Les « conspi-friendly »
« Je suis de plus en plus troublé par les inconsistances dans la version officielle du 11 septembre. Il ne s’agit pas uniquement des incohérences évidentes : où sont les débris des avions (moteurs, etc.) de l’attaque du Pentagone ? Pourquoi les officiels qui ont été impliqués dans le vol United 93 (qui s’est écrasé en Pennsylvanie) ont été muselés ? Pourquoi les débris du vol 93 se sont dispersés sur des kilomètres alors que l’avion est censé s’être écrasé en entier dans un champ ? (…) S’il est vrai, par exemple, que le kérosène brûle à 820 C° dans des conditions optimum, comment les poutres métalliques des tours jumelles – dont le point de fusion est à 1480 C° – pourraient céder au même moment ? (Elles se sont effondrées en 8,1 et 10 secondes) Qu’en est-il du troisième building – le building numéro 7 du World Trade Center, aussi nommé Salmon Brothers building (WTC7) – qui s’est effondré sur lui-même en 6,6 secondes à 17 heures 20 le 11 septembre ? Pourquoi s’est-il effondré de façon si nette alors qu’aucun avion ne l’avait heurté ? »

Ces lignes sont extraites d’un article largement diffusé sur internet et publié dans le très sérieux journal britannique The Independent le 25 août 2007. Son auteur est le célèbre journaliste Robert Fisk, correspondant à Beyrouth de The Independent et auteur de La Grande Guerre pour la civilisation (La Découverte, 2005). L’article est intitulé : « Moi aussi, je questionne la "vérité" du 11 septembre » (v.o. : “Robert Fisk: Even I question the ‘truth’ about 9/11”).

Bien sûr, Fisk se désolidarise, dans la première partie de son article, des théoriciens du complot, ces « exaltés » qui le prennent à partie dans les conférences dans lesquelles il intervient. Il valide pourtant l’essentiel du discours conspirationniste, reprenant à son compte les principales « interrogations » du 9/11 Truth Movement. Certes, Fisk n’est pas un spécialiste des crashs d’avion ou des effondrements de bâtiments. Mais sur tout autre sujet que le 11-Septembre, il ne se permettrait pas d’écrire sans se documenter, sans mener une enquête. Or le voilà qu’il perd tout sens critique.

En fait, un seul argument le retient, de son propre aveu, de sombrer définitivement dans le camp des partisans de la thèse du complot américain : « Mon dernier argument – décisif, à mon avis – est que l’administration Bush a raté tout ce qu’elle a tenté de faire au Moyen Orient. Par quel miracle aurait-elle pu commettre les crimes contre l’humanité qui ont eu lieu le 11 septembre aux USA ? » Autrement dit, si le gouvernement américain n’était pas aussi nul, il serait tout à fait vraisemblable qu’il ait commandité lui-même les attentats !

La plupart des conspirationnistes, d’ailleurs, ne s’y sont pas trompés. ReOpen911.info par exemple, a accueilli cet article comme une divine surprise et l’a reproduit triomphalement sur son site avec le commentaire suivant en guise de chapeau : « Le très réputé journaliste anglais, Robert Fisk, rejoint le "mouvement pour la vérité" ».

Début février 2009, Le Point.fr a révélé que le géopoliticien Aymeric Chauprade présentait « les théories du complot qui foisonnent autour de cet événement (le 11-Septembre – NDLR), comme "une hypothèse qui ne manque pas d’argument à défaut de forcément convaincre" ». Démis sur le champ de ses fonctions au Collège interarmées de défense par le Ministre de la Défense, Chauprade jure qu’il n’adhère pas à la théorie du complot. Pourtant, il admet l’avoir présentée sous un jour favorable : « Je présente la thèse [du complot américano-israélien], certes de manière avantageuse, mais sans la faire mienne. Je souhaitais mettre en opposition deux façons de voir le monde, sachant que la moitié de l’humanité pense que les attentats du 11 Septembre sont le fruit d’un tel complot ». Deux jours plus tard, le blog de Libération.fr, Secret Défense, interviewe Chauprade qui déclare : « Je ne suis pas convaincu par la version officielle. J’ai en effet présenté de manière crédible les thèses alternatives. Mais je donne la version officielle – que tout le monde d’ailleurs connaît – dans une chronologie. J’ai des doutes importants, mais cela ne veut pas dire que je crois que les responsables sont des éléments des services américains ou israéliens. Je ne tire pas de conclusions, je m’interroge ».

Chauprade s’« interroge ». Il se contente de poser des questions. Au sujet du World Trade Center, il avait pourtant écrit que « l’onde de choc n’a pas pu provoquer l’effondrement [et que] seule une démolition contrôlée par des explosifs permet d’obtenir un effondrement aussi rapide et parfait ».

N’allez donc surtout pas dire à Robert Fisk ou à Aymeric Chauprade qu’ils sont conspirationnistes. Ils n’« adhèrent » pas à la théorie du complot… Ils reprennent juste ses arguments !

Voir aussi :
* « Nous ne faisons que poser des questions », 15 septembre 2008.