Parmi les grands récits d’accusation où les Juifs sont criminalisés ou diabolisés, c’est-à-dire les principaux mythes antijuifs constituant la dimension idéologique de la judéophobie, il convient de faire une place particulière au thème de la conspiration en vue de dominer, de corrompre et d’exploiter les autres peuples. Depuis la fin du XIXe siècle, le thème du Juif conspirateur est devenu le plus mobilisateur des thèmes antijuifs en même temps que le plus « intégrateur » d’entre eux. L’imaginaire du complot juif international est aujourd’hui au cœur de la nouvelle judéophobie d’extension planétaire. La plupart des traditionnels motifs d’accusation des Juifs tournent désormais autour du mythe du complot juif mondial, rebaptisé « complot sioniste mondial ». Comme l’a fait remarquer l’historien Walter Laqueur, « l’idée d’une conspiration juive à l’échelle planétaire influa peut-être davantage encore que la doctrine raciale sur le développement de l’antisémitisme moderne ».

Dans la vision conspirationniste, le peuple juif est essentialisé en tant qu’incarnation d’une menace permanente et ainsi construit comme ennemi absolu de tous les peuples. Il devient le porteur par excellence de la « causalité diabolique ». Il s’agit donc d’une interprétation globale de l’histoire dans laquelle le Juif apparaît « comme une force satanique, comme la source de tous les maux dans le monde, des origines à nos jours ». Dans l’imaginaire conspirationniste moderne et contemporain, les Juifs sont accusés d’être à la tête d’un mégacomplot en vue de la domination du monde. (…)

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Source : Revue des Deux Mondes, juillet-août 2016.