La Journée mondiale de Jérusalem (ou « Journée d’Al Qods ») qui, selon la tradition initiée par l’Ayatollah Khomeyni en Iran, se déroule tous les ans le dernier vendredi du mois de ramadan, devait cette année avoir une édition parisienne et donner lieu à une manifestation sur la place du Trocadéro le samedi 27 septembre 2008. Mot d’ordre : « Front uni contre le Sionisme ».

A l’origine de cette manifestation, un obscur « Centre Zahra », émanation de la Fédération chiite de France, soutien indéfectible du régime des mollahs. Le Centre Zahra bénéficie-t-il des subsides de la République islamique d’Iran ? C’est ce qu’on peut conjecturer si l’on en juge aux fonds qui ont dû être investis dans son site internet. Quoi qu’il en soit, se joignaient à cette initiative les propagandistes antisémites Ginette Skandrani, Maria Poumier, Kémi Séba, Dieudonné, et un groupuscule belge proche de la secte des Neturei Karta appelé Yechouroun-Judaïsme contre Sionisme.

La manifestation a finalement été interdite par la Préfecture de Police de Paris pour risque de troubles à l’ordre public. Sans surprise, les organisateurs ont dénoncé des « pressions sionistes ».

Arrêtons nous un instant sur le « sionisme » dénoncé par Dieudonné et ses amis. Que signifie précisément ce mot dans la langue de ceux qui font profession d’« antisionisme » ? Pour ces derniers, le « Sionisme » (qu’ils écrivent souvent avec une majuscule) est, littéralement, le responsable unique de tous les maux de la planète. Les « antisionistes » version Dieudonné manifestent ainsi « pour tous les déshérités », contre « le mal du sionisme (…) visible en Palestine, au Moyen Orient, en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie » (sic). L’affiche éditée par le Centre Zahra indique même : « Il est aussi chez nous ! NOUS SOMMES TOUS CONCERNES ».

Ainsi fétichisé, le « Sionisme » des « antisionistes » n’a plus grand-chose à voir avec le sionisme historique qui, justement, a offert un refuge à des millions de « déshérités ». Ce « Sionisme » fantasmé, sorte d’hydre à mille têtes incarnant le mal absolu, ne répond pas davantage à la définition qu’en donne le Petit Robert : « mouvement politique et religieux, visant à l’établissement puis à la consolidation d’un Etat juif (la nouvelle Sion) en Palestine ».

Pour comprendre comment fonctionne le mythe, il faut faire un retour en arrière (voir sur ce site : Du « complot juif » au « complot sioniste » (1917-1939). Dès 1924, soit vingt quatre ans avant la proclamation de l’Etat d’Israël, le maurassien Roger Lambelin écrivait, dans Le Péril juif :

« En fait, on peut dire que le sionisme, organisé par Th. Herzl, et bien avant le mandat conféré à l’Angleterre de donner à Jérusalem un « home » aux Hébreux, a doté la race [juive – NDLR] d’un véritable gouvernement, c’est à dire d’un organe de direction et de centralisation. Lors de l’affaire Dreyfus, n’y avait-il pas un chef d’orchestre invisible qui réglait les démarches (…) ? ».

Trente ans plus tard, en 1954, paraît le livre du colonel anglais J. Creagh Scott, Hidden Government (tr. fr. : Le Gouvernement caché). Il y définit le sionisme comme la « branche militante de la Juiverie mondiale, et (…) donc son instrument pour la domination mondiale ».

« Peu importe la réalité politique et historique du nationalisme juif, écrit l’historien Georges Bensoussan : la raison marque là ses limites face à un système de pensée tautologique, clos sur lui même, où la réponse précède la question et où l’essence explique l’existence. Guerroyer contre ce faux que sont les Protocoles [Les Protocoles des Sages de Sion – NDLR] ou s’insurger contre cette démonisation du sionisme sont de peu d’effet : une pensée délirante retourne toute critique en bien fondé de ses assertions. Ainsi, soutenir que les Protocoles sont un faux est un effort vain, tant sa mise à plat et la démonstration parallèle de l’irréalité des « complots » sont transformées en preuves de leur bien fondé… Cet antisionisme arc bouté sur les Protocoles, renoue avec l’essentialisme raciste : si la nature éternelle du Juif c’est le mal, le sionisme n’en est que le dernier et le plus visible avatar… »

On le voit, cette dénonciation du « Sionisme », de la part d’antisémites patentés, a tout à voir avec le vieil antisémitisme et bien peu avec la défense des opprimés. Un antisionisme qui n’a strictement aucun rapport avec la critique, que tous s’accordent à reconnaître comme légitime – en Israël même – des choix politiques des gouvernements israéliens. Peut-être ne faut-il pas chercher beaucoup plus loin la raison pour laquelle les autorités de police ont refusé d’autoriser l’édition parisienne de la Journée d’Al Qods.

Dieudonné et ses amis interdits de manifestation
Pour protester contre l’interdiction préfectorale, le Théâtre de la Main d’Or, dont Dieudonné est le propriétaire, a accueilli une conférence de presse lors de laquelle Yahia Gouasmi, président du Centre Zahra, a déclaré : « Je vous le dis à tous, sereinement : Paris est occupée par le sionisme, il est temps qu’on la libère ». Prophétique, Dieudonné a rajouté : « L’effondrement de cet empire israélo-américain, qui est basé sur le mensonge et l’im
posture, est proche »
. Sur le site du Centre palestinien d’information, repris par palestine-solidarité.org, on peut lire : « Le lobby sioniste réussit donc à s’imposer en France, montrant à tous son visage hideux, son objectif étant la colonisation et la domination. (…) Cette prise de conscience donne un nouveau souffle à ce mouvement révolutionnaire (…) avec pour objectif d’éradiquer ce cancer qu’est le sionisme, comme le nommait l’instigateur de cette journée international d’Al-Quds (l’Ayatollah Khomeyni – NDLR) ».

Bonus :
Ci-dessous, Dieudonné interviewé par le Centre Zahra le 17 juillet 2008…

Dernière mise à jour : 27/03/2010.