Peut-on douter de tout ? Tocqueville et Wittgenstein contre Bigard et Kassovitz
Les récents propos de Jean-Marie Bigard et Mathieu Kassovitz, alimentant le doute quant aux versions les plus couramment admises des événements du 11 septembre 2001, nous ramènent à la vieille question philosophique du doute. Des textes de Tocqueville et de Wittgenstein pointent opportunément les problèmes associés aux prétentions au doute absolu.

On ne peut prétendre refuser un droit au doute lorsqu’on se situe à l’intérieur d’un cadre rationaliste. Car le doute participe bien des ressources importantes de la raison critique. Mais le doute a-t-il des limites ? Douter de tout a-t-il un sens ? Le doute absolu est-il possible ? Là les choses sont plus controversées, et la plus grande cohérence intellectuelle ne se situe pas du côté des quasi-professionnels du doute qui prolifèrent aujourd’hui sur internet, et qui nourrissent les dégradations simplistes et conspirationnistes de l’indispensable critique sociale. En tout cas, si on se tourne du côté de réflexions d’un penseur politique du XIXème siècle comme Alexis de Tocqueville (1805-1859) et d’un philosophe du XXème siècle comme Ludwig Wittgenstein (1889-1951). Des extraits de ces deux auteurs sont susceptibles d’alimenter de manière décalée un débat d’« actualité » devenu vif, passionnel et agressif. Il apparaîtra alors qu’il n’est pas si simple, bien que fort raisonnable, de tenter de trouver une voie entre le légitime droit au doute et les pentes délirantes d’un doute absolutiste.

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