Il y a sept ans, deux chaînes satellitaires ont diffusé une version sous-titrée en farsi de Shoah en Iran. A cette occasion, Claude Lanzmann (1925-2018) avait accordé un court entretien au Point. Alors que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad avait fait de la négation du génocide des Juifs par les nazis l’un des axes de sa politique étrangère, Lanzmann expliquait pourquoi son film, sorti en 1985, permettait de contrer ce négationnisme :

« Shoah est un film sans cadavre. Pourquoi il n’y en a pas ? Parce qu’il n’y a pas de trace. L’extermination des juifs voulue par les nazis était le crime parfait. Les fourgons arrivaient, les gens étaient gazés, asphyxiés dans les deux ou trois heures qui suivaient leur arrivée et les corps étaient brûlés. Les gros os qui n’avaient pas été brûlés étaient réduits en cendres à coups de maillet et de marteau et cette poussière d’os était jetée dans les rivières et dans les lacs. Les nazis non seulement détruisaient les Juifs, mais détruisaient la destruction elle-même. Pas de trace. Et dire aujourd’hui “cela n’a pas existé”, c’est souscrire pleinement au désir hitlérien. Shoah est la construction d’une mémoire, ce n’est pas une preuve que cela a existé, car pour Ahmadinejad et les autres, la preuve ce seraient des cadavres. Mais la preuve, c’est justement qu’il n’y en a pas ! C’est ça la Shoah, c’est la disparition totale ».