Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme.

TRÈBES. La prise d’otages de Trèbes du 23 mars 2018, qui a été revendiquée par l’Etat islamique (EI) et qui a fait quatre victimes, a rapidement inspiré la complosphère. Alain Benajam, président du Réseau Volontaire France et proche de Thierry Meyssan a invoqué l’explication complotiste quelques heures seulement après les attentats (cf. ci-contre). Cet habitué des sorties conspirationnistes, par ailleurs adhérent de Debout la France (DLF), le parti de Nicolas Dupont-Aignan, a évoqué un scénario récurrent où la « marionnette terroriste est toujours abattue à la fin mettant ainsi un terme à toutes enquêtes. » D’autres sites complotistes ont brillé par leur contribution à cette occasion : Panamza a mis en doute le caractère héroïque du colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame avant de suggérer l’existence d’un obscur complot politico-maçonnique impliquant l’ancien Premier ministre Manuel Valls. On retrouve la même suspicion à l’égard de la franc-maçonnerie (Arnaud Beltrame faisait partie de la Grande Loge de France) sur les sites Wikistrike ou Égalité & Réconciliation.

OBSCURANTISME. De passage à Paris, la physicienne tunisienne Faouzia Charfi a été interrogée par le journal Sciences et Avenir. Elle a témoigné de l’emprise de l’islam politique chez les étudiants qui mettent en cause certains contenus scientifiques. Ainsi la théorie de la relativité, celle de l’évolution ou encore la rotondité de la Terre suscitent-elles des résistances ou inspirent-elles des thèses universitaires. À Sfax, une étudiante a pu ainsi s’engager pendant quatre ans dans un doctorat qui soutenait que la Terre était plate et fixe, avant que son travail ne soit invalidé à la suite d’une mobilisation de scientifiques (source : Sciences et Avenir, 22 mars 2018).

SAVOIRS. À l’opposé des chercheurs inquiets de la remise en cause de leur expertise, le philosophe Mathias Girel entrevoit avec optimisme l’émiettement du savoir, contestant l’idée d’une frontière entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Soulignant la confiance qui demeure dans la science et le savoir scientifiquement établi, le philosophe pointe « une méfiance vis-à-vis des instances réglementaires, des agences, des institutions en général », problème pour lui « plus politique qu’épistémologique » (source : Libération, 23 mars 2018). Mathias Girel est l’auteur de Sciences et territoire de l’ignorance (Versailles, éditions Quae, 2017).

MIREILLE KNOLL. L’assassinat à son domicile parisien de cette rescapée de la Shoah âgée de 85 ans le 23 mars 2018 a donné lieu à un certain nombre de commentaires de la part de la complosphère. Conspiracy Watch s’est intéressé à ce qu’en disaient les internautes habitués du site soralien Égalité & Réconciliation, qui s’affirme, de très loin, comme le vaisseau amiral de la complosphère antisémite francophone :

DJIHADISME. L’auteur des attentats de Trèbes et de Carcassonne « likait » des pages Facebook complotistes. Fichée pour radicalisation, sa compagne a été déférée au Parquet. Elle a dit regretter qu’il n’y ait pas eu plus de morts dans les attentats. Niant avoir été informée et associée au projet de son compagnon, elle avait posté sur Facebook, le vendredi matin, une sourate du Coran promettant l’enfer aux « mécréants » (source : L’Express, 27 mars 2018). Voir la mise au point de Pierre-André Taguieff sur l’inspiration complotiste des textes jihadistes (extrait du documentaire Complotisme, les alibis de la terreur) :

JUDÉOPHOBIE. Dans une tribune parue dans le journal Le Monde le 29 mars 2017, Pierre-André Taguieff a souligné les caractéristiques de l’antisémitisme actuellement dominant, qui emprunte les traits d’une « judéophobie islamisée ». Le chercheur a rappelé l’importance prise par les thèmes conspirationnistes dans la nouvelle vulgate antijuive : « On y rencontre des préjugés et des stéréotypes négatifs ‘classiques’ – autour du pouvoir, de la richesse et de la manipulation –, qui prennent un sens nouveau par leur intégration dans la vision du monde islamo-révolutionnaire en voie de formation » (source : Le Monde, 29 mars 2018).

DISPARITION. Né le 12 octobre 1939, le philosophe Clément Rosset est décédé le 27 mars 2018 à Paris. Il laisse une œuvre foisonnante au sein de laquelle l’ouvrage Le réel et son double (Gallimard, 1976), où il pointait la fragilité de la faculté humaine « d’admettre la réalité, d’accepter sans réserves l’impérieuse prérogative du réel. » Un livre à lire ou relire à une époque où la manipulation des faits et l’illusion complotiste occupent et tourmentent bien des esprits (voir la nécrologie de Clément Rosset dans le journal Le Monde, 29 mars 2018).

ROTHSCHILD. À la suite de la diffusion d’une vidéo dans laquelle un conseiller du District de Columbia (Washington DC) avait mis en cause la responsabilité des Rothschild dans les dérèglements climatiques, un journaliste de Tablet Magazine, Yair Rosenberg, a parlé d’une contamination de l’ensemble du spectre politique par une culture conspirationniste. La vidéo ayant été posée par le conseiller lui-même, Rosenberg a souligné ce qu’avait d’alarmant la « bulle cognitive à l’intérieur de laquelle, apparemment, ce genre de croyance est à la fois courante et considérée comme n’étant ni aberrante ni répréhensible. » Lire l’article de Conspiracy Watch.

BULGARIE. Une enquête d’opinion de l’institut Trend Research pour le journal 24 Chasa sur les croyances, la superstition et théories du complot en Bulgarie a été publiée le 29 mars 2018. Elle a notamment révélé que deux Bulgares sur trois adhéraient à l’idée que les maladies étaient créées artificiellement pour enrichir l’industrie pharmaceutique. 40% des sondés estiment par ailleurs que le monde serait gouverné par une société secrète. Lire sur Conspiracy Watch.

ALLEMAGNE. Arrêté mercredi en Hongrie, l’Allemand Mario Rönsh, était recherché depuis près de deux ans par les autorités allemandes qui le considèrent comme l’une des figures les plus influentes de la fachosphère germanophone. Sur Facebook, il avait réussi à faire de la page Anonymous.Kollektiv (AK) une référence pour près de deux millions de fans grâce à des messages antisémites, racistes, conspirationnistes et des appels à la violence contre les musulmans et les réfugiés (source : France 24, 30 mars 2018).

GRAND REMPLACEMENT. Ce terme a été introduit par un écrivain proche de l’extrême droite identitaire, Renaud Camus. Selon lui, le peuple français serait petit à petit en train d’être « remplacé » par d’autres peuples, porteurs de cultures inassimilables. Est-ce vrai ? Que recouvre cette expression particulièrement controversée ? Pour y répondre, Conspiracy Watch a réalisé une courte vidéo pédagogique avec le soutien de la DILCRAH.