Vues comme des productions folkloriques, les théories du complot nous font souvent rire. Jusqu’au moment où on ne rit plus, explique le philosophe australien Patrick Stokes dans ce texte, publié quelques jours après le massacre perpétré le mois dernier à l’église de Charleston, aux Etats-Unis.

Nous avons assisté fin juin à une nouvelle tuerie aux Etats-Unis. Cette fois-ci, c’est une église qui a été prise pour cible et la haine raciale qui en a été la cause. Par le passé, ce furent une école, un cinéma, une université ou un centre commercial.

Le scénario nous est désormais devenu familier à en vomir : les détails de l’horreur, suivis par l’indignation perplexe, la réaction qui tente de délimiter et d’isoler l’événement, et de résister à sa mise en perspective, et enfin l’inévitable échec à agir.

Mais à l’ère de l’Internet, ce scénario prend une tournure macabre supplémentaire.

En quelques jours – et, de plus en plus, en quelques heures voire en quelques minutes –, un événement tragique est passé au filtre d’une vision du monde qui soutient que les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être. Les théoriciens du complot sautent sur ​​la tragédie pour en faire une nouvelle preuve que des forces obscures manipulent le monde afin de poursuivre leurs propres objectifs néfastes. Les enfants massacrés à l’école Sandy Hook de Newtown ? Ils n’ont jamais existé. Leurs familles endeuillées ? Des «acteurs de crise». C’est Obama qui est derrière tout ça voyez-vous, et ses camarades du gouvernement mondial mettent en scène des attentats sous faux drapeau pour justifier l’interdiction du port des armes. Il en veut à vos flingues.

Et oui, ce processus a commencé autour de Charleston quelques jours seulement après la tuerie. Le site d’extrême droite Infowars, dirigé par Alex Jones, s’est immédiatement demandé s’il ne s’agissait pas d’un «false flag» : une «opération sous fausse bannière». D’autres, sortis de nulle part, ont soutenu que le manifeste écrit par le tireur était un faux, et que le «tireur» était en fait un Marine de 33 ans et qu’il avait joué, enfant, comme acteur dans le film Star Trek: The Next Generation et dans la série Docteur Doogie. (…)

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Voir aussi :
* Assassinat d’Hervé Gourdel : l’abjection du crime redoublée par sa négation
* Newtown : ces conspirationnistes qui s’en prennent aux familles de victimes

Source :
* Patrick Stokes, “ Why Conspiracy Theories Aren’t Harmless Fun ”, The Conversation, June 26, 2015. Traduction française : Conspiracy Watch. Patrick Stokes est maître de conférences en philosophie à l’Université Deakin (Australie). Son site internet : www.patrickstokes.com