Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme.

NÉGATIONNISME. Le collectif Vigilance arménienne contre le négationnisme (VAN) a signalé sur Twitter la programmation de deux conférences portant sur le génocide des Arméniens. La première, organisée à Bagnolet le 31 mars dernier, mettait à l’honneur l’auteur d’un opuscule intitulé Divergences turco-arméniennes! (éd. du Panthéon, 2017), Yves Bénard. Ce-dernier dénonce, selon Slate.fr, « non pas le génocide commis par les Turcs sur les Arméniens en 1915 – que les autorités turques refusent toujours de reconnaître –, mais tout au contraire le “plan d’extermination” qu’auraient orchestré les “miliciens arméniens” ». La seconde conférence est annoncée pour le 14 avril 2018, à Dreux. Yves Bénard devrait cette fois-ci partager la tribune avec Abdelaziz Chaambi, président de la Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI), un militant communautaire qui s’était illustré en novembre dernier en attribuant l’attaque contre la mosquée de Bir Al-Abeb (Egypte) à un complot des « sionistes » et du maréchal Abdel Fatah al-Sissi. Alerté, le maire de Dreux a refusé d’accueillir cette conférence dans une salle municipale. Sur l’affiche annonçant l’événement (ci-contre), on peut lire : « Ermeni soykırımı yoktur » (en turc : « Il n’y a pas eu de génocide arménien »).

SIDA. Une fillette séropositive âgée de quatre mois est morte en Russie. Sa mère refusait tout traitement au prétexte que le VIH, selon elle, était un « mythe ». Une enquête a été ouverte et la mère encourt jusqu’à deux ans de prison. Cette attitude n’est pas isolée. Une partie des séropositifs, en Russie, refuse de suivre un traitement rétroviral pour les mêmes raisons. Les autorités s’inquiètent « de cette tendance, encouragée notamment par des groupes très populaires sur les réseaux sociaux niant l’existence du sida » (source : Le Parisien, 2 avril 2018).

ROYAUME-UNI. Une enquête du Sunday Times publiée le 1er avril 2018 a révélé l’emprise de l’antisémitisme, voire du révisionnisme, dans les rangs du Labour, le principal parti de gauche britannique. Des collaborateurs même de Jeremy Corbyn, chef du parti, ont participé à cette campagne qui a notamment emprunté la voie de milliers de messages postés sur Facebook. L’enquête du Sunday Times pointe la banalisation, au Labour, d’une culture indissociablement antisémite et antisioniste (source : Le Point, 2 avril 2018). Conspiracy Watch propose la traduction en français d’un article du New Statesman dans lequel les auteurs d’un ouvrage à paraître (Matt Bolton & Frederick Harry Pitts, Corbynism: A Critique of the New British Left) analysent cette question de l’antisémitisme au Labour et les éléments qui en ont facilité l’ancrage. Ainsi la perception du capitalisme comme une conspiration pèse-t-elle lourdement dans la diffusion des tropes antisémites au sein du parti. Lire l’article sur Conspiracy Watch.

MARTIN LUTHER KING. Il y a cinquante ans mourrait Martin Luther King (1929-1968), assassiné par James Earl Ray (1928-1998), jeune désaxé ségrégationniste. Les circonstances de ce meurtre suscitèrent d’emblée une floraison de théories du complot. Celles-ci n’ont cessé de s’épanouir jusqu’à l’époque actuelle, mettant tour à tour en scène la Maison Blanche, le FBI, la CIA, la Mafia ou encore des groupes d’extrême droite. Elles ont donné lieu au paradoxe d’une communauté noire américaine, sensible au principe d’une « vérité alternative », et accréditant de fait les mensonges répétés du suprémaciste qu’était l’assassin de King. Retour sur cinquante ans de théories du complot avec un article de Nicolas Bernard pour Conspiracy Watch.

FAKE NEWS. « Les situations de crise sont un terrain favorable pour les auteurs de “fake news” ou fausses nouvelles », rappelle un article paru dans le journal Challenges. La stupeur et la sidération liées au choc de l’événement s’accordent avec le manque d’information et l’action d’entrepreneurs de théories conspirationnistes pour favoriser la diffusion de ces dernières, de rumeurs et de fausses nouvelles. L’article fait le point sur ces différents facteurs (source : Challenges, 5 avril 2018).

AL-JAZEERA. AJ+, le média en ligne dépendant de la chaîne qatarie Al-Jazeera, a récemment désigné Conspiracy Watch comme un « site controversé ». Cette mise en cause ne manquait pas de piquant puisqu’elle s’appuyait sur une statistique inventée (« 80% des Français sont complotistes »), prétendument extraite de l’enquête d’opinion commandée par Conspiracy Watch et la Fondation Jean-Jaurès à l’IFOP (janvier 2018). L’occasion pour l’Observatoire du conspirationnisme de rappeler sur Twitter la diffusion bien réelle et répétée par Al-Jazeera d’élucubrations complotistes.

BANDE DESSINÉE. À l’occasion de l’édition 2018 de la Semaine de la presse et des médias dans l’École, Topo, revue d’actualité en dessins pour les moins de vingt ans, a publié un reportage pour « développer l’esprit critique face aux informations et décrypter les théories du complot ». Les 26 pages de cette enquête intitulée « Les paranos du complot » sont accessibles en ligne.

VENEZUELA. Le jeudi 5 avril 2018, le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a accusé Emmanuel Macron d’être un « pantin de la politique de Trump » et un « tueur à gages de l’oligarchie chargé de détruire les droits sociaux du peuple français ». Maduro s’est exprimé ainsi après que le président de la République française a estimé que le Venezuela ne permettra pas, le 20 mai prochain, la tenue d’ « un scrutin libre et juste », et que la France était prête, aux côtés de ses partenaires européens, à accroître sa pression sur ce pays (source : Europe 1, 5 avril 2018).

RADIO. « Les théories du complot reviennent en force en politique » s’inquiète le Médiateur des antennes de Radio France. Le point avec Rudy Reichstadt, directeur de la rédaction de Conspiracy Watch (source : Radio France, 7 avril 2018).