La théorie du complot contre la Chine, avancée par Mo Nong, un journaliste du quotidien China Daily, a des vieux relents de guerre froide. « Pour la deuxième fois, le prix Nobel de la paix a été décerné à une personne identifiée dans le "Who’s who" de Pékin comme non pacifique ». Et le quotidien chinois en langue anglaise affirme que Liu Xiaobo, récompensé par le comité Nobel pour son combat pour les droits de l’homme en Chine, a été condamné à onze ans de prison pour « avoir ouvertement calomnié et incité d’autres à renverser le pouvoir » en place.

Un criminel qui a enfreint les lois en Chine est ainsi salué en Occident, s’emporte le journal proche du Parti communiste. Ce qui est une preuve de la profonde division entre la Chine et l’Occident. Le journal donne ainsi la définition, selon le lexique de Pékin, du mot « paix » qui définit les bonnes relations entre nations et sur lequel repose « le concept de respect mutuel et de non-interférence dans les affaires intérieures de l’autre ». Et comme en 1989 avec le Nobel décerné au dalaï-lama, le prix cette année est une preuve d’une interférence dans les affaires intérieures chinoises. Et la conclusion de Mo Nong est sans appel : « qu’on le veuille ou non le prix Nobel de la paix renforce l’impression qu’il y a un complot de l’Occident pour endiguer l’émergence de la Chine ». Un vocabulaire qui rappelle la bonne vieille théorie du containment du temps de l’ex-URSS…

Source : Les Echos, 13 octobre 2010.