Pour Mugambi Jouet, avocat au barreau de New York et politologue, la mentalité complotiste facilite la désinformation comme stratégie politique en exploitant la méfiance envers l’éducation, la crédulité et l’anti-rationalisme d’une large frange de la population.

Comment expliquer que des millions d’Américains s’apprêtent à voter pour Donald Trump, un démagogue aucunement cultivé qui dit tout et son contraire ? Pourtant l’Amérique a parmi les meilleures universités au monde, une technologie de pointe et a produit des générations de penseurs, scientifiques, auteurs et artistes renommés. Une raison principale derrière ce paradoxe est mal comprise: le poids de l’anti-intellectualisme dans la société étasunienne.

En France l’anti-intellectualisme est souvent défini comme une hostilité envers un groupe taxé d’élitisme : «les intellectuels». Mais l’anti-intellectualisme aux Etats-Unis va bien plus loin car il reflète aussi une hostilité profonde envers la culture, la curiosité intellectuelle et les connaissances approfondies. Ainsi, la démagogie de Trump n’exploite pas simplement les sentiments racistes, sexistes, nationalistes et xénophobes. Il prétend que son «bon sens» (common sense) vaut bien mieux que les faits avancés par les experts, voire tout argument rationnel. Trump fut un des premiers promoteurs de la théorie du complot affirmant que Barack Obama n’est pas légalement un citoyen américain car son acte de naissance serait une contrefaçon. Il a de même fait campagne en tenant sans cesse des propos absurdes, tel qu’en suggérant que le taux de chômage durant la présidence d’Obama pourrait être de 42% alors qu’il est approximativement de 5% d’après le Département fédéral du travail. (…)

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