Immense vedette au Liban et dans tout le Moyen-Orient, Majida El Roumi s’est illustrée à au moins deux reprises pour avoir fait publiquement la promotion des Protocoles des Sages de Sion, un célèbre faux décrivant un plan de domination du monde par les Juifs.

Majida El Roumi (capture d’écran MEMRI/Aghani TV, 16 mai 2016)

La chanteuse libanaise Majida El Roumi est une immense vedette dans son pays ainsi que dans l’ensemble du Moyen-Orient. Issue d’une famille chrétienne, elle est la fille du musicien Halim El Roumi, célèbre compositeur de chansons à succès et considéré comme le « découvreur » de Fairouz.

Régulièrement invitée à se produire sur les scènes du monde arabe, Majida El Roumi a également chanté aux Etats-Unis et en Europe, notamment à Paris. Elle est devenue au fil de sa carrière une personnalité internationale (sa page Facebook compte plus de 2 777 000 likes) dont la notoriété lui a valu d’être nommée Ambassadrice de Bonne volonté de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), au même titre que Susan Sarandon, Pierre Cardin ou Céline Dion. Habituée des galas d’organisations caritatives et des festivals en hauts lieux, elle s’est vu remettre en 2013 l’insigne d’officier dans l’ordre des Arts et des Lettres par l’ambassadeur de France au Liban. Lequel a vu en elle, ainsi qu’il l’a déclaré dans son discours, une « ambassadrice résolue de la paix ».

L’année suivante, dans une interview accordée au journal égyptien Al-Masry Al-Youm, Majida El Roumi disait croire en une conspiration sioniste mondiale contre la nation arabe telle qu’évoquée dans les Protocoles des Sages de Sion sans que cela ne provoque la moindre réaction. La chanteuse a récidivé deux ans plus tard, le 16 mai 2016, lors d’une conférence à l’Université arabe de Beyrouth retransmise par la chaîne musicale libanaise Aghani TV. Le site MEMRI a publié la vidéo de cette intervention, sous-titrée en anglais, il n’y a que quelques jours. Voici ce que déclarait Majida El Roumi devant un parterre attentif :

« Si vous vous demandez ce qu’il se passe dans le monde […], je pense que c’est lié à quelque chose que j’ai lu chez mes parents quand j’étais petite. Mon défunt père avait rapporté à la maison le livre “Les Protocoles des Sages de Sion” et nous avait dit : “Lisez ce livre et, jusqu’au jour de votre mort, n’oubliez jamais ce que vous y avez lu”.

C’est ainsi que j’ai lu que le sionisme mondial a un plan pour fragmenter l’ensemble du monde arabe. Ils ont en tête un plan pour un gouvernement unifié du monde entier, et ils pensent que nous tous sur cette planète n’existons que pour les servir. […]

Ils ont constamment ça en tête : le genre de division que vous voyez en différents endroits – des balles qui sifflent ici, des roquettes tirées là, des bombes qui explosent en France ou ailleurs. […]

Il y a quelque chose qui s’appelle “le Grand Israël”, et qui apparaît sur leur monnaie […] et ils estiment que leur pays doit s’étendre du Nil à l’Euphrate. Ils considèrent que Dieu leur a donné le droit d’être nos maîtres. »

Passés largement inaperçus à l’époque – à l’exception notable du journal juif new-yorkais Algemeiner –, ces propos, relevant de la plus classique rhétorique complotiste et antisémite, ont été tenus dans le sillage des attentats terroristes survenus en France en 2015 (Charlie Hebdo, Hyper Cacher, Saint-Quentin-Fallavier, 13-Novembre…) et moins de deux mois après les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016.

Traduit en arabe pour la première fois dans les années 1920, les Protocoles des Sages de Sion sont un faux document diffusé en Russie au début du XXe siècle puis abondamment utilisé par le régime nazi pour justifier la persécution des Juifs.

Aucune pièce de monnaie israélienne ne fait figurer une carte d’un présumé Grand Israël du Nil à l’Euphrate, comme une rumeur complotiste tenace l’affirme.

Dans l’hommage qu’il lui a rendu en 2013, l’ambassadeur de France au Liban décrivait Majida El Roumi comme l’une de ces personnalités contribuant « à rapprocher les cultures » et à « faire triompher le vivre-ensemble ».

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