Journaliste à Tablet Magazine, Yair Rosenberg considère que les théories du complot sur les Rothschild ne sont que le symptôme d’un mal plus profond : une contamination de l’ensemble du spectre politique par une culture conspirationniste qui n’a pas toujours conscience de véhiculer des préjugés antisémites.

Le 16 mars dernier, Trayon White, 33 ans, conseiller du District de Columbia (Washington DC), a accusé dans une vidéo les Rothschild de… contrôler le climat :

« Mec, il vient juste de commencer à neiger ce matin. Faut vraiment être attentif au contrôle du climat, à cette manipulation du climat. Washington arrête pas de dire: “Nous sommes une ville résistante”. C’est un modèle fondé par les Rothschild, qui contrôlent le climat pour créer des catastrophes naturelles qu’ils peuvent financer afin d’acquérir des villes. Fais attention. »

Ce genre d’accusations circule depuis plusieurs années sur internet. Les familles Rothschild et Rockefeller sont en particulier dénoncées comme cherchant à mettre en oeuvre un plan « diabolique » de manipulation du climat visant, à terme, à réduire la population nord-américaine.

Quelques heures après la révélation de ses propos par le Washington Post, Trayon White s’est excusé, expliquant qu’il combattait activement et tous les jours le racisme et les préjugés de toutes sortes : « La communauté juive a été mon alliée dans mon combat pour aider les gens. Mon intention n’était pas d’être antisémite, et je comprends que je n’aurais pas dû dire ça après en avoir parlé avec mes collègues ».

Ce n’était pas la première fois que White visait les Rothschild qu’il avait auparavant accusé de contrôler le gouvernement fédéral.

Dans une tribune publiée dans le Washington Post, Yair Rosenberg note que Trayon White s’est d’abord étonné de ce que ses propos aient pu être interprétés comme antisémites. « Et lorsqu’il s’est finalement excusé, poursuit le journaliste, White a tout de même affirmé qu’il n’avait aucune idée qu’il postait du contenu à caractère antisémite. Ce qui est troublant, c’est que cela est tout à fait possible ».

« Bulle cognitive »

Selon Rosenberg en effet, le vrai scandale n’est pas nécessairement qu’un jeune élu démocrate puisse croire qu’une célèbre famille juive contrôle la météo, mais qu’« il existe une bulle cognitive à l’intérieur de laquelle, apparemment, ce genre de croyance est à la fois courante et considérée comme n’étant ni aberrante ni répréhensible ».

« Un troll anonyme, quelle que soit son appartenance politique, qui diffuse des théories du complot antisémites sur les réseaux sociaux, c’est le signe d’une âme brisée. […] Mais des personnalités publiques qui se sentent libres de partager, en toute désinvolture, de tels contenus sur leur fil d’actualité, c’est le signe d’une culture brisée. Cela signifie qu’ils ne s’attendent à subir aucun opprobre de la part de leur famille idéologique […]. Ces gens peuvent protester avec passion qu’ils sont contre l’antisémitisme alors même que, de toute évidence, ils échouent à le reconnaître quand il devrait leur sauter aux yeux », poursuit Yair Rosenberg.

Rappelant que les contenus complotistes cumulent des millions de vues sur des plateformes comme YouTube et que « du théoricien du complot d’extrême droite Alex Jones au fondateur de la Nation of Islam, Louis Farrakhan, tous ont fulminé contre les Rothschild », le journaliste estime que « même si l’existence de ces bulles de désinformation […] sont de plus en plus visibles, nombreux sont ceux qui continuent de nier les inévitables accès d’antisémitisme ainsi provoqués, les qualifiant d’incidents isolés ». Et cela se vérifierait aussi bien à droite qu’à gauche : « La réalité est que la culture conspirationniste antisémite et ses postulats sur les juifs contaminent l’ensemble du spectre politique » conclue-t-il.

 

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