Les propos du candidat aux primaires républicaines aux Etats-Unis sont relayés par des sites conspirationnistes. L’écroulement des médias traditionnels a laissé la place au chaos des réseaux sociaux. Et le phénomène est loin d’être exclusivement américain.

Un «facho», Donald Trump ? Manifestement. Et les médias américains semblent commencer à le découvrir. Légèrement perturbé ? Apparemment, au moins vu d’Europe. Mais il faut se méfier de nos propres perceptions. D’autant qu’elles n’expliquent pas que Trump reste en tête des sondages pour la primaire républicaine, ni qu’il conserve une chance non négligeable d’être le prochain président des Etats-Unis. Car sur le papier, il la conserve. Il faudrait arriver à trouver les mots pour se convaincre de cette réalité : oui, Donald Trump peut succéder à Barack Obama dans le Bureau ovale. On les cherche, ces mots, on ne les trouve pas vraiment.

Ce qu’on ne souligne pas assez, sur Donald Trump, ce n’est pas seulement sa xénophobie et son apparent dérangement mental, c’est à quel point sa vision, et ses propositions politiques prospèrent sur un terreau : celui de l’univers conspirationniste américain. Juste après la tuerie de San Bernardino (14 morts), Donald Trump était, par coïncidence, invité de l’émission en ligne d’un conspirationniste célèbre, Alex Jones, lequel venait comme à son habitude d’expliquer sur Twitter qu’il la trouvait un peu suspecte, cette tuerie, presque trop belle pour être vraie. En invité poli, Trump avait salué «l’incroyable réputation» de son hôte. L’audience de Jones est longtemps restée confidentielle. «Ce n’est que depuis l’élection de Barack Obama que les idées de Jones sont vraiment sorties de leur ghetto conspirationniste pour toucher le cœur de l’électorat conservateur américain», écrit Conspiracy Watch, seul site français à s’être sérieusement penché sur le phénomène. Il faut dire que Jones (qui compte 1,7 million d’abonnés à sa chaîne YouTube) a des états de service. C’est lui qui fait prospérer depuis quinze ans la rumeur selon laquelle des musulmans du New Jersey auraient dansé de joie en voyant s’écrouler les tours du World Trade Center. Autant dire que les deux devisèrent paisiblement, Trump propageant lui-même cette légende de meeting en meeting. (…)

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