L’éthique journalistique élémentaire voudrait qu’un professionnel ne s’autorise à relayer, avec sincérité, que des informations dûment vérifiées auprès d’interlocuteurs objectifs et dignes de foi. Mais quand il s’agit de la Syrie, rien n’est jamais simple…

Bahar Kimyongür, qui se présente sur Twitter comme « journaliste, archéologue, défenseur des droits de l’homme », abreuve les réseaux sociaux de documents censés prouver que les frappes occidentales en Syrie n’ont pas ciblé des sites liés aux armes chimiques illégales détenues par le régime syrien, mais d’innocentes entreprises, étrangères à toute production d’armement.

C’est ainsi que, sur son compte Twitter (voir ci-contre), il prétend qu’« un reporter de la chaîne américaine CBS News constate sur place que le “complexe de production d’armes chimiques” de Barzeh à Damas était en réalité un centre d’études pharmaceutiques. Aucune trace d’armes chimiques. Constat confirmé par l’OIAC ». Or, à la lecture de l’article cité, on constate que le journaliste de CBS se contente de reproduire, sans le reprendre à son compte, ce que lui dit un salarié du site détruit. Et que l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) n’a jamais confirmé que le site détruit était un « centre d’études pharmaceutiques », contrairement à ce qu’écrit Kimyongür.

La visite par la presse internationale des installations détruites s’est effectuée en présence de militaires du régime, comme le montre par exemple cette vidéo de l’AFP à partir de 0’42”. Ces installations se trouvant en zones contrôlées par le gouvernement, les journalistes ne peuvent y avoir accès seuls. Les personnes qu’ils interviewent leur sont inévitablement présentées par les autorités et parlent sous leur contrôle.

Ce n’est donc pas auprès de ces « témoins », comme ceux rencontrés par la presse sur le site de Barzeh (orthographié « Barzé » en français), que les journalistes obtiendront confirmation que l’établissement bombardé était, ainsi que l’affirment les responsables des frappes aériennes, « un centre de recherche, de développement, de production et de test de la technologie d’armement chimique et biologique » lié à un programme clandestin.

Proche du site de Michel Collon, Investig’Action (qui a co-édité l’un de ses livres sur la Syrie), Bahar Kimyongür se présente comme « un militant politique belge issu d’une famille arabe originaire de Turquie mais aux racines syriennes ». Depuis plusieurs années, il promeut la thèse selon laquelle la Syrie et son dirigeant Bachar el-Assad sont victimes d’un complot international.