Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme.

« OPERATION INFEKTION ». L’ingérence de la Russie dans les élections américaines de 2016 n’est pas un hoax. C’est l’aboutissement d’une campagne menée par Moscou pour tenter d’affaiblir l’Occident depuis des décennies. Les trois épisodes de la série « Opération InfeKtion », diffusés sur son site Internet par le New York Times, portent sur ces mensonges qui visent les États-Unis, une pratique qui perdure aujourd’hui, du Pizzagate aux théories du complot impliquant George Soros. Le premier épisode revient ainsi sur la rumeur répandue par les soins du KGB à partir de 1983, selon laquelle le département de la Défense des États-Unis avait créé le virus du SIDA (l’opération qui donne son nom à la série). Une plongée passionnante dans la désinformation russe et la fabrique des fake news (source : New York Times).

AFFAIRE  DAVAL. Pendant trois mois, Jonathann Daval s’était présenté en veuf éploré avant d’être interpellé et d’avouer avoir étranglé sa femme Alexia au cours d’une dispute. Fin juin, il était revenu sur ses aveux, accusant son beau-frère Grégory Gay d’être le meurtrier dans le contexte d’un « complot familial ». Le 26 novembre, son avocat, Me Randall Schwerdorffer a confirmé que son client avait rédigé un déroulé de la journée de la disparition de la jeune femme en octobre 2017, une sorte de scénario fictif correspondant à la première version qu’il avait donné aux enquêteurs.  « Si le scénario était de lui, c’est assez surprenant qu’il soit obligé de l’écrire pour s’en souvenir », a considéré l’avocat de Jonathann Daval, suggérant « qu’on lui a dicté », surenchérissant encore dans une ligne de défense complotiste (source : nouvelobs.com, 26 novembre 2018).

MAUVAISES MANIPS ? Le compte Facebook de Gérard Filoche a partagé une publication de Boris Le Lay, un militant raciste et antisémite, fondateur du site Breizatao, pourvoyeur de fake news et animateur présumé du site néo-nazi democratieparticipative.biz, dont le tribunal de grande instance de Paris vient d’ordonner le blocage. Il y a un an, Filoche avait partagé « par erreur » sur Twitter un photomontage issu du site d’Alain Soral. Est-ce une « nouvelle bêtise de manipulation » pour un « militant antiraciste de toujours », comme il l’avait expliqué à la chaîne RT France au lendemain de son procès, expliquant qu’on avait essayé par ce tweet de lui « faire payer autre chose » ? Quoiqu’il en soit, Gérard Filoche n’a pas besoin des autres pour le salir : il semble s’en charger très bien tout seul (source : Conspiracy Watch, 27 novembre 2018).

DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE. Le 8 octobre 2018, neuf fournisseurs d’accès à Internet (FAI), parmi lesquels les principaux (Orange, Free, Bouygues Telecom, SFR…), ont été assignés en référé, afin d’obtenir le blocage d’un site raciste, antisémite et homophobe hébergé aux États-Unis, « DemocratieParticipative.biz ». La décision a été rendue le 27 novembre 2018 par le Tribunal de grande instance de Paris : les opérateurs ont quinze jours pour « empêcher l’accès, à partir du territoire français et/ou par leurs abonnés situés sur ce territoire » au site incriminé. Une astreinte de 10 000 euros par jour de retard après l’expiration du délai de 15 jours a été fixée par le tribunal (source : Le Monde, 27 novembre 2018). On lira également, sur le blog « Au cœur de l’antiracisme », les précisions de Marc Knobel, président de l’association J’Accuse, engagée contre le racisme et l’antisémitisme sur le Net, et partie civile dans cette procédure.

ANTISÉMITISME. Selon une enquête conduite par le sondeur ComRes pour CNN, 21 % des Français de 18 à 24 ans n’auraient jamais entendu parler de l’« Holocauste », terme massivement utilisé dans le monde anglophone pour évoquer la Shoah. Un résultat qui, d’après Mathieu Gallard, directeur de recherches à l’institut Ipsos, peut s’expliquer par le fait que le mot « Holocauste » est beaucoup moins répandu en France, d’autant que, contrairement à d’autres enquêtes d’opinion sur le sujet, la question posée dans cette étude n’indiquait pas qu’« Holocauste » désignait l’extermination des Juifs par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Outre ce biais, l’étude révèle qu’un Européen sur cinq pense que les juifs ont trop d’influence dans les médias et la politique et que l’antisémitisme est une réponse au comportement des Juifs. Près de 15% des Français et 17% des Européens estiment que « la plus grande partie de l’antisémitisme s’explique par les comportements quotidiens de la communauté juive » (source : Le Figaro, 29 novembre 2018).

SONDAGE. Les théories du complot sont devenues des « croyances dominantes plutôt que marginales » dans un certain nombre de pays occidentaux d’après une enquête d’opinion réalisée par YouGov (site de sondages sur Internet) dans le cadre d’un projet porté par un centre de recherche (CRASSH) de l’université de Cambridge au cours de l’été 2018. Les résultats, présentés le 23 novembre 2018, suggèrent par exemple qu’un grand nombre de personnes dans les neuf pays sur lesquels l’étude a porté – États-Unis, Grande-Bretagne, Pologne, Italie, France, Allemagne, Portugal, Suède, Hongrie – pensent que leurs gouvernements leur « cachent la vérité » sur l’immigration… (source : Conspiracy Watch, 29 novembre 2018).

CONSEIL DE SÉCURITÉ. Le 28 novembre 2018, dans un discours à l’université Humboldt de Berlin, le ministre des finances allemand, Olaf Scholz, a proposé que le siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU soit transformé en siège de l’Union européenne. L’Union populaire républicaine (UPR) de François Asselineau a réagi par un communiqué laissant entendre qu’Emmanuel Macron, par l’ « absence répétée de toute réaction française », était complice d’un tel projet. Le Quai d’Orsay avait pourtant réagi à la déclaration du vice-chancelier allemand, en soulignant que la France entendait bien continuer d’assumer ses responsabilités à l’ONU. Cela n’a pas empêché Nicolas Dupont-Aignan d’agiter le spectre d’une complicité de « haute trahison » de la part du Président de la République (source : Conspiracy Watch (Twitter), 30 novembre 2018).

GILETS JAUNES. Des personnalités centrales de la complosphère ont pris fait et cause pour le mouvement des gilets jaunes, s’exhibant parmi les manifestants ou revêtant un gilet jaune en signe de ralliement. C’est le cas d’Alain Soral, Dieudonné M’Bala M’Bala ou encore des militants d’ultra-droite Yvan Benedetti, Hervé Ryssen et Alexandre Gabriac. Samedi 1er décembre, en marge des manifestations des gilets jaunes à Paris, Dieudonné a donné rendez-vous à ses fans rue Lauriston, dans le 16e arrondissement. Un lieu hautement symbolique puisque c’est dans cette rue que la Gestapo française avait installé son quartier général pendant l’Occupation. Un post issu du compte Facebook du média russe Sputnik intitulé « M. Macron n’est pas le Président de la République » a été vu plusieurs dizaines de milliers de fois. Interviewé par la chaîne russe RT France, le militant Axel Rokvam, fondateur des Veilleurs (un mouvement opposé à l’union des personnes de même sexe et à l’homoparentalité), s’est fait le porte-parole de la rumeur – récurrente – selon laquelle les casseurs seraient des policiers déguisés en voyous. Laurence Marchand-Taillade, présidente de Forces Laïques, a quant à elle accusé le gouvernement d’avoir délibérément « laissé s’infiltrer » des casseurs pour « discréditer les gilets jaunes ».