Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme.

DIEUDONNÉ. L’annonce de la venue en Corse de Dieudonné M’Bala M’Bala pour deux représentations de son spectacle a entraîné des réactions assez vives, dont des demandes d’interdiction, chez une partie de la population de l’île. Des élus ont tenu à rappeler que la Corse avait été, au cours de la Seconde Guerre mondiale, une zone refuge pour les populations juives persécutées. Un passé et un héritage peu compatibles à leurs yeux avec la sensibilité du polémiste condamné en 2017 pour propos antisémites (source : Le Parisien, 8 juillet 2018).

ÉTATS-UNIS. Aux élections à la Chambre des représentants en novembre prochain, John Fitzgerald concourra pour le 11e district de Californie. Désavoué par le Parti républicain au mois de mai dernier pour son antisémitisme, son négationnisme et son conspirationnisme, il s’est toutefois qualifié sous la bannière du Grand Old Party aux primaires de ce district, au mois de juin. Le candidat développe ses idées sur son site web, contestant notamment la version officielle des attentats du 11-Septembre et brodant sur  de multiples théories du complot (source : Conspiracy Watch, 9 juillet 2018).

RUSSIE. Un sondage du Centre russe d’étude de l’opinion publique (VTsIOM) a établi que deux Russes sur trois (67%) estimaient qu’il existe « une organisation ou un groupe de personnes qui ont une influence sur tous les processus mondiaux et contrôlent les actions des chefs d’États de nombreux pays ». Ce chiffre a fortement augmenté au cours des quatre dernières années puisqu’il n’était que de 45% en 2014. 74% de ceux qui adhèrent à cette thèse croient, en outre, que les actions de ce gouvernement de l’ombre sont « contraires aux intérêts de la Russie » et 23% pensent qu’il est composé de riches oligarques et de banquiers (source : Le Matin, 12 juillet 2018).

PAUL CRAIG ROBERTS. L’ancien sous-secrétaire d’État du Trésor dans l’Administration Regan Paul Craig Roberts, 79 ans, a mis en ligne sur son site, en juin dernier, un texte dans lequel il qualifiait le négationniste britannique David Irving de « meilleur historien de notre temps ». Celui qui a déjà remis en cause la version officielle du 11-Septembre et laissé entendre que l’attentat contre Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, était une opération sous « faux drapeau », confirme ainsi son enracinement dans le conspirationnisme le plus décomplexé (source : Conspiracy Watch, 12 juillet 2018).

CONTENUS VIRAUX. L’organisation pour la science et la société de l’Université McGill (Canada) a produit et diffusé une vidéo destinée à démontrer à quel point il est facile de rendre viral un contenu parfaitement mensonger. Inventé de toute pièce, le message de la vidéo explique que les grandes compagnies pharmaceutiques dissimulent sciemment, depuis deux siècles, une mousse végétale capable de soigner le cancer. Elle reprend tous les codes graphiques, discursifs et sonores de ce type de clips qui fleurissent sur Internet et y connaissent une diffusion massive. En moins d’une semaine, la vidéo de McGill OSS a été visionné 3,1 millions de fois (source : Conspiracy Watch, 13 juillet 2018).

ALEX JONES. L’animateur de la chaîne web conspirationniste InfoWars Alex Jones a annoncé au début du mois qu’une guerre civile devait éclater le 4 juillet 2018.  Dans ce scénario, qui a suscité les moqueries et les commentaires parodiques sur les réseaux sociaux, George Soros et l’« élite mondialiste » devaient orchestrer des émeutes partout sur le sol américain. Après que sa prophétie a échoué, Jones a vitupéré les médias qui auraient déformé ses propos afin de le discréditer (source : Conspiracy Watch, 10 juillet 2018). InfoWars illustre les tiraillements de Facebook entre liberté d’expression et nécessité de réguler les fake news. Interrogé sur le cas Alex Jones lors d’une conférence de presse, l’entreprise américaine n’a pas apporté de réponse claire à la problématique. Le compte Twitter de Facebook est venu par la suite préciser : « on ne pense pas qu’interdire des pages parce qu’elles diffusent des théories du complot ou des fausses informations soit la bonne manière de faire. » Comme Twitter ou Youtube, Facebook préfère masquer plutôt que censurer les comptes diffusant des théories du complot et autres informations fausses (source : Le Monde, 14 juillet 2018).

ANTISIONISME MUNICIPAL. Le maire PCF de Bezons (Val d’Oise), Dominique Lesparre, a relayé le 5 juin 2018 un dessin à connotation conspirationniste sur sa page Facebook (ci-dessous). Quelques jours plus tard, le maire de Bezons inaugurait symboliquement dans sa commune une « Allée de la Nakba », suscitant de multiples réprobations et la demande de « dépose immédiate de la plaque » par le préfet du Val d’Oise. Les commentaires antisémites du fils du maire, qui ont suivi sur la page Facebook de Dominique Lesparre, ont motivé l’ouverture d’une enquête judiciaire (source : Le Parisien, 12 juillet 2018, Conspiracy Watch, 14 juillet 2018).

HARUN YAHYA. L’une des plus importantes figures du créationnisme mondial Adnan Oktar, alias Harun Yahya, a été arrêté mercredi 11 juillet 2018 par la police turque pour des soupçons de fraudes, corruption et agressions sexuelles (source : AFP, 11 juillet 2018). Auteur de dizaines d’ouvrages, le prédicateur a diffusé au cours de la dernière décennie un Atlas de la création rejetant les théories évolutionnistes. Pourfendeur du « complot judéo-maçonnique », Adnan Oktar a aussi déclaré que les attentats du 11-Septembre avaient été organisés, « du début à la fin », par la CIA qui aurait utilisé des « Arabes déviants, communistes, darwinistes et matérialistes ». Le livre négationniste L’imposture du génocide (« Soykırım Yalanı »), dans lequel on peut lire que « ce qui est présenté comme l’Holocauste est la mort de certains Juifs à cause de la peste typhoïde pendant la guerre et la famine à la fin de la guerre provoquée par la défaite des Allemands », lui est également attribué.