La 17ème chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris a débouté hier Mathieu Kassovitz de deux des trois poursuites judiciaires qu’il avait engagées il y a deux ans, suite au tollé que ses propos sur les attentats du 11 septembre 2001 avaient provoqué.

Patrice Bertin (France Info), qui avait qualifié l’acteur de « révisionniste et fier de l’être », et Renaud Revel (L’Express), qui avait estimé que les propos de Kassovitz relevaient de la « diatribe révisionniste » et avait jugé qu’il se comportait « en Faurisson du 11-Septembre », ont été relaxés. Le tribunal considère qu’ils n’ont pas « pas excédé les limites autorisées de la liberté d’expression (…) dans le cadre de l’exercice d’un libre droit de critique des idées et des opinions exprimées » par le réalisateur de “L’Ordre et la morale”. En revanche, le blogueur Lilian Massoulier, qui avait écrit sur LeJDD.fr que Joseph Goebbels (le ministre de la Propagande d’Adolf Hitler) était le « nouveau maître à penser » de Mathieu Kassovitz, a été condamné.

Conspiracy Watch s’est procuré la copie de la décision déboutant Mathieu Kassovitz des poursuites qu’il a intentées contre Renaud Revel. Résultat : un jugement cinglant pour l’acteur. Curieusement, les titres de plusieurs articles parus depuis hier aussi bien sur Rue89 (« Un blogueur condamné pour avoir associé Kassovitz à Goebbels »), que sur 20minutes.fr (« Mathieu Kassovitz obtient la condamnation d’un blogueur du JDD pour injure publique ») ou encore – moins étonnant – sur le site conspirationniste ReOpen911.info (« Un blogueur du JDD condamné pour injure publique envers Kassovitz ») peuvent donner l’impression que Kassovitz sort victorieux des poursuites qu’il a intentées. Or, nous venons de le voir, il ne s’agit que du tiers de la vérité.

Il suffit pour s’en convaincre de lire le jugement relaxant Renaud Revel, dont voici les extraits essentiels :

« (…) contrairement à ce que soutient la partie civile (Mathieu Kassovitz – NDLR), les propos poursuivis, qui ne sauraient aucunement – comme le soulignent les prévenus (Marc Feuillée, directeur de la publication du site internet blogs.lexpress.fr, et le journaliste Renaud Revel – NDLR) – être artificiellement extraits du contexte dont ils sont indissociables, ne prêtent nullement à Mathieu Kassovitz “une filiation spirituelle avec une pensée qui suscite une réprobation unanime”, à savoir la “thèse niant l’existence des chambres à gaz et du génocide des Juifs sous le troisième Reich”, pas plus que ces propos n’établissent un “lien entre le réalisateur et une appartenance idéologique réprouvée par la société” et ne lui prêtent “un état d’esprit et des affinités avec un courant de pensée” prôné par Robert Faurisson.

La lecture de la chronique de Renaud Revel en son entier n’impute en effet aucunement à Mathieu Kassovitz d’exprimer ou de partager, de quelque manière et sous quelque forme que ce soit, les thèses soutenues par Robert Faurisson sur le génocide des Juifs au cours de la seconde guerre mondiale, thèses dont il n’est nullement question dans l’article en cause.

(…) il ne saurait être soutenu, comme le fait Mathieu Kassovitz dans ses écritures, que “par des propos empreints de nuance et de mesure, (il) expose que la version officielle du 11 septembre donnée par les Américains est ‘questionnable’ “, alors qu’il résulte des passages de son intervention plus haut reproduits, qu’il a fait bien plus que se borner à questionner, “dans des propos empreints de nuance et de mesure”. En effet, la teneur des questions posées – “Comment on peu faire tomber trois tours avec deux avions ? “, “Le World Trade Center n°7 qui abritait toutes les archives de la CIA sur toutes les histoires de Bush père et de tout un passif qui n’existe plus”, “une attaque sur le Pentagone où un avion de ligne est censé avoir fait une manœuvre absolument incroyable pour rentrer dans le Pentagone qui est le bâtiment le plus surveillé et le plus protégé au monde”… -, l’évocation du “mensonge” du gouvernement américain pour justifier l’invasion de l’Irak, “la mise à mort de Saddam Hussein et la diabolisation de l’Islam”, le parallèle qui est fait avec le “système de communication extrêmement bien huilé” du régime nazi, et la citation de Goebbels : “plus le mensonge est gros plus il passe”, juste avant la phrase : “Donc on doit se poser la question de ce qui s’est passé le 11 septembre”, ne laissent aucun doute dans l’esprit du téléspectateur sur le fait que Mathieu Kassovitz dénonce le caractère grossièrement mensonger et manipulateur de la version officielle américaine des attentats du 11 septembre, voire la réalité même d’une partie, à tout le moins, de ces attentats – l’effondrement de la tour n° 7, l’attaque du Pentagone.

Il apparaît ainsi qu’en qualifiant le discours de Mathieu Kassovitz dans l’émission du 15 septembre 2009 de “diatribe révisionniste” et en le qualifiant lui-même de “Faurisson du 11 septembre”, dans une expression que certes Mathieu Kassovitz peut, compte tenu de son histoire personnelle, considérer comme blessante et déplacée, mais qui doit être prise au second degré en ce qu’elle ne fait aucunement référence aux thèses soutenues par Robert Faurisson et ne fait qu’exprimer, de manière particulièrement frappante, une violente critique des prises de position de la partie civile assimilées à un “délire”, auquel l’animateur Frédéric Taddéï n’a pas su ou voulu mettre un terme, le journaliste Renaud Revel n’a pas excédé les limites autorisées de la liberté d’expression consacrée par l’article 10 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dans le cadre de l’exercice d’un libre droit de critique des idées et des opinions exprimées par Mathieu Kassovitz.

Si le mode d’expression de cette critique est incontestablement particulièrement vif et polémique – au demeurant, tant à l’égard de Mathieu Kassovitz que de Frédéric Taddéï –, il convient, en l’espèce, de constater qu’elle constitue une immédiate réplique à une intervention elle-même polémique qui a suscité des réactions aussi vives que controversées, tant dans la presse que de la part de personnalités telles que le producteur Marin Karmitz, à propos duquel la partie civile a déclaré à l’audience : “le jour même, à la fin de l’émission, Marin Karmitz, un important producteur de cinéma, m’a dit que les idées que je défendais étaient proches du négationnisme”. »

[fin de citation]

En décembre 2003, le Tribunal de grande instance de Paris avait débouté d’un procès en diffamation Thierry Meyssan, auteur de L’Effroyable imposture, jugeant qu’il n’était pas diffamatoire de l’avoir qualifié de « révisionniste ».

Le 15 octobre 2009, Mathieu Kassovitz avait lui-même allègrement franchi la ligne jaune en affirmant sur RMC que « les deux tiers » des passagers de l’avion qui s’est écrasé sur le Pentagone le 11-Septembre « étaient des gens affiliés au gouvernement d’une certaine façon, soit au FBI, soit à Lockheed Martin, soit au monde de l’aviation », avant d’insinuer que le nombre des passagers du vol était anormalement bas (ce qui, selon lui, serait « extrêmement rare pour un avion qui fait ce genre de vols [car] normalement ils sont remplis »), suggérant par là-même que les passagers du vol 77 ont été complices des attentats, voire qu’il ne leur est pas arrivé ce que la « version officielle » prétend qu’il leur est arrivé.

Quelques mois plus tard, il avait laissé entendre sur France 3 que Thierry Meyssan aurait été contraint de quitter le territoire français au seul tort de s’être posé la question de la vérité de la « version officielle » sur le 11-Septembre… Et si le « maître à penser » de Kassovitz ne s’appelait pas Goebbels, mais tout simplement Meyssan ?

Voir aussi, sur Conspiracy Watch :
* Mathieu Kassovitz prête sa voix à l’argumentaire conspirationniste
* Non, Meyssan n’a pas été ”chassé de France” pour avoir parlé du 9/11
* Mathieu Kassovitz et les ”49 passagers” du Vol 77
* Kassovitz élude les sources très embarrassantes de Loose Change