot.       <br />
              <br />
       3. <span class="u">La dénonciation du complot</span>       <br />
              <br />
       Si l’on nous ment, s’il y a imposture, il y a nécessairement des menteurs et des imposteurs. L’entreprise consistant à cacher sciemment au monde entier une réalité et à faire croire en une autre qui lui est substituée implique un plan concerté, l’existence d’un groupe organisé, ayant un pouvoir sur les médias. La désignation des comploteurs varie selon les époques et les pays : révolutionnaires, royalistes, francs-maçons, juifs, CIA, etc.       <br />
              <br />
       Véronique Campion-Vincent (2005a et 2005b) a bien montré que les puissances occultes malfaisantes étaient autrefois plutôt identifiées aux étrangers et aux « apatrides » alors qu’elles sont aujourd’hui placées au cœur même de l’État. Les négateurs utilisent fréquemment l’expression « vérité officielle », synonyme pour eux de mensonge, qui s’oppose à la vérité qu’ils dévoilent.       <br />
              <br />
       Si les journalistes nous disent ce qui se passe, les journalistes conspirationnistes nous disent ce qu’on nous cache. Une lettre d’information d’extrême-droite française, intitulée <span style="font-style:italic">J’ai tout compris !</span>, promet ainsi une « désintoxication mensuelle », « un passage en revue des faits, des événements, des chiffres, des réalités soigneusement cachés par le système », « une critique sévère des préjugés, des fausses informations, des bobards idéologiques », « des analyses […] qui dévoilent le dessous des cartes ». Cela confirme l’étude de Inglehart (1987) sur la plus grande réceptivité des extrémismes politiques, de gauche comme de droite, aux thèses conspirationnistes.       <br />
              <br />
       On note enfin une tendance au rapprochement des partisans des idées négatrices. Bien sûr, les défenseurs de la théorie de la Terre plate ont tout intérêt à adhérer à la rumeur niant les atterrissages lunaires ! On peut à la rigueur comprendre pourquoi les négateurs de l’attentat du Pentagone s’associent – avec prudence – aux négationnistes de la Shoah : une même position pro-arabe et anti-sioniste les rapproche. Mais c’est la même idéologie conspirationniste et la même vision manichéenne du monde (manipulateurs/manipulés) qui fait que Ralph Rene conteste à la fois les atterrissages lunaires et l’attentat du Pentagone. C’est aussi ce qui relie divers ouvrages des Éditions Carnot qui révèlent le <span style="font-style:italic">cover-up</span> concernant les OVNI (Nhart, 1999), le truquage de la NASA sur les atterrissages lunaires (Lheureux, 2000), le danger des téléphones portables (Carlo et Schram, 2001), le faux accident ayant provoqué la mort de Diana (Nhart, 2002), le pseudo-attentat du Pentagone (Meyssan, 2002a et 2002b), les influences de l’occultisme sur les gouvernements (Jumel, 2002) et les mensonges des écologistes (Croizé, 2002).       <br />
              <br />
       <b>CONCLUSION</b>       <br />
              <br />
       Nous pouvons supposer que les rumeurs et les idées négatrices seront de plus en plus fréquentes et de plus en plus visibles sur le marché de l’information (Taguieff, 2005). Il y a à cela trois raisons principales.       <br />
              <br />
       Tout d’abord, les sciences dures et les sciences humaines ont amené les intellectuels et le grand public cultivé à adhérer au <span style="font-style:italic">relativisme cognitif</span> (Boudon, 2003), c’est-à-dire à l’idée que la connaissance n’est ni objective, ni définitive. Cela conduit les gens à être plus réceptifs à toutes les théories alternatives aux connaissances communément admises. À la limite, on ne parle plus de réalité qui s’oppose à la non-réalité, mais d’une conception de la réalité qui s’oppose à une autre conception de la réalité, tout aussi valable.       <br />
              <br />
       En second lieu, les mensonges avérés des gouvernements (affaire du Watergate, qui a eu un impact profond ) ou bien la naïveté des médias répercutant des faits douteux (le « massacre » de Timisoara), ont amené le public à se méfier des déclarations officielles et des informations diffusées par la presse. De ce fait, les réseaux informels de communication (bouche à oreille, lettres confidentielles d’information, Web) acquièrent une crédibilité plus grande et font concurrence aux réseaux officiels.       <br />
              <br />
       En troisième et dernier lieu, nous sommes entrés dans un monde où la réalité et son simulacre, le vrai et le faux, sont de plus en plus confondus (Baudrillard, 1981 ; Eco, 1985). En témoignent la <span style="font-style:italic">reality TV</span>, les <span style="font-style:italic">reality shows</span>, les films mêlant images réelles et images de synthèse. En 1960, un épisode de la série <span style="font-style:italic">The Twilight Zone</span> intitulé « A World of Difference » (scénario Richard Matheson), montrait un homme d’affaires qui découvre que son bureau n’est qu’un décor de cinéma. Ce motif fantastique de la réalité factice deviendra presque vraisemblable trente-huit ans plus tard dans le film <span style="font-style:italic">The Truman Show</span> (Peter Weir, USA, 1998), où un Américain moyen mène une existence tranquille jusqu’à ce qu’il observe des failles dans sa vie quotidienne et découvre l’incroyable vérité : il est le personnage principal d’un feuilleton télévisé de <span style="font-style:italic">reality show</span> et tous les gens qui l’entourent, y compris son épouse, sont des acteurs qui jouent un rôle.       <br />
              <br />
       Le Web est emblématique de cette indifférenciation croissante. Nous avons montré ailleurs (Renard, 2002) qu’Internet tendait à rendre indiscernables les informations vérifiées et les rumeurs, la fiction et la réalité, l’homme et la machine (des programmes informatiques simulent la présence humaine), les distinctions d’âge, de statut social et de sexe (40 % des participants à des <span style="font-style:italic">chatrooms</span> et à des jeux en ligne <a class="link" href="http://www.washington.edu/newsroom/news/2000archive/05-00archive/k052200a.html">changent leur identité sexuelle</a> ), enfin la séparation entre la vie privée et la vie publique (webcam retransmettant la vie privée).       <br />
              <br />
       La série fantastique <span style="font-style:italic">X-Files</span> (1993-2002), dont certains protagonistes (par exemple « l’homme à la cigarette ») symbolisent ces personnages mystérieux qui exercent un pouvoir occulte auprès du gouvernement, montre le succès des thèmes conspirationnistes dans l’imaginaire américain et occidental. Sous un angle plus réaliste, s’inspirant d’affaires réelles ayant éclaboussé des présidents des États-Unis, on peut citer le film <span style="font-style:italic">Wag the Dog</span> (Barry Levinson, USA, 1997 ; titre français : <span style="font-style:italic">Des hommes d’influence</span>). Le scénario raconte comment, à la Maison Blanche, la réélection du Président est menacée par un scandale sexuel : pour détourner l’attention de la population et rétablir la confiance des Américains envers leur Président, un conseiller politique s’associe à un cinéaste d’Hollywood pour lancer la rumeur d’une guerre en fabriquant de fausses images.       <br />
              <br />
       Nous rejoignons les conclusions de Inglehart (1987) observant que les générations de l’après-guerre dans les sociétés occidentales sont plus portées que les précédentes à se méfier de leurs gouvernants. La société postmoderne, parce qu’elle n’offre plus un système stable de catégorisation du réel, ne peut que favoriser les idées négatrices et conspirationnistes.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>OUVRAGES CITÉS EN RÉFÉRENCE</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
             <br />
       Baudrillard, Jean. 1981. <span style="font-style:italic">Simulacres et simulation</span>. Paris, Galilée.       <br />
       Baudrillard, Jean. 1991. <span style="font-style:italic">La guerre du Golfe n’a pas eu lieu</span>. Paris, Galilée.       <br />
       Bercé, Yves-Marie. 1990. <span style="font-style:italic">Le Roi caché</span>. Paris, Fayard.       <br />
       Bonaparte, Marie. 1946. <span style="font-style:italic">Mythes de guerre</span>. Londres, Imago.       <br />
       Boudon, Raymond. 1992. <span style="font-style:italic">L’Art de se persuader des idées douteuses, fragiles ou fausses</span>. Paris, Éditions du Seuil (1ère éd., Paris, Fayard, 1990).       <br />
       Boudon, Raymond. 2003. « Les sciences sociales et les deux relativismes », <span style="font-style:italic">Revue européenne des sciences sociales. Cahiers Vilfredo Pareto</span>, tome XLI, n° 126, pp. 17-33.       <br />
       Boureau, Alain. 1988. <span style="font-style:italic">La Papesse Jeanne</span>. Paris, Aubier.       <br />
       Campion-Vincent, Véronique. 2002. « Une tentative de transformation des études sur les légendes contemporaines en propagande révisionniste », <span style="font-style:italic">Le Monde Alpin et Rhodanien</span>, n° 1-3, pp. 267-270.       <br />
       Campion-Vincent, Véronique. 2005a. « From Evil Others to Evil Elites : A Dominant Pattern in Conspiracy Theories Today ». Chap. 6 in Gary Alan Fine, Véronique Campion-Vincent, and Chip Heath (eds), <span style="font-style:italic">Rumor Mills : The Social Impact of Rumor and Legend</span>, Piscataway NJ, Aldine Transaction, pp. 103-122.       <br />
       Campion-Vincent, Véronique. 2005b. <span style="font-style:italic">La Société parano. Théories du complot, menaces et incertitudes</span>. Paris, Payot.       <br />
       Capgras, Joseph, et Jean Reboul-Lachaux. 1923. « L’illusion des “sosies” dans un délire systématisé chronique », <span style="font-style:italic">Bulletin de la société clinique de médecine mentale</span>, n° 11, pp. 6-16.       <br />
       Carbone, Maria Teresa. 1990. <span style="font-style:italic">99 leggende urbane</span>. Milano, Arnoldo Mondadori.       <br />
       Carlo, George, et Martin Schram. 2001. <span style="font-style:italic">Téléphones portables. Oui, ils sont dangereux</span>. Chatou (Yvelines), Éditions Carnot, 2001.       <br />
       Christodoulo, George N. 1977. « The Syndrome of Capgras », <span style="font-style:italic">The British Journal of Psychiatry</span>, n° 130, pp. 556-564.       <br />
       Croizé, Jean-Paul. 2002. <span style="font-style:italic">Ecologistes, petites esbroufes et gros mensonges</span>. Chatou (Yvelines), Éditions Carnot.       <br />
       Dasquié, Guillaume, et Jean Guisnel. 2002. <span style="font-style:italic">L’Effroyable Mensonge. Thèse et foutaises sur les attentats du 11 septembre</span>. Paris, La Découverte.       <br />
       Daubert, Michel. 1994. « Zapata mort ou vif », <span style="font-style:italic">Télérama</span>, n° 2310, 23 avril, p. 102.       <br />
       Dauzat, Albert. 1919. <span style="font-style:italic">Légendes, prophéties et superstitions de la guerre</span>. Paris, La Renaissance du Livre.       <br />
       Dupuis, Charles. 1794. <span style="font-style:italic">Origine de tous les cultes, ou la Religion universelle</span>. Paris, E. Babeuf, 1822.       <br />
       Eco, Umberto. 1985. <span style="font-style:italic">La Guerre du faux</span>. Paris, Grasset.       <br />
       Festinger, Leon. 1957. <span style="font-style:italic">A Theory of Cognitive Dissonance</span>. Stanford, CA, Stanford University Press.       <br />
       Freud, Sigmund. 1924. « Der Realitätsverlust bei Neurose und Psychose ». <span style="font-style:italic">Gesammelte Werke</span>, vol. XIII, pp. 364-365. London, Imago, 1940-1952.       <br />
       Freud, Sigmund. 1925. « Die Verneinung ». <span style="font-style:italic">Gesammelte Werke</span>, vol. XIV, p. 15. London, Imago, 1940-1952.       <br />
       Gray, Michael. 1998. <span style="font-style:italic">Blood Relative : The Astonishing Story of the Survival of the Tsarevich</span>. London, Gollancz.       <br />
       Inglehart, Ronald. 1987. « Extremist Political Positions and Perceptions of Conspiracy ». In Carl F. Graumann and Serge Moscovici (Eds.), <span style="font-style:italic">Changing Conceptions of Conspiracy</span>, pp. 231-244. New York, Springer-Verlag.       <br />
       Jumel, Sylvie. 2002. <span style="font-style:italic">La Sorcellerie au cœur de la République</span>. Chatou (Yvelines), Éditions Carnot.       <br />
       Langlois, Charles-Victor, et Charles Seignobos. 1992. <span style="font-style:italic">Introduction aux études historiques</span>. Paris, Kimé (1ère éd., Paris, Hachette, 1898).       <br />
       Lheureux, Philippe. 2000. <span style="font-style:italic">Lumières sur la Lune. La Nasa a-t-elle menti ?</span> Chatou (Yvelines), Éditions Carnot.       <br />
       Marrou, Henri-Irénée. 1975. <span style="font-style:italic">De la connaissance historique</span>. Paris, Éditions du Seuil (1ère éd. 1954).       <br />
       Ménager, Bernard. 1988. <span style="font-style:italic">Les Napoléon du peuple</span>. Paris, Aubier.       <br />
       Meyssan, Thierry. 2002a. <span style="font-style:italic">L’Effroyable Imposture. 11 septembre 2001</span>. Chatou (Yvelines), Éditions Carnot.       <br />
       Meyssan, Thierry. 2002b. <span style="font-style:italic">Le Pentagate</span>. Chatou (Yvelines), Éditions Carnot.       <br />
       Michaux, Ginette, et Pierre Piret (dir.). 2000. <span style="font-style:italic">Logiques et écritures de la négation</span>. Paris, Kimé.       <br />
       Morgan, Hal, Kerry Tucker et Marc Voline. 1988. <span style="font-style:italic">Vraies ou fausses ?  Les rumeurs</span>. Paris, First.       <br />
       Nhart, Hugo. 1999. <span style="font-style:italic">OVNI. Enquête sur des faits</span>. Chatou (Yvelines), Éditions Carnot.       <br />
       Nhart, Hugo. 2002. <span style="font-style:italic">Diana &amp; Dodi. Le guet-apens</span>. Chatou (Yvelines), Éditions Carnot.       <br />
       Pérès, Jean-Baptiste. 1827. <span style="font-style:italic">Comme quoi Napoléon n’a jamais existé</span>. Agen (rééd., Paris, L’Édition bibliographique, 1909).       <br />
       Petrov, Vadim, Igor Lysenko et Georgy Egorov. 1998. <span style="font-style:italic">The Escape of Alexei, Son of Nicholas II</span>. New York, Harry N. Abrams.       <br />
       Ploux, François. 2003. <span style="font-style:italic">De bouche à oreille. Naissance et propagation des rumeurs dans la France du XIXe siècle</span>. Paris, Aubier.       <br />
       Renard, Jean-Bruno. 2002. « La communication par Internet : une nouvelle culture ? ». In Carlo Mongardini (dir.), <span style="font-style:italic">La Civiltà della comunicazione globale</span>, pp. 127-136. Roma, Bulzoni Editore.       <br />
       Rey-Flaud, Henri. 2002. <span style="font-style:italic">Le Démenti pervers. Le refoulé et l’oublié</span>. Paris, Aubier.       <br />
       Rouquette, Michel-Louis. 1975. <span style="font-style:italic">Les Rumeurs</span>. Paris, Presses Universitaires de France.       <br />
       Rouquette, Michel-Louis. 1990. « Le syndrome de rumeur », <span style="font-style:italic">Communications</span>, n° 52, pp. 119-123.       <br />
       Stevens, Gary. 1989. « Rasputin is alive and well and living in Kodiak », <span style="font-style:italic">Alaska History</span>, n° 4(2), pp. 32-37.       <br />
       Stromberg, Peter. 1990. « Elvis Alive ? The Ideology of American Consumerism », <span style="font-style:italic">Journal of Popular Culture</span>, n° 24/3, pp. 11-19.       <br />
       Suhamy, Henri. 1981. <span style="font-style:italic">Les Figures de style</span>. Paris, Presses Universitaires de France, Que sais-je ?, n° 1889.       <br />
       Taguieff, Pierre-André. 2005. <span style="font-style:italic">La Foire aux illuminés. Ésotérisme, théorie du complot, extrémisme</span>. Paris, Mille et une nuits/Fayard.       <br />
       Thompson, Stith. 1989. <span style="font-style:italic">Motif-Index of Folk-Literature</span>. 6 vols. Bloomington, IN, Indiana University Press, 1955-1958.       <br />
       Versins, Pierre. 1972. <span style="font-style:italic">Encyclopédie de l’utopie et de la science fiction</span>. Lausanne, L’Âge d’Homme.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position: relative;">Conspiracy Watch - Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot</div>
   ]]>
   </description>
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   <link>http://www.conspiracywatch.info/Les-rumeurs-negatrices_a436.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Les corrélats de l’adhésion à la théorie du complot</title>
   <pubDate>Sat, 10 Oct 2009 12:12:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Pascal Wagner-Egger/Rudy Reichstadt</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Ressources]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien avec Pascal Wagner-Egger     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="http://www.conspiracywatch.info/photo/art/default/1633343-2197525.jpg" alt="Les corrélats de l’adhésion à la théorie du complot" title="Les corrélats de l’adhésion à la théorie du complot" />
     </div>
     <div>
      <b>Conspiracy Watch :</b> Chercheur en psychologie sociale, vous avez publié en 2007, avec Adrian Bangerter, une étude visant à mettre en évidence les facteurs d'adhésion aux théories du complot. En quoi votre démarche a-t-elle consisté ?       <br />
              <br />
       <b>Pascal Wagner :</b> Nous avons fait passer un questionnaire d'opinions auprès d'une population d'étudiant-e-s de première année à l'Université, afin de mesurer leur adhésion à plusieurs théories du complot, ainsi que divers facteurs psychosociaux (anxiété, méfiance envers le système, etc.) potentiellement liés à une telle adhésion.       <br />
              <br />
       <b>C. W. :</b> Pourquoi vous-êtes vous intéressé au thème des théories du complot ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.conspiracywatch.info/photo/art/default/1633343-2197526.jpg" alt="Les corrélats de l’adhésion à la théorie du complot" title="Les corrélats de l’adhésion à la théorie du complot" />
     </div>
     <div>
             <br />
       <b>P. W. :</b> Intéressé par les croyances en général, j'avais mené une recherche précédente sur le thème des croyances à propos des effets de la pleine lune, notamment sur l'être humain. Dans un magazine <span style="font-style:italic">Géo</span> consacré à l'astre lunaire, j'étais tombé sur la théorie du complot liée à la mission Apollo que je ne connaissais pas du tout. J'ai ainsi approché mon collègue <b>Adrian Bangerter</b> qui est un spécialiste des rumeurs afin d'explorer le thème des théories du complot, qui sont en somme une catégorie particulière de rumeurs.       <br />
              <br />
       <b>C. W. :</b> Que nous dit la psychologie sociale sur le phénomène conspirationniste ?       <br />
              <br />
       <b>P. W. :</b> En fait assez peu de choses... Il n'existe que quelques études aux Etats-Unis et un livre de Carl Friedrich Graumann et Serge Moscovici sur ce thème (<span style="font-style:italic">Changing conceptions of conspiracy</span>, Springer-Verlag, 1987 - NDLR), qui développe plus particulièrement l'idée que les théories du complot constituent souvent un dispositif permettant de justifier la discrimination envers certaines minorités. Il s’agirait d’un phénomène de bouc émissaire, consistant en l’attribution d’intentions malfaisantes à la minorité en question (par exemple, en Europe, les juifs, les sorcières, les jésuites, les francs-maçons et les communistes, qui ont de tous temps été vus comme les instigateurs de complots contre les chrétiens). Dans la littérature sociologique par contre, il existe un grand nombre de travaux, notamment anglo-saxons, qui suggèrent qu'au cours de la seconde moitié du XXème siècle sont apparues des théories du complot nouvelles, accusant non plus des minorités, mais les gouvernements officiels, souvent par le biais de leurs services secrets. L'exemple le plus célèbre de ce type de théories du complot est sans conteste les spéculations entourant la mort de John F. Kennedy, ou celle de la princesse Diana. En même temps, ces deux types de théories du complot ont en commun de viser une certaine élite. D'autre part, la littérature sociologique nous a fourni toute une liste d'explications possibles du succès actuel des théories du complot, que nous avons cherché à tester empiriquement auprès de notre population.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
             <br />
       <b>C. W. :</b> Pouvez-vous préciser quelles étaient vos hypothèses de recherches et indiquer les conclusions que vous avez tiré de cette étude ?       <br />
              <br />
       <b>P. W. :</b> La première question de recherche était de mesurer l'adhésion de notre population d'étudiant-e-s européen-ne-s à différentes théories du complot, notamment en comparaison avec une étude faite aux Etats-Unis en 1994 sur un échantillon représentatif du New Jersey. Cela parce qu'on lit souvent que les Etats-Unis sont le pays de prédilection des théories du complot, pour des raisons historiques ainsi qu'en raison de son interventionnisme international par le biais de ses services secrets (la célèbre CIA). Les plus grands succès culturels mettant en scène des théories du complot sont également d'origine étatsunienne (X-Files, JFK, Da Vinci Code, etc.). Néanmoins, en raison de la forte influence culturelle des Etats-Unis, notre hypothèse était que le taux d'adhésion serait élevé en Europe également.       <br />
              <br />
       D'après nos résultats, en moyenne 35% des répondant-e-s de notre échantillon disent plutôt adhérer (réponses 5, 6, 7 sur une échelle en 7 points allant de 1=pas du tout d'accord à 7=tout à fait d'accord) à 8 théories du complot brièvement décrites (JFK, Lady Di, Apollo, complot juif mondial, complot économique de l'industrie pharmaceutique à propos du médicament contre la grippe, Al Qaïda, etc.), mais ce pourcentage est très variable selon la théorie du complot considérée, allant de 17% concernant l'origine du SIDA ou 19% pour le complot juif à 58% pour JFK ou 59% pour le complot économique. Mais si l'on ne prend que la réponse maximale (7 sur une échelle en 7 points), peu de gens se disent absolument convaincus de la réalité de ces théories (10%, contre 20% qui sont convaincus de leur fausseté, réponse 1 sur l'échelle en 7 points). Ainsi, une certaine incertitude domine, comme d'ailleurs pour d'autres types de croyances non officielles comme celles relatives à la pleine lune. Nos résultats sont étonnamment comparables à ceux observés dans l'étude de 1994 aux Etats-Unis, où 69% de l'échantillon disait croire que Kennedy n'a pas été tué par un tireur isolé, et 15% acceptaient l'idée que le virus du SIDA ait été créé dans un laboratoire du gouvernement, bien que les questions et l'échantillon n'étaient pas exactement les mêmes.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
             <br />
       La seconde question de recherche était de savoir si les croyances aux différentes théories du complot forment une dimension unique, ou s'il existe dans l'opinion des étudiant-e-s deux catégories de théories du complots comme proposé par certains auteurs, celles qui visent des minorités discriminées versus celles qui accusent le gouvernement ou les services secrets.       <br />
              <br />
       Nos résultats penchent en faveur de l'existence de ces deux dimensions, qui sont néanmoins corrélées. Nous sommes donc en présence d'une « mentalité du complot » (Moscovici), puisque les mêmes personnes ont tendance à croire - ou ne pas croire - à l'ensemble des théories du complot, mais on peut distinguer néanmoins les sous-groupe des théories du complot visant les minorités (juifs, Al Qaïda) de celles ayant pour cible les autorités (Diana, Apollo, etc.).       <br />
              <br />
       La troisième question de recherche se penchait sur les variables psychosociales liées aux croyances aux théories du complot. Dans la littérature sociologique, nous avons trouvé toute une série d'explications possibles du succès populaire de ces théories du complot, qu'il nous a été possible de tester avec la méthode utilisée. Ainsi, nous avons ajouté à notre questionnaire des échelles de paranoïa, d'anxiété personnelle et collective (sentiment que le monde est dangereux, peur de la globalisation, du terrorisme, des nouvelles technologies, etc.), d'anomie (sentiment de ne pas pouvoir contrôler ce qui se passe dans le monde, méfiance envers les institutions), de croyances paranormales ou irrationnelle (magie, voyance, etc.), de simplification de la complexité (inconfort avec l'ambiguïté, fermeture d'esprit, etc.), et enfin de discrimination envers les étrangers.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="http://www.conspiracywatch.info/photo/art/default/1633343-2197546.jpg" alt="Les corrélats de l’adhésion à la théorie du complot" title="Les corrélats de l’adhésion à la théorie du complot" />
     </div>
     <div>
             <br />
       Nous avons trouvé que les deux types de théories du complot sont avant tout prédites par l'anxiété et la méfiance envers les institutions. Néanmoins, nous avons trouvé que les théories du complot plus modernes impliquant les services secrets étaient également prédites par les croyances paranormales, ce qui suggère en quelque sorte leur lien avec la culture <span style="font-style:italic">New Age</span> (comme Taguieff le montre au niveau des producteurs de théories du complot). Par opposition, les théories du complot plus classiques stigmatisant une minorité comme le peuple juif étaient prédite par des variables rappelant ce que les psychologues sociaux appellent « personnalité autoritaire » (Adorno) ou « autoritarisme de droite » (Altemeyer) : inconfort avec l'ambiguïté, discrimination envers les étrangers, paranoïa et position politique de droite.       <br />
              <br />
       Ainsi, nous pouvons comprendre que le succès actuel des théories du complot dans le grand public est lié à plusieurs caractéristiques marquantes des sociétés occidentales actuelles : le sentiment d'insécurité (l'« Âge de l'anxiété » comme appellent notre époque certains sociologues), un conservatisme politique qui y est lié, ainsi qu'un zeste d'influence culturelle <span style="font-style:italic">New Age</span>. Sans parler d'internet et de la culture de masse étatsunienne, nous avons donc avec les théories du complot sans doute les croyances prototypiques de notre société...       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Pascal Wagner-Egger</b> est lecteur au Département de psychologie de l’Université de Fribourg. Il est l’auteur, avec <b>Adrian Bangerter</b> (Institut de psychologie du travail et des organisations de l’Université de Neuchâtel), de « La vérité est ailleurs : corrélats de l’adhésion aux théories du complot », <span style="font-style:italic">Revue Internationale de Psychologie Sociale</span>, 2007, n° 4, pp. 31-61. L'entretien a été réalisé par courriers électroniques dans la semaine du 06/07/2009.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Mise à jour (12/10/2009) :</span>       <br />
       A la suite de la mise en ligne de l’entretien ci-dessus, un internaute a laissé le commentaire suivant :       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">« Le chercheur</span> [Pascal Wagner-Egger] <span style="font-style:italic">inclut &quot;Al Qaïda&quot; dans sa liste dite des &quot;théories du complot&quot; parmi le &quot;complot juif mondial&quot; ou le &quot;complot de la grippe A&quot;. Considère-t-il que l'on a des tendances complotistes si l'on admet, comme la quasi-totalité des gouvernements et services de renseignement ainsi que des magistrats chargés des affaires terroristes, qu'une organisation nommée &quot;Al Qaïda&quot; (ou le label si l'on préfère) promeut, encourage et forme des individus à commettre des attentats contre les &quot;judéo-croisés&quot; ? Quel est le sens de cette inclusion ?</span> [M. Wagner-Egger] <span style="font-style:italic">partagerait-il lui-même la théorie du complot (bien plus tordue, celle-là), selon laquelle &quot;Al Qaïda&quot; n'est qu'une invention de l'impérialisme occidental pour dominer le monde, asservir les populations, contrôler les masses, et autres fadaises ? »</span>       <br />
              <br />
       Pascal Wagner-Egger a fait la réponse que voici :       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">« Merci de votre remarque qui me permet de préciser qu'il s'agissait effectivement de la théorie qui veut qu'Al Qaïda soit derrière un grand nombre d'attentats et vise en dernier lieu à renverser les démocraties occidentales, ce qui a un certain fonds de vérité mais dénote une certaine exagération d'après ce qu'il paraît actuellement. N'oublions pas que toutes les théories du complot ne sont pas fausses (par exemple le Watergate), ce que ne manquent pas de souligner les adhérents à certaines théories du complot moins vraisemblables, selon un argument fallacieux (certaines théories du complot sont vraies donc la mienne l'est aussi). »</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position: relative;">Conspiracy Watch - Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot</div>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>http://www.conspiracywatch.info/photo/art/imagette/1633343-2197525.jpg</photo:imgsrc>
   <link>http://www.conspiracywatch.info/Les-correlats-de-l-adhesion-a-la-theorie-du-complot_a427.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Pierre Lagrange, les soucoupes volantes et la théorie du complot</title>
   <pubDate>Sat, 18 Jul 2009 17:23:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Rudy Reichstadt</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Veille]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="http://www.conspiracywatch.info/photo/art/default/1483970-1974339.jpg" alt="Pierre Lagrange, les soucoupes volantes et la théorie du complot" title="Pierre Lagrange, les soucoupes volantes et la théorie du complot" />
     </div>
     <div>
      La thèse d'un gigantesque complot d'Etat visant à dissimuler la « vérité » sur les extraterrestres est plus répandue qu’on ne le pense. C’est pourquoi il faut saluer le <span style="font-style:italic">Monde diplomatique</span> d’avoir ouvert ses colonnes ce mois-ci à un article de Pierre Lagrange intitulé « <a class="link" href="http://www.monde-diplomatique.fr/2009/07/LAGRANGE/17444">Ovnis et théorie du complot</a> » (pp. 12-13).       <br />
              <br />
       Quelques remarques préliminaires sont toutefois nécessaires avant de continuer plus avant. La question des ovnis est en effet un véritable terrain miné où s’affrontent « sceptiques » (qui n’y croient pas) et « ufologues » (qui y croient). Ce grand partage se double d’une controverse épistémologique entre, d’une part, les tenants d’une approche rationaliste, qui contestent le caractère scientifique de l’hypothèse extraterrestre défendue par un grand nombre d’ufologues et, d’autre part, les relativistes qui, rejetant la distinction classique entre sciences et <span style="font-style:italic">« parasciences »</span> (ou pseudosciences), considèrent que certains domaines de la connaissance se prêtent mal, par leur nature même, aux processus classiques d’administration de la preuve.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.conspiracywatch.info/photo/art/default/1483970-1981768.jpg" alt="Pierre Lagrange, les soucoupes volantes et la théorie du complot" title="Pierre Lagrange, les soucoupes volantes et la théorie du complot" />
     </div>
     <div>
             <br />
       Sociologue spécialisé dans l’étude du paranormal et collaborant notamment à la presse ufologique, Pierre Lagrange instruit le procès du rationalisme, inapproprié selon lui pour rendre compte de certains phénomènes comme celui des ovnis. Laissant en suspens la question de l’existence des extraterrestres, il plaide pour une approche <span style="font-style:italic">« irréductionniste »</span> des ovnis qui ferait place à <span style="font-style:italic">« de nouvelles catégories de faits définis selon d’autres critères que ceux du laboratoire »</span>.       <br />
              <br />
       La première partie du texte de Pierre Lagrange retrace la généalogie des thèses conspirationnistes qui se sont développées autour des ovnis.       <br />
              <br />
       C’est à partir de 1947, date à laquelle apparaissent les premiers témoignages relatant l’observation d’« objets volants non-identifiés », que commence à germer, aux Etats-Unis, l’idée selon laquelle la vérité sur les soucoupes volantes serait dissimulée au grand public. La thèse se popularise en 1950, année de la publication du best-seller de Franck Scully, <span style="font-style:italic">Behind the Flying Saucers</span>. Des citoyens ne tardent pas à s’organiser et, en 1956, est créé le National Investigations Committe on Aerial Phenomena (Nicap), une association soupçonnant l’US Air Force d’être en possession d’indices prouvant l’existence d’une vie extraterrestre. Le Nicap attirera en son sein plusieurs personnalités médiatiques et politiques et jusqu’au premier directeur de la CIA, Roscoe Hillenkoetter.        <br />
               <br />
       Dans les années qui suivent, les mythes les plus farfelus apparaissent – dont celui des fameux hommes en noir, les <span style="font-style:italic">Men in Black</span>. La controverse sur les ovnis prend une telle ampleur que le Pentagone met en place une commission scientifique placée sous la direction du physicien Edward Condon. Ses conclusions tombent en 1968. Elles font l’effet d’un couperet : les ovnis ne présentent aucun intérêt scientifique.       <br />
              <br />
       En 1987, l’apparition de documents expédiés sous pli anonyme et présentés comme « ultra-secrets » lancent l’affaire de Roswell : quarante ans plus tôt, le président Harry Truman aurait décidé la création d’une officine gouvernementale, le MJ-12, chargée de gérer l’incident et de le dissimuler au public. La publication de ces documents aura un tel retentissement que les histoires d’enlèvements par des extraterrestres se multiplient alors comme jamais auparavant.       <br />
               <br />
       Puis, <span style="font-style:italic">« en 1990, des individus étrangers à la scène ufologique commencent à diffuser des révélations sur le réseau Internet naissant. Liés à l’extrême droite américaine, parfois anciens militaires, ils prétendent détenir des informations sur l’existence d’un Watergate cosmique. De telles thèses favorisent la publication d’une littérature de plus en plus délirante sur le &quot;grand complot&quot; »</span>. De là se développe un récit complotiste auquel le succès de la série X-Files <span style="font-style:italic">« conférera le statut de mythologie populaire »</span>.       <br />
              <br />
       Les derniers paragraphes de l’article confirment que Pierre Lagrange ne s’intéresse pas seulement au conspirationnisme « ufologique » mais aussi – sinon surtout – aux effets de disqualification d’un discours « rationaliste » sur l’hypothèse selon laquelle des vaisseaux extraterrestres seraient bel et bien venus visiter la Terre. <span style="font-style:italic">« La question n’est pas &quot;pourquoi les gens croient-ils aux soucoupes volantes ?&quot;</span> écrit-il dans un <a class="link" href="http://www.monde-diplomatique.fr/2009/07/LAGRANGE/17428">texte</a> publié sur la version web du <span style="font-style:italic">Monde diplomatique</span>, <span style="font-style:italic">mais &quot;pourquoi veut-on réduire ce sujet à être une simple croyance ?&quot; Pourquoi, alors même que le débat générait du doute, a-t-on voulu réduire cette histoire à une &quot;croyance populaire&quot; ? »</span> Lagrange estime en effet que les ufologues comptent <span style="font-style:italic">« quelques esprits rigoureux »</span> et qu’il ne saurait être question de tous les caricaturer en <span style="font-style:italic">« amateurs de théories du complot »</span>.       <br />
              <br />
       Est-ce à dire que le phénomène des ovnis est étranger à tout facteur psychologique ? Les premières observations d’ovnis, par exemple, sont communément replacées dans leur contexte politique, celui de la Guerre froide, marqué par un climat de paranoïa dont témoigne bien l’épisode maccarthyste. Or, pour Lagrange, <span style="font-style:italic">« cette explication sociohistorique des événements relève de la plus haute fantaisie »</span> (sic). Revenant sur l’affaire Kenneth Arnold (un pilote ayant observé des engins inconnus dans le ciel en 1947), le sociologue relève qu’aucun journaliste ni personne d’autre n’a, à l’époque, <span style="font-style:italic">« pensé à la tension entre les deux grandes puissances »</span> pour expliquer les observations du pilote. Mais le fait que ces phénomènes n’aient pas été immédiatement interprétés comme étant des aéronefs soviétiques invalide-t-il pour autant l’hypothèse selon laquelle la menace de la guerre aurait produit des effets psychologiques inconscients tendant à alimenter la peur d’une invasion étrangère – « extraterrestre » en l’occurrence ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.conspiracywatch.info/photo/art/default/1483970-1981792.jpg" alt="Pierre Lagrange, les soucoupes volantes et la théorie du complot" title="Pierre Lagrange, les soucoupes volantes et la théorie du complot" />
     </div>
     <div>
             <br />
       Pierre Lagrange échoue à convaincre lorsqu’il explique que <span style="font-style:italic">« la culture scientifique (…) repose, elle aussi, sur une théorie du complot &quot;originaire&quot; »</span>. Si l’affrontement titanesque entre la Raison d’un côté et l’Obscurantisme de l’autre, que cristallise le procès de Galilée, peut avoir valeur de « mythe fondateur » pour la science moderne, il n’en demeure pas moins que les bûchers de l’Inquisition étaient bien réels. C’est en s'émancipant de la tutelle de l’Eglise et de l’emprise de la croyance religieuse sur la société que la culture scientifique a pu s'imposer et se diffuser. Cela est patent, encore aujourd’hui aux Etats-Unis, avec l’opposition farouche existant entre les partisans de la théorie de l’évolution et les créationnistes, issus pour la plupart de la droite chrétienne fondamentaliste. Faut-il vraiment ranger ceux qui s’inquiètent de la possibilité d’une telle régression parmi les partisans d’une « théorie du complot » contre la science ?       <br />
              <br />
       Selon Lagrange, les conspirationnistes seraient les premiers à manifester leur <span style="font-style:italic">« adhésion à une vision rationaliste, &quot;héroïque&quot;, de la science »</span>, point de vue qu’il avait déjà développé l’année dernière, dans un <a class="link" href="http://www.liberation.fr/societe/010133324-complot-du-11-septembre-on-aime-tous-se-rassurer-avec-un-adversaire-visible">entretien</a> au journal <span style="font-style:italic">Libération</span>, ou encore au micro de Natacha Quester-Séméon pour le site <a class="link" href="http://www.memoirevive.tv/index.php?p=1196">Mémoire Vive</a>, à l'occasion du cinquième anniversaire des attentats du 11-Septembre. Mais ne peut-on pas de nouveau objecter que, dans la mesure où il s’autorise les raisonnements les plus scabreux, le « rationalisme » revendiqué par les conspirationnistes a tout de caricatural ?       <br />
              <br />
       Enfin, reste la question du positionnement épistémologique de Lagrange qui semble considérer que, les parasciences échappant aux processus habituels d’administration de la preuve, il convient d’imaginer de nouvelles procédures de validation du savoir. Or, la volonté de se soustraire à de tels processus d’administration de la preuve rejoint l’un des leitmotivs du discours conspirationniste, selon lequel la meilleure « preuve » d’un complot résiderait, précisément, dans l'impossibilité d'en apporter une preuve indiscutable et définitive.       <br />
              <br />
       N.B. : Pour un aperçu du « conspirationnisme ufologique », on se reportera à la <a class="link" href="http://bourdais.blogspot.com/2009/07/le-monde-diplomatique-sinteresse-aux.html">critique</a> de l’article de Pierre Lagrange par l’ufologue français Gilles Bourdais, lequel dénonce sur son blog une <span style="font-style:italic">« politique du secret »</span> (sic) au sujet des extraterrestres. Aux antipodes de ce point de vue, on trouvera une approche « rationaliste » dans un <a class="link" href="http://scepticismescientifique.blogspot.com/2008/07/pierre-lagrange-et-les-experts.html">billet</a> consacré à Pierre Lagrange sur le site du blogueur « sceptique » Jean-Michel Abrassart.       <br />
              <br />
              <br />
       <span class="u">Voir aussi</span> :       <br />
       * Pierre Lagrange, « <a class="link" href="http://www.ufologie.net/htm/lagrange01f.htm">Ovni soit qui mal y pense</a> », <span style="font-style:italic">Libération</span>, 21 juillet 1999.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position: relative;">Conspiracy Watch - Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot</div>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>http://www.conspiracywatch.info/photo/art/imagette/1483970-1974339.jpg</photo:imgsrc>
   <link>http://www.conspiracywatch.info/Pierre-Lagrange-les-soucoupes-volantes-et-la-theorie-du-complot_a368.html</link>
  </item>

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   <title>Le conspirationnisme, ou la revanche du Diable</title>
   <pubDate>Tue, 18 Mar 2008 21:39:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Robert Redeker</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Réflexion]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Par Robert Redeker     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="http://www.conspiracywatch.info/photo/art/default/879756-1082100.jpg" alt="Le conspirationnisme, ou la revanche du Diable" title="Le conspirationnisme, ou la revanche du Diable" />
     </div>
     <div>
      Existe-t-il un fil conducteur permettant d’analyser d’une façon systématique des productions de la culture de masse en apparence aussi disparates que <span style="font-style:italic">Da Vinci Code</span>, <span style="font-style:italic">Le Seigneur des anneaux</span>, <span style="font-style:italic">Le Matin des magiciens</span>, que les magazines et ouvrages d’alter-histoire ou d’alter-archéologie, que les publications autour du pseudo-mystère de Rennes-le-Château, ou bien celles traitant de spiritisme, de réincarnation, d’ufologie. Sans oublier : des jeux vidéos comme Tomb Raider, des bandes dessinées, des films de cinéma, des séries TV comme X-Files? Le livre de Pierre-André Taguieff titré <span style="font-style:italic">La Foire aux illuminés</span>, passant au crible de l’enquête rationnelle cette culture de masse généralement inconnue des intellectuel, sans manquer de demeurer omniprésente dans le quotidien de millions de nos congénères, en fait apparaître les continuités thématiques, les identités de structure et les enjeux politiques.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Les Protocoles des sages de Sion</span> – faux notoire – ne constituent ni accident ni une aberration dans l’histoire. Ils sont tout à la fois un résultat (aboutissement d’une histoire), un paradigme et une matrice. Un résultat d’abord : ils s’inscrivent dans un genre littéraire qui a pris une grande extension en réaction à la Révolution française, pour délégitimer celle-ci, l’écrit conspirationniste. Il s’agit d’un type d’écrit dénonçant une conspiration, inmanquablement imaginaire, s’accompagnant de la présentation de pseudo preuves. Ainsi, des contre-révolutionnaires transformèrent une modeste société secrète maçonnique, groupuscule d’exaltés dirigés par un certain Adam Weishaupt dans les années 1770-1780, Les Illuminés de Bavière en une puissance planétaire et transhitorique tirant à elle seule les ficelles du devenir du monde. La tourmente révolutionnaire elle-même aurait été fomentée par ces Illuminés! Voilà le marionnettiste caché derrière le spectacle du monde identifié ! Très rapidement, au cours du XIXème siècle, le mythe de la conspiration des Illuminés se chargea d’antimaçonnisme et d’antisémitisme. Le complot des Illuminés devint un complot judéo-maçonnique. Les <span style="font-style:italic">Protocoles</span> campent à l’aboutissement de cette évolution. Un paradigme: tous les textes conspirationnistes leur reprennent, plus ou moins volontairement et plus ou moins complètement, des éléments et des aspects structurels des <span style="font-style:italic">Protocoles</span>. Ainsi, dans le film Lara Croft-Tomb Raider la bande des méchants, visant à obtenir par complot la maîtrise du monde, s’appellent &quot; les Illuminati &quot;. Ces mêmes Illuminés peuplent l’univers de Dan Brown, parallèlement au chimérique Prieuré de Sion dont l’auteur de <span style="font-style:italic">Da Vinci Code</span> veut pourtant convaincre de la réalité. Faire croire au complot du Prieuré de Sion, au pacte liant ses membres pour la maîtrise de la planète, revient à reprendre la trame des <span style="font-style:italic">Protocoles</span>. Une matrice enfin: d’une part, la plupart des œuvres conspirationniste se coulent dans le moule des <span style="font-style:italic">Protocoles</span>, quand d’autre part il arrive parfois qu’elles en soient purement et simplement issues. Les rumeurs attribuant aux Juifs l’attentat des Twin Towers de New-York ou bien la dénonciation rituelle d’une mainmise américano-sioniste sur les affaires de la planète sortent tout droit, après un léger lifting, des <span style="font-style:italic">Protocoles</span>. Un point commun se dégage de toute cette production culturelle : l'obsession du complot, de la conspiration, traduisant une vision paranoïaque de l’histoire.       <br />
              <br />
       (...)       <br />
              <br />
       La suite sur <a class="link" href="http://www.robertredeker.net/lectures_larevanchedudiable.htm">le site de Robert Redeker</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position: relative;">Conspiracy Watch - Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot</div>
   ]]>
   </description>
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   <link>http://www.conspiracywatch.info/Le-conspirationnisme-ou-la-revanche-du-Diable_a120.html</link>
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