Jean Lebrun reçoit l’historien Pierre Birnbaum dans « La Marche de l’Histoire ».

On peut s’en étonner mais les Français sont habitués depuis deux siècles à désigner la richesse par le nom de Rothschild. Et si l’étoile de la famille pâlit, ils s’attendent à ce qu’elle reparaisse. Dernier rebondissement en date : le gouvernement Mitterrand nationalise la banque en 1981, le baron Guy s’éloigne un moment. Mais à l’époque Hollande, les deux branches anglaise et française de nouveau rapprochées, l’établissement est non seulement reconstitué mais renforcé et présent dans 80 pays…

Les Rothschild, c’est d’abord un réseau fluide et des antennes frémissantes. Quand il entre chez eux, Emmanuel Macron dit : « Ils étaient les seuls à pouvoir comprendre mon parcours, peu intelligible pour les autres ».

Les Rothschild n’attendaient cependant pas que la suite de la carrière de leur bref associé-gérant soit politique. Il n’y eut jamais qu’un Rothschild à commettre la folie de se faire élire au Parlement : Maurice, après la Grande Guerre, mais c’était un électron libre. Georges Pompidou fut certes le numéro 2 du baron Guy mais une fois passé à Matignon en 1962, l’un et l’autre prirent grand soin d’éviter les soupçons de connivence. Il semble qu’en 1993, François Hollande, après une défaite en Corrèze, approcha Edmond qui lui fit dire : « Je vous accueille volontiers mais renoncez aux élections. J’ai déjà eu Henri Emmanuelli comme vice-directeur, je ne suis pas une école de formation permanente pour les politiques. »

Les Rothschild ne sont pas assez bêtes pour prétendre être autre chose que ce qu’ils sont. Leur nom charrie trop d’images pour ne pas être maîtrisé. Ils évitent ainsi d’ évoquer les attaques systématiques dont ils ont toujours été l’objet et ne rappellent pas non plus leur sort pendant l’occupation. Il n’empêche. La machine à fantasmes fonctionne toujours. Si, par exemple, Emmanuel Macron était passé par HSBC, un établissement dont on ne sache pas que son rôle ait été toujours très philanthropique, il n’est pas sûr qu’on l’appellerait encore « Monsieur le Banquier », avec une emphase lourde de sous-entendus.

Source : « La Marche de l’Histoire », France Inter, 10 mai 2017.

Voir aussi :

* Emmanuel Macron, la banque Rothschild et le peuple, par Claude Askolovitch (Slate.fr, 3 mai 2017)
* Le mythe des « 200 familles » ferait-il son come-back sur Marianne2.fr ? (CW, 6 mars 2010)