DSK : et maintenant ?
Dans un entretien à Valeurs Actuelles, l’essayiste Pierre-André Taguieff évoque les ambivalences du conspirationnisme autour de l’affaire Strauss-Kahn.

Selon lui, la théorie du complot a connu plusieurs phases. La première, qui commence avec l’arrestation du directeur du FMI, est « avant tout une réaction d’autodéfense chez ceux qui avaient jusque là une sympathie pour Strauss-Kahn, du type “je ne peux pas croire que” ou “je ne veux pas croire que” ».

« Dans la seconde phase de l’affaire, qui commence le 1er juillet, quand on découvre la personnalité réelle de la “victime” supposée, (…) la thèse du “piège”, en tant qu’instrument d’un complot hypothétique, gagne en vraisemblance » poursuit le politologue. « Alors que le déni relevait du domaine de l’affectif, la contre-attaque relève d’une sorte de paranoïa. Le député socialiste François Loncle a ainsi fait allusion à de mystérieuses "connexions" entre le groupe Accor, propriétaire du Sofitel de New York, et certaines "officines françaises" liées à la droite au pouvoir ».

Troisième phase

Désormais, explique Pierre-André Taguieff, « on peut prévoir une troisième phase de l’affaire : si DSK en sort blanchi, s’il redevient l’homme puissant qu’il était, certains conspirationnistes en déduiront qu’il est bien, comme ils l’avaient pressenti depuis longtemps, l’un des “maîtres du monde”, qu’il est intouchable en tant qu’agent d’un mégacomplot “mondialiste”. Dominique Strauss-Kahn est un homme extraordinairement envié, jalousé et craint, dont la réussite sociale provoque autant le ressentiment que l’admiration. Aux yeux des Américains, c’est un Européen et un Français, avec ce que cela implique d’amoralité et d’hostilité envers le Nouveau Monde. Aux yeux de nombreux Français et Européens, c’est l’homme du Fond monétaire international, de Wall Street, du “nouvel ordre mondial”. Sans parler de ses origines juives ou de ses opinions pro-israéliennes, qui renvoient à des mythes conspirationnistes plus anciens. »

Voir aussi :
* Quelques commentaires sur l’affaire DSK
* Sur DSK, haines et délires à foison