L’Ayatollah Ali Khamenei accuse ouvertement les services secrets américains et leurs alliés de manipuler les combattants de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL – ISIS en anglais). Depuis le début de l’offensive djihadiste en Irak début juin, le Guide suprême de la Révolution islamique a publié une série de tweets dénonçant « la main cachée des services de renseignement occidentaux » qui auraient pour but de « mettre le feu dans le monde de l’islam » et de « semer la discorde » entre musulmans chiites et sunnites.

Ces derniers – qu’il désigne sous le terme de « Takfiris » – « ne sont pas nos principaux ennemis » explique Khamenei. Ils sont « trompés par la CIA et d’autres services secrets » qui les « financent », les « arment » et les « dirigent ».

Concomitamment aux diatribes anti-occidentales du chef de l’Etat iranien, la presse officielle de son allié syrien a accusé l’Arabie saoudite et l’Occident de pourvoir l’EIIL en armes et en argent. Même son de cloche du côté de la complosphère, le Réseau Voltaire de Thierry Meyssan ne craignant pas d’affirmer que l’EIIL travaille « pour le compte du frère du ministre saoudien des Affaires étrangères et de l’ambassadeur saoudien à Washington [et qu’] il est co-financé et encadré par des officiers états-uniens, français et saoudiens ».

Que faut-il penser de ces accusations ?

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le mythe politique selon lequel le terrorisme islamiste est un leurre fabriqué de toutes pièces par les services secrets américains est une antienne d’un discours complotiste que partagent aussi bien le 9/11 Truth Movement que les Frères musulmans ou le régime iranien (voir le diaporama ci-dessous).

L’EIIL n’est en effet que le dernier groupe djihadiste en date à être dénoncé comme agissant pour le compte de l’impérialisme américain. Avant lui, Al-Qaïda, AQMI et Boko Haram ont tous successivement fait l’objet du même type de suspicion.

Dans le cas iranien, il faut cependant bien prendre ce discours pour ce qu’il est : un argument propagandiste à usage de politique intérieure principalement. C’est pourquoi il n’est contradictoire qu’en apparence que Téhéran distille, d’un côté, l’idée que les djihadistes de l’EIIL sont des marionnettes dans les mains de la CIA et déclare, de l’autre, ne pas exclure une coopération avec Washington pour endiguer l’EIIL.

Quant au rôle occulte attribué à l’Arabie Saoudite, que dire sinon qu’il n’est pas, en l’état, corroboré par les spécialistes du sujet. Doctorant à l’Institut Français du Proche-Orient (IFPO), Romain Caillet conteste que les djihadistes de l’EIIL reçoivent des financements des régimes du Golfe. Selon le politologue, ceux-ci les « considèrent comme des ennemis ». Et de poursuivre : « Les brigades de l’Armée Syrienne Libre qui combattent aujourd’hui l’EIIL sont financées et soutenues par l’Arabie Saoudite. Les Saoudiens qui vont combattre et rejoindre les rangs de l’EIIL sont sanctionnés quand les services saoudiens parviennent à les empêcher de partir » (lire : L’Arabie saoudite soutient-elle l’EIIL ?).

Voir aussi :
* Ben Laden, « créature » des Etats-Unis ?, par Antoine Vitkine
* Ben Laden et la rumeur de Dubaï

(Dernière mise à jour : 22/06/2014)