Dans un entretien paru mercredi dernier dans le quotidien suisse Tages-AnzeigerJean Ziegler accuse les Etats-Unis et ses services secrets d’être à l’origine des troubles qui affectent actuellement le Venezuela.

Persuadé qu’Hugo Chavez a été assassiné (son interviewer lui faisant remarquer que Chavez est mort d’un cancer, Ziegler lui répond : « Oui, mais d’un cancer extrêmement rare, que l’on peut aujourd’hui injecter. Beaucoup des mes amis cubains et vénézuéliens pensent que Chavez a été tué »), le sociologue suisse explique que « les USA ont fomenté les troubles actuels et qu’ils essaient de mettre le gouvernement vénézuélien à genoux au moyen d’un sabotage économique ».

Selon lui, « la CIA finance les grèves et les troubles déclenchés par l’opposition, exactement comme elle le fit à l’époque avec Allende. Elle soutient financièrement l’opposition et commet des actes de sabotages, comme elle essaie continuellement depuis des décennies de le faire à Cuba. Le leader de l’opposition vénézuélien Henrique Capriles est un agent de la CIA ».

Interrogé sur les sources de cette affirmation, Ziegler répond qu’il tient l’information de « l’intellectuel français Ignacio Ramonet dans Le Monde diplomatique, de diplomates vénézuéliens et de collaborateurs de l’ONU, ainsi que beaucoup de mes amis cubains »« Pensez-vous que ces sources soient fiables à propos du Vénézuela ? » le relance le journaliste. « Bien sûr, répond Ziegler, après tout, tous sont des camarades ».

Ancien rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l’alimentation et figure internationalement connue de la gauche tiers-mondiste, Jean Ziegler est, à 83 ans, une personnalité hautement controversée. Dans les années 1980, il avait co-écrit un ouvrage commandité par le ministère soviétique des affaires étrangères suscitant l’indignation de la presse helvétique pour la complaisance qu’il témoignait à l’égard de la politique de Moscou. Ses liens avec la dictature cubaine ou le régime du colonel Kadhafi lui ont par ailleurs plusieurs fois été reprochés et ses compétences en matière de lutte contre la faim mises en doute.

En 1996, dans le contexte des poursuites engagées contre Roger Garaudy pour ses écrits négationnistes, l’universitaire suisse avait exprimé dans une lettre de soutien rédigée sur un papier à en-tête de l’université de Genève, sa « solidarité et [son] admirative amitié » à l’intellectuel français. « Je suis scandalisé par le procès que l’on vous fait, écrivait Ziegler. Toute votre œuvre d’écrivain et de philosophe témoigne de la rigueur de vos analyses et de l’indéfectible honnêteté de vos intentions. Elle a fait de vous un des principaux penseurs de notre époque ». Trois semaines plus tard, Ziegler se rétractait, arguant qu’il n’avait pas pris le temps de lire le livre de Garaudy et condamnait les thèses « visant à nier ou à relativiser le génocide du peuple juif par les nazis ».

Le tropisme conspirationniste de son livre Les Nouveau maîtres du monde (2002) a été souligné par le spécialiste du phénomène conspirationniste Pierre-André Taguieff. On sait moins que Jean Ziegler a préfacé, avec le théoricien du complot Thierry Meyssan, une biographie douteuse de George W. Bush publiée en 2004 chez Timéli, une maison d’édition suisse fondée par Sandro Cruz, qui n’est autre que le vice-président du Réseau Voltaire de… Thierry Meyssan.