Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme.

CFTC. L’association juive B’nai Brith France a annoncé le 7 octobre 2018 « se réserver le droit de porter plainte » contre la branche locale de la Loire du syndicat CFTC, qui avait partagé, via le réseau LinkedIn, un article du site raciste « Démocratie participative ». L’article est intitulé « Le terroriste juif Jean-Yves Abecassis, chef de l’Aquarius, exige qu’on laisse son organisation envahir l’Europe de nègres et de musulmans ». En réponse, le compte Twitter de la section locale l’organisation syndicale a d’abord invoqué la « liberté d’expression » et affirmé que « l’intolérance » du B’nai Brith le « desservira » (source : timesofisrael.com, 7 octobre 2018). Le 8 octobre, le compte Twitter de la CFTC a condamné ces « propos inadmissibles » et annoncé une enquête interne (source : lemonde.fr, 9 octobre 2018). L’affaire n’est pas sans rappeler celle du compte Twitter de la section FO de Courbevoie au printemps dernier (source : Conspiracy Watch, 4 mai 2018).

BIG PHARMA. Dans l’émission C Politique du 23 septembre 2018, diffusée sur France 5, le philosophe Frédéric Lenoir s’est lancé pendant une minute dans une tirade hostile au principe de la vaccination obligatoire. Assumant de reprendre à son compte la théorie du complot du Big Pharma, l’écrivain a notamment insisté sur l’idée que le ministère des Solidarités et de la Santé était influencé par des médecins dont certains « ont des liens très étroits avec l’industrie pharmaceutique et sont payés aussi par l’industrie pharmaceutique » (source : lesvaxxeuses, 8 octobre 2018). L’extension vaccinale, dont il est question, n’a pourtant pas été imposée « de manière brutale » et de manière opaque, comme l’a affirmé Lenoir, mais par suite d’une véritable concertation citoyenne (source : lemonde.fr, 1er décembre 2016). Pour rappel, l’enquête d’opinion Ifop/Conspiracy Watch/Fondation Jean-Jaurès (décembre 2017) avait révélé que 55% des sondés étaient d’accord avec l’énoncé : « le ministère de la santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins ».

PHOTOMONTAGE. Le procès de Gérard Filoche pour sa diffusion sur Twitter d’un photomontage antisémite s’est tenu le 10 octobre devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris. À la barre, l’ancien inspecteur du travail, que le parti socialiste avait exclu de ses rangs au moment de cette affaire, le 21 novembre 2017, n’a pas cherché à minimiser la teneur antisémite de l’objet du délit. Il a en revanche plaidé la « négligence », assurant qu’il n’avait pas vu les éléments, caractéristiques, de l’arrière-plan de cette image qui provenait du site d’Alain Soral, Égalité & Réconciliation. En raison du doute subsistant sur les intentions réelles du prévenu, le parquet a requis la relaxe. Jugement le 12 décembre 2018 (source : lemonde.fr, 11 octobre 2018). Rappelons que par un jugement rendu le 20 mars 2018, la 17e chambre correctionnelle avait relaxé Soral, estimant que le document ne tombe pas sous le coup de l’accusation de provocation à la haine raciale.

RUMEUR DE NÎMES. Alors que l’Assemblée nationale s’apprêtait à voter dans la nuit du 9 au 10 octobre 2018, lors d’une nouvelle lecture, les propositions de loi contre « la manipulation de l’information » en période électorale, Le Figaro est revenu sur un fait divers survenu il y a trente ans, qui avait suscité un cas d’école en la matière. Le 3 octobre 1988, la ville de Nîmes était en effet frappée par un violent orage, d’une si forte intensité que le bilan officiel de onze victimes fut rapidement contesté : « la rumeur tenace d’un mensonge d’État s’installe : les autorités cacheraient les vrais chiffres et mettraient tout en place pour faire taire les témoins. » Retour sur ces événements et le travail de déconstruction de la rumeur alors mené par un enseignant nîmois (source : lefigaro.fr, 9 octobre 2018).

MÉLENCHON. Commentant sur son blog les résultats du premier tour de l’élection présidentielle brésilienne, où le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro est arrivé en tête en obtenant près de 47 % des suffrages, Jean-Luc Mélenchon a incriminé, mercredi 10 octobre, « les marionnettes des USA » qui, « méthodiquement », auraient conduit à la situation actuelle. S’il concède que « les nôtres au Brésil ont leur part de responsabilité dans ce désastre », le chef de file des Insoumis estime toutefois que le Parti des travailleurs (PT) est tombé dans un « piège » – tendu par qui ? – en présentant aux présidentielles un « milliardaire ». Visiblement mal informé (le candidat du PT, Fernando Haddad, ex-colistier de Lula, est un professeur de sciences politiques, en rien un « milliardaire »), Jean-Luc Mélenchon veut croire que la déroute électorale de la gauche ne tient qu’à « l’Empire, ses marionnettes locales et sa presse mondiale ». Un bel exemple de causalité diabolique (source : Conspiracy Watch, 14 octobre 2018).

LABOUR. Sur Facebook, Mohammed Pappu, 26 ans, conseiller du district londonien Tower Hamlets et « étoile montante du Labour », a partagé des contenus accusant le Royaume-Uni d’attaquer la Syrie pour y « installer une banque Rothschild » ou affirmant qu’Israël est derrière les attentats du 11-Septembre, de Londres ou de Paris (source : thetimes.co.uk, 11 octobre 2018). Pappu a été suspendu du parti le temps qu’une enquête soit menée. John Biggs, maire de Tower Hamlets, a approuvé la réaction du Labour et affirmé l’incompatibilité entre ces vues et le fait d’être membre de cette formation politique (source : eastlondonadvertiser.co.uk, 11 octobre 2018).

RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a rendu publique, le lundi 7 octobre 2018, sa première étude sur les effets d’un réchauffement de 1,5°C des températures mondiales. Il ne fait désormais plus de doute que les émissions de gaz à effet de serre des activités humaines sont la principale cause du réchauffement climatique (source : liberation.fr, 7 octobre 2018). Certains continuent pourtant de prétendre qu’il n’en est rien. L’occasion est donc donnée de dissiper les dernières illusions et la désinformation, en revoyant par ailleurs la mise au point éclairante de Sylvie Joussaume, climatologue, directrice de recherche au CNRS (source : franceculture.fr, 15 mai 2018).

BIAIS COGNITIFS. À l’occasion de la venue de Thomas C. Durand pour des conférences dans les lycées de Chartres et de Dreux, le week-end du 13 octobre 2018, le site de France 3 réalisait un grand angle sur ce docteur en biologie, co-fondateur de la chaîne Youtube « La tronche en biais ». Son objectif ? Disséquer les biais cognitifs, ces raccourcis opérés par notre cerveau qui nous pousse à croire certaines choses et pas d’autres, et qui jouent un rôle moteur dans la croyance aux thèses complotistes (source : France 3, 6 octobre 2018).

JAMES WOODS. Partageant sur Twitter une publication de l’organisation conservatrice américaine Judicial Watch, l’acteur James Woods (Il était une fois en AmériqueLa Manière forteVirgin Suicides…) s’en est à nouveau pris samedi 13 octobre 2018 au milliardaire et philanthrope américain George Soros : « La mesure dans laquelle ce collaborateur nazi a sapé la stabilité des démocraties occidentales est quasiment incalculable. Il est satanique »En août 2017, ce fervent partisan de Donald Trump avait déjà relayé la rumeur fausse – et grotesque – selon laquelle Soros aurait été dans sa jeunesse un « collaborateur nazi ». Les actions de soutien à la lutte contre la corruption et au respect des droits de l’homme mises en oeuvre par le réseau de fondations de Soros à travers le monde ont valu à l’homme d’affaires d’origine hongroise le triste privilège de devenir l’un des boucs émissaires favoris de la complosphère (Conspiracy Watch, 14 octobre 2018).