Le 6 avril 1994, l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana est abattu alors qu’il s’apprêtait à atterrir à Kigali. Dans les heures qui suivent, les extrémistes hutus s’emparent du pouvoir et déclenchent un génocide à l’encontre de la minorité tutsi du pays. Deux semaines plus tard, l’Opération Turquoise, autorisée par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU et conduite par la France, est lancée avec pour mission de mettre fin aux massacres, qui dureront jusqu’au mois de juillet.

Saint-cyrien, ancien officier de la Force d’Action Rapide, Guillaume Ancel a participé à l’Opération Turquoise. Il a quitté l’armée de terre en 2005. Dans Rwanda, la fin du silence (Les Belles Lettres, 2018), il livre un témoignage questionnant le rôle ambigu de la France lors de ces événements, exfiltrant, après les avoir formé et armé, une partie des cadres qui ont organisé le génocide des Tutsis. Selon lui, « tant qu’on n’arrivera pas à affronter cette réalité, non seulement on ne pourra pas prendre nos responsabilités, mais on acceptera que des gens puissent tuer une deuxième fois les victimes du génocide ». Une interview exclusive qui bat en brèche une théorie du complot aux accents négationnistes véhiculée depuis plus de vingt ans et mise à mal par le rapport d’expertise balistique remis en janvier 2012 aux juges antiterroristes Marc Trévidic et Nathalie Poux.