Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme.

DÉONTOLOGIE. Pour illustrer un billet publié sur son blog, le journaliste de la webtélé Le Média Claude El Khal a relayé une vidéo du site complotiste Panamza. avant d’estimer publiquement qu’il n’y avait pas de problème à relayer ce type de contenu. S’interrogeant sur l’opportunité d’utiliser une vidéo issue d’un tel média pour justifier ses propos, le journal France Soir constate que « la question semble tranchée pour Claude El Khal » (source : France Soir, 11 avril 2018). Ce-dernier se pose pour sa part en victime d’un « lynchage médiatique » allant jusqu’à dénoncer en Conspiracy Watch une « officine néo-totalitaire ». En février 2018, Claude El Khal fut vivement critiqué pour avoir défendu le choix de ne montrer aucune image du conflit en Syrie – suscitant même une réaction de l’AFP – tandis que plusieurs centaines de civils périssaient en quelques jours sous les bombardements de l’armée de Bachar el-Assad. C’est alors que plusieurs internautes – dont le chercheur Romain Caillet, le philosophe Raphaël Enthoven et le journaliste Nicolas Hénin – ont relevé que Claude El Khal avait, par le passé, diffusé un certain nombre de contenus à caractère complotiste, suggérant en particulier que l’Etat islamique était manipulé par Israël ou que les attentats du 11 septembre 2001 étaient un complot interne américain (source : Conspiracy Watch, 28 février 2018).

ALGORITHMES. YouTube compte 1,5 milliard d’utilisateurs dans le monde, qui visionnent plus d’un milliard d’heures par jour, soit dix fois plus qu’en 2012. À l’origine de cette croissance, un algorithme qui identifie et recommande des vidéos dont la lecture représente 70% du temps total de visionnage sur la plateforme. Conspiracy Watch publie un article sur les algorithmes et leurs effets controversés, en montrant, à travers le cas YouTube, comment est favorisée la propagation des théories du complot.

NÉGATIONNISME. Le mort du négationniste Gerd Honsik a été annoncée le 9 avril 2018 par l’Austria Press Agentur. Né en 1941, membre d’un parti néonazi autrichien dans les années 1980, Honsik avait été condamné à plusieurs reprises pour négationnisme et incitation à la haine raciale. Sa thèse d’un plan génocidaire visant les peuples blancs d’Europe, qu’il attribuait à un complot juif, a été largement diffusée dans les milieux d’extrême droite européens (source : Conspiracy Watch, 9 avril 2018).

KEN LOACH. L’Université libre de Bruxelles (ULB) a fait connaître son intention de décerner le titre honorifique de « docteur honoris causa » au réalisateur britannique Ken Loach, ainsi qu’à sept autres personnalités, le 26 avril prochain. Le Centre Communautaire Laïc Juif de Belgique (CCLJ) a réagi en publiant sur son site, le 9 avril, un communiqué d’un collectif « Collectif Ken Loach docteur honoris causa – not in our name », s’alarmant que le prestigieux insigne soit remis à celui dont le rapport ambigu à l’antisémitisme a plusieurs fois fait polémique. Dans le même temps, Ken Loach a continué de faire polémique en Grande-Bretagne en réclamant l’expulsion du Labour de députés travaillistes s’étant joints à une manifestation contre l’antisémitisme (source : Conspiracy Watch, 9 avril 2018).

FAURISSON. Le négationniste Robert Faurisson, 89 ans, a été débouté par la cour d’appel de Paris, le jeudi 12 avril 2018, face à la journaliste du Monde Ariane Chemin qui l’avait qualifié de « menteur professionnel », de « falsificateur » et de « faussaire de l’histoire ». L’affaire avait été jugée en première instance le 6 juin 2017. Ce même jeudi, la cour d’appel a confirmé une autre condamnation de Faurisson, de novembre 2016, pour négationnisme, à 10.000 euros d’amende pouvant se transformer en emprisonnement en cas de non-paiement (source : The Times of Israel, 12 avril 2018). Le site Pratiques de l’Histoire et dévoiements négationnistes livre quelques exemples de mensonges de Faurisson. L’historienne Valérie Igounet, spécialiste du négationnisme et co-directrice de Conspiracy Watch, rappelait en juin dernier les enjeux de la décision déboutant Faurisson de ses poursuites en diffamation :

BANDE DESSINÉE. La collection « La Petite Bédéthèque des savoirs », aux Éditions du Lombard, aborde de façon synthétique les sujets les plus divers. Signalons la parution d’un nouvel opus intitulé Crédulité & rumeurs, réalisation du sociologue Gérald Bronner et du dessinateur Jean-Paul Krassinsky. À travers une conversation entre deux lycéens, les auteurs se sont emparés avec subtilité et efficacité de la question des différents mécanismes de la perception qui contribuent à altérer le jugement et rendent séduisantes les théories du complot. Un outil graphique réussi et idéal pour traiter le sujet dans un cadre éducatif. Lire sur Conspiracy Watch, l’article du spécialiste de BD Didier Pasamonik.

CHEMTRAILS. À la question « qu’est-ce que sont les chemtrails ? », Alexa, l’« assistant personnel intelligent » d’Amazon, a fourni cette troublante réponse : « Les trainées laissées par les avions sont en réalité des agents chimiques ou biologiques délibérément pulvérisés à haute altitude dans le cadre de programmes clandestins pilotés par le gouvernement. » Quand l’intelligence artificielle se met au service d’une théorie conspirationniste… (source : Mashable.com, 11 avril 2018).

FAKE NEWS. Dans le cadre d’une série de notes sur la « fachosphère » publiées par la Fondation Jean-Jaurès, Delphine-Marion Boulle revient sur l’histoire d’une fake news qui fut la première grande offensive numérique de l’extrême droite durant la campagne présidentielle de 2017. Alain Juppé, alors candidat favori de la droite, devint le « grand mufti de Bordeaux » avec son double numérique #AliJuppé, titres à visée calomnieuse que lui avait valu sa défense d’une « identité heureuse » au sein d’une droite républicaine en proie aux démons identitaires. Lire sur le site de la Fondation Jean-Jaurès.

SYRIE. Tandis que, dans un document rendu public le 14 avril 2018« la France estime que, sans doute possible, une attaque chimique a été conduite contre des civils à Douma le 7 avril 2018, et qu’il n’existe pas d’autre scénario plausible que celui d’une action des forces armées syriennes dans le cadre d’une offensive globale dans l’enclave de la Ghouta orientale », la Russie accuse le Royaume-Uni et, plus subrepticement, son allié américain, d’avoir « mis en scène » cette attaque avec l’aide de l’organisation des Casques blancs. Le chef de la diplomatie russe a affirmé vendredi 13 avril disposer de « preuves irréfutables » de l’implication de services secrets étrangers dans cette prétendue manipulation (source : L’Obs, 13 avril 2018). Des accusations qui s’inscrivent dans le droit fil de celles déjà formulées par le Kremlin lors des attaques chimiques perpétrées à la Ghouta en août 2013 et à Khan Cheikhoun en avril 2017.

HONGRIE. Quatre jours après les élections législatives hongroises qui ont vu s’imposer une nouvelle fois le camp du Premier ministre sortant Viktor Orban, Figyelo, un hebdomadaire réputé proche du pouvoir, a publié une liste de 200 noms de personnalités supposées travailler pour le compte du philanthrope américain George Soros. Dans un communiqué, le magazine a qualifié d’« hystériques » les réactions à la publication de son article, avant d’ajouter que sa liste était « loin d’être complète » (source : Le Monde, 14 avril 2018).