Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme.

PIERRE HASSNER. Le géopolitologue Pierre Hassner (né le 31 janvier 1933) est décédé le 26 mai 2018. Disciple de Raymond Aron et ami de François Furet, il avait notamment été l’un des animateurs du Comité Kosovo. Au printemps 2000, un an après l’intervention de l’OTAN contre la Serbie de Slobodan Milosevic, Hassner avait donné une interview à l’hebdomadaire Les Inrockuptibles dans laquelle il récusait une vision complotiste présentant l’OTAN et les États-Unis comme désireux de mener cette guerre (sources : Conspiracy Watch, 2 juin 2018 ; voir aussi pages disparitions Le Monde, 28 mai 2018).

ROYAUME-UNI. Alison Chabloz, 54 ans, a été reconnue coupable par la justice britannique d’avoir posté sur YouTube trois chansons qu’elle avait interprétées à un rassemblement d’extrême droite, à Londres, et qui niaient la réalité de la Shoah. Un juge de la Cour des magistrats de Westminster a dénoncé les insultes antijuives qui parlaient de la Shoah comme d’un « amas de mensonges », d’Auschwitz comme d’un « parc d’attractions pour imbéciles » et les chambres à gaz comme d’un « canular avéré ». La coupable, adepte de la quenelle, écopera de sa peine sous quelques semaines (source : The Independent, 25 mai 2018, Times of Israel, 27 mai 2018).

VACCINS. En novembre dernier, le professeur Montagnier, codécouvreur du SIDA et prix Nobel de médecine, s’était affiché aux côtés du cancérologue Henri Joyeux, auteur de pétitions hostiles à la vaccination. Cet affichage lui a valu la critique cinglante d’une partie de ses confrères. Dans les années 2000, Luc Montagnier avait déjà défendu la théorie de la mémoire de l’eau de Jacques Benveniste, encensée par les milieux complotistes et ésotériques, et balayée par la communauté scientifique (source : Le Point, 28 mai 2018).

RUSSIE. Une enquête du journal russe Vedomosti et de l’institut de veille médiatique Medialogia, portant sur la place des théories du complot dans les médias russes, a révélé une forte croissance de leurs usages entre 2011 et 2017. L’étude prend en compte les données de 43.000 médias et permet de mettre en exergue les théories les plus récurrentes. Elle révèle en outre l’implication des médias pro-gouvernementaux dans le processus de désinformation qui caractérise la période actuelle (source : Conspiracy Watch, 30 mai 2018).

HOMOPHOBIE. Il existe des connexions entre l’homophobie et le complotisme. Pour certains, l’homosexualité est l’instrument d’un projet visant à subvertir les valeurs traditionnelle et à détruire, à travers elles, les bases de la civilisation. Une nouvelle vidéo de Conspiracy Watch, avec le soutien de la DILCRAH, fait le point sur la question.

ÉTATS-UNIS. Alors que le président des États-Unis s’efforce de discréditer l’enquête sur les liens entre son clan et la Russie, un élu républicain, Trey Godwy, a sérieusement mis à mal la théorie d’un complot ourdi contre Donald Trump. Sur Fox News, le 29 mai 2018, Godwy a invalidé la thèse du « spygate »,  c’est-à-dire l’idée selon laquelle la campagne de Trump, en 2016, aurait été infiltrée par un espion mis en place par le FBI (source : 20 minutes, 30 mai 2018).

SHARP POWER. Le professeur américain Joseph Nye avait forgé en 1990 le concept de soft power pour désigner la manière douce, à l’instar de la séduction culturelle, par laquelle les États-Unis entendaient dorénavant l’emporter sur leurs adversaires. Après la Guerre froide, cette stratégie venait se substituer à celle frontale et militaire du hard power. Deux chercheurs de la fondation National Endowment for Democracy, Christopher Walker et Jessica Ludwig, ont forgé un nouveau concept pour caractériser la stratégie d’influence actuelle des Russes et des Chinois, le sharp power, une propagande reposant sur la subversion, l’intimidation et la pression, « destinée à miner de l’intérieur des démocraties occidentales jugées décadentes et donc vulnérables » (source : France culture, 1er juin 2018).

ROSEANNE. 11-Septembre, « chemtrails », « contrôle mental », « Pizzagate », Soros… Depuis quelques années, l’actrice Roseanne Barr s’ingénie à relayer plusieurs des principales théories du complot en circulation aux États-Unis. L’un de ses tweets, posté le 29 mai 2018, décrivant une ancienne conseillère afro-américaine de Barack Obama comme issue de l’union des « Frères des musulmans et de la Planète des singes » (sic), a amené le réseau ABC à annuler la diffusion de la série « Roseanne » qui avait repris au mois de mars 2018 après 21 ans d’interruption. Zoom sur le parcours d’une star de sitcom immergée dans la sous-culture conspirationniste américaine (source : Conspiracy Watch, 1er juin 2018).

« POSER DES QUESTIONS ». Le sauvetage par le jeune malien Mamoudou Gassama d’un enfant de quatre ans et demi, suspendu dans le vide au balcon d’un immeuble parisien, a suscité des lectures complotistes et des debunkages en série. Tout en se défendant de verser dans le complotisme, le journaliste André Bercoff a plaidé sur la chaîne CNews en faveur du droit des journalistes à « poser des questions ». Sans preuve aucune mais avec force véhémence, Bercoff a, quoiqu’il en dise, offert l’illustration édifiante, l’espace d’une interview, d’une plongée en eaux troubles conspirationnistes (source : Conspiracy Watch, 1er juin 2018).

GUIGNOLS. Canal + a annoncé cette semaine la fin des « Guignols de l’info », émission culte de la chaîne. L’occasion de relire le texte consacré à ce programme par Antoine Vitkine dans son livre, Les Nouveaux imposteurs (La Martinière, 2005).