Je doute, donc je suis… moderne
Shutter Island, le film de Martin Scorsese et surtout le magistral roman noir de Dennis Lehane, nous entraîne dans les méandres extrêmes des incertitudes humaines, aux confins de la paranoïa, là où les théories du complot prospèrent. 11 Septembre 2001, grippe A… les conspirationnismes les plus extravagants font florès sur Internet.

Le doute participe bien de la constitution de la figure de l’individu occidental moderne. En témoigne un des premiers «préceptes» énoncé par Descartes : «Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie (…) que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute.» Or ce doute est susceptible de révéler des pouvoirs envahissants, voire autodévorants. Où poser la limite suggérée par Descartes mettant en garde contre les sceptiques, «qui ne doutent que pour douter» ? Où se déploie la légitime mise en doute des préjugés dominants et où commence le délire paranoïaque ? Les cheminements narratifs ciselés par Lehane épousent tout d’abord ces interrogations : «Si on vous juge dément, alors tous les actes qui devraient prouver le contraire sont interprétés comme ceux d’un dément. Vos saines protestations constituent un déni. Vos craintes légitimes deviennent de la paranoïa. Votre instinct de survie est qualifié de mécanisme de défense.»

Pendant la plus grande partie du récit, le héros semble avoir raison contre les accusations de paranoïa portée contre lui. Mais, dans les plis du roman et dans les plans du film, perce timidement une autre (petite) voix, qui prendra le dessus dans le dénouement : et si cet homme était vraiment fou ?

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