L’actrice-star de « Roseanne », connue pour ses nombreux « dérapages » complotistes, a provoqué un véritable tollé cette semaine en publiant un tweet à caractère raciste contre Valerie Jarrett, une ancienne conseillère de Barack Obama.

Un sacré personnage, cette Roseanne Barr. Humoriste rendue célèbre par son « one-woman-show » dans le milieu des années 80, dans lequel elle entendait incarner « la ménagère américaine », elle est bientôt consacrée actrice principale et inspiratrice éponyme de sa propre sitcom, « Roseanne », diffusée avec succès sur ABC pendant près de 10 ans, de 1988 à 1997.

C’est ce même réseau ABC, filiale du groupe Disney, qui relance 21 ans plus tard la dixième saison de la série, qui fait à nouveau un vrai tabac : rien moins que la « série la plus regardée sur les grandes chaînes américaines pendant la saison 2017-18, avec 22 millions de téléspectateurs » rappelle Le Figaro.

Une onzième saison est alors programmée pour fin mai… avant d’être brutalement annulée en début de semaine à la suite d’un tweet « raciste » publié par l’actrice dans la nuit de lundi à mardi, dans lequel elle qualifie Valerie Jarrett, une ancienne conseillère d’origine afro-américaine de Barack Obama, d’enfant des Frères musulmans et de la Planète des singes (« Les Frères musulmans & la Planète des singes ont eu un bébé = vj »).

Roseanne Barr n’en est pas à son coup d’essai : en 2013 déjà, elle avait comparé Susan Rice, une autre conseillère du Président Obama, également afro-américaine, à un « singe ». Comment cette ancienne proche du mouvement Occupy Wall Street, passée de la gauche protestataire au soutien inconditionnel à Donald Trump, en est-elle arrivée là ?

De fait, Roseanne Barr est de longue date immergée dans la sous-culture conspirationniste américaine. Depuis presque dix ans, elle dénonce ainsi un programme secret de la CIA visant à contrôler l’esprit des gens. Elle est par exemple persuadée que le projet MK-Ultra, démantelé dans les années 70, est toujours actif et qu’il serait la cause… de ses revers de carrière professionnels et politiques. En octobre 2010, elle prend clairement parti en faveur de la théorie du complot sur les attentats du 11-Septembre. Peu après, elle apparaît dans l’émission web du conspirationniste Alex Jones pour dénoncer les « chemtrails », faisant sienne la croyance selon laquelle les compagnies aériennes pulvérisent secrètement des produits chimiques toxiques sur les populations pour les empoisonner. Relayant régulièrement au cours de ces années des idées conspirationnistes, via son compte Twitter ou lors de ses multiples interventions télévisées sur Russia Today (RT), Roseanne Barr tente aussi de s’impliquer en politique, cherchant l’investiture du Green Party à l’élection présidentielle américaine de 2012. En vain. Elle sera finalement désignée candidate du Peace and Freedom Party, une petite formation de gauche, se réclamant du féminisme, du socialisme, de l’écologie et du pacifisme, avec comme colistière une dénommée Cindy Sheehan, militante déclarée du 9/11 Truth Movement. Peu à peu, Barr a évolué vers un soutien enflammé à Donald Trump. Essentiellement par hantise de la candidate démocrate Hilary Clinton, comme elle s’en justifiera.

Pour une fois, il n’y a pas de hasard

C’est ainsi qu’il y a quelques jours à peine, Barr a cru bon d’affirmer avec un surprenant aplomb que Chelsea Clinton (la fille de l’ancien président Bill Clinton et d’Hillary Clinton) était mariée à un neveu de George Soros. Une fausse information aussitôt démentie par l’intéressée. La comédienne s’en était alors pris au milliardaire philanthrope, l’accusant entre autres d’avoir été « un nazi et d’avoir dénoncé des juifs », alors que Soros n’avait pas 15 ans à la fin de la Seconde Guerre mondiale et qu’il n’a survécu à la Shoah – étant lui-même issu d’une famille juive de Hongrie – qu’en recourant à une fausse identité.

Fin mars 2018, peu après la reprise de la nouvelle saison de sa série sur ABC, la sulfureuse comédienne avait prétendu que Donald Trump avait libéré des centaines d’enfants de la servitude sexuelle : « Il a brisé partout en haut lieu des réseaux de trafiquants » avait-elle écrit dans un tweet – avant de l’effacer. Antérieurement, Roseanne Barr avait déjà partagé plusieurs messages pour relayer la stupéfiante théorie du « Pizzagate » selon laquelle un restaurant de Washington, dans lequel Hillary Clinton avait organisé une soirée de levée de fonds, servirait de couverture à un vaste réseau pédophile organisé, « pour les élites »,  par un proche de la candidate démocrate (voire la candidate elle-même ?). Cette folle rumeur avait à l’époque débouché sur une fusillade déclenchée dans l’établissement par un « justicier » improvisé venu mener « sa propre enquête » sur les lieux.

Roseanne Barr a également accusé David Hogg, un des survivants de la tuerie de Parkland (devenu depuis un militant très actif contre la détention d’armes à feu), d’avoir exécuté publiquement un « salut nazi » sous prétexte d’une photo le faisant figurer avec un bras (en l’occurrence plutôt le poing – ndlr) levé.

En 2012 déjà, elle s’était semble-t-il laissée séduire par l’hallucinante théorie du complot « reptilien » (selon laquelle des extraterrestres humanoïdes contrôlent le monde en secret), accusant en particulier Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, d’en faire partie : « Pelosi est une reptile, regardez ses yeux »

La chute…

Largement désavouée par sa chaîne (qui a immédiatement déprogrammé sa prochaine « saison »), son agence et plusieurs membres de l’équipe de son émission à la suite de son dernier tweet, Roseanne ne semble plus guère devoir compter que sur son entourage complotiste, et notamment le conspirationniste Alex Jones qui l’a invitée à s’exprimer sur son site InfoWars afin de dénoncer la « police de la pensée ».

De guerre lasse, après plusieurs messages d’excuses restés infructueux, la comédienne tente une ultime défense : « Il était 2 heures du matin et je tweetais sous Ambien » (sic) – un somnifère commercialisé par Sanofi. Le laboratoire français qui, n’entendant visiblement pas assumer une quelconque responsabilité dans cette lamentable affaire, a répliqué laconiquement sur son compte Twitter américain en anglais :

« Des individus de toutes races, religions et nationalités travaillent à Sanofi tous les jours pour améliorer les vies des personnes dans le monde. Tandis que tous les traitements pharmaceutiques ont des effets secondaires, le racisme n’est un effet secondaire connu pour aucun de nos médicaments ».

 

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