Assassinat de JFK : Oswald était-il un

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Retour sur la journée fatale du 22 novembre 1963, qui vit l’assassinat, par Oswald, d’un président des Etats-Unis et d’un agent de police du nom de J.D. Tippit.

Le parcours de Lee Harvey Oswald après l’attentat est symptomatique de celui d’un homme en fuite. Non seulement ce féru de politique ne s’est pas intéressé à l’agitation qui régnait suite aux évènements, mais, de plus, il a quitté son lieu de travail bien avant l’heure, sans prévenir ses supérieurs ni même ses collègues. Au lieu de rejoindre son arrêt de bus habituel – une ligne directe pour se rendre à son meublé – il préféra attraper un bus au vol dans lequel il acheta un billet de transfert. Voyant que le bus était bloqué dans les embouteillages, il en ressortit au bout de quelques minutes pour se diriger à la station de taxis, lui qui n’en prenait jamais. Puis il se fit déposer au 700 North Beckley, quelques centaines de mètres plus loin que son domicile situé au 1026, ce qui l’obligea à refaire, à pied, le chemin en sens inverse. Il arriva vers 13 heures à son meublé, comme en a témoigné sa logeuse, et repartit trois à quatre minutes plus tard, le temps de changer de vêtements et de prendre son revolver.

Oswald fut repéré ensuite aux alentours de 13h15, à un peu plus d’un kilomètre de là, au croisement de Patton et de la 10e. Des témoins le virent abattre, de quatre balles à bout portant, un agent de police, J.D. Tippit, qui cherchait à l’interpeller. Il prit alors la fuite, se délestant de son blouson et rechargeant son revolver dans sa course, sous les yeux d’autres témoins. Puis encore un autre, John Calvin Brewer, le vit rentrer dans une salle de cinéma, le Texas Theatre, et prévint la police. Appréhendé par l’officier N.M. McDonald, Oswald tenta de se soustraire à son arrestation en le frappant et en dégainant son arme contre lui. Une bagarre s’en suivit où il put être maîtrisé grâce au renfort d’autres policiers.

Lors de ses interrogatoires, Lee Harvey Oswald n’a jamais cessé de mentir aux enquêteurs, niant toute participation au meurtre de Tippit comme à celui de Kennedy. Il a par exemple prétendu que le fusil retrouvé au Texas School Book Depository n’était pas le sien et qu’il n’en possédait aucun. Il a également affirmé que les photos prises dans l’arrière-cour de son domicile de Neely Street étaient truquées et qu’il n’y avait même jamais vécu. Interrogé sur le contenu du sac en papier retrouvé sur les lieux du crime, Oswald a déclaré qu’il s’en était servi pour transporter un sandwich alors même qu’il avait dit, le matin de l’attentat, à son voisin et collègue qui l’avait emmené en voiture au travail, que son sac contenait des tringles à rideaux. Pour seul alibi, il a raconté qu’il déjeunait avec « Junior » à l’heure de l’attentat sans vouloir préciser de quel « Junior » il s’agissait. Personne n’a jamais corroboré ses dires et, de surcroît, le seul « Junior » connu au TSBD, James Jarman Jr, était au moment du crime au 4e étage de l’immeuble en train de regarder la parade. Ce dernier a d’ailleurs déclaré avoir déjeuné peu avant midi sans Oswald.

Surtout, les enquêteurs ont découvert pendant leurs investigations que, sept mois avant l’attentat contre Kennedy, Lee Harvey Oswald avait tenté, en vain, d’assassiner le général Edwin A. Walker, une figure de l’extrême-droite locale. Dans un livre appartenant à Oswald a été retrouvée une note, écrite en russe de sa main, prodiguant des instructions à sa femme s’il venait à être tué ou arrêté. On a également déniché des photographies de la maison de Walker parmi ses affaires. Marina Oswald a par ailleurs attesté, dans son témoignage, que son mari lui avait confié être l’auteur de la tentative d’assassinat manquée visant l’ancien officier de l’armée américaine. Enfin, si devant la Commission Warren, les experts du FBI n’ont pu certifier à coup sûr que, malgré de très fortes ressemblances, la balle retrouvée (Commission Exhibit n°573) provenait du fusil d’Oswald, l’analyse par activation neutronique commanditée par le House Select Committee on Assassinations l’a confirmé sans la moindre ambiguïté.

Assassinat de JFK : Oswald était-il un

Les esprits chagrins peuvent toujours rétorquer que tout cela montre peut-être l’implication de Lee Harvey Oswald mais ne prouve pas son absence de complice. Certes. Mais les autres employés du Texas School Book Depository avaient tous un alibi, et pour cause : la plupart regardait la parade. D’autre part, le bâtiment était gardé et l’on n’y entrait pas comme dans un moulin. Ce matin-là, la seule personne étrangère à l’immeuble à y avoir pénétré fut un vieil homme, pour aller aux toilettes.

Quant à l’hypothèse d’une manipulation d’Oswald dans le cadre d’un complot savamment organisé, elle fait fi des hasards qui ont prévalu à l’enchaînement des évènements : Oswald a été embauché au Texas School Book Depository le 15 octobre à la suite d’une conversation entre sa femme, une amie chez qui elle loge
ait, Ruth Paine, et une voisine, Linnie Mae Randle. Alors qu’Oswald était à la recherche d’un emploi, cette dernière a indiqué que son frère venait de trouver un travail dans un dépôt de livres scolaires qui recrutait des saisonniers. A la Maison-Blanche, le principe du voyage au Texas a été décidé dès le mois de juin mais ce n’est que le 8 novembre que le projet du programme a été adressé au Secret Service chargé de la protection du président. La tâche de coordonner les modalités du séjour présidentiel à Dallas incombait à Kenneth O’Donnell, l’un des principaux conseillers de John F. Kennedy et futur directeur de campagne de son frère Robert. Quant au parcours de la parade à Dallas, il n’a été dévoilé au public que le 19 novembre et était déterminé en fonction du lieu du déjeuner prévu juste après. Deux options furent à l’étude et, sur les conseils du gouverneur Connally, c’est le Trade Mart qui a été choisi. Choix qui s’est avéré fatal : c’était le seul à faire passer le cortège à faible vitesse à proximité du Texas School Book Depository où travaillait Oswald.

Il faut se rendre à la raison : comme le conclut Kenneth A. Rahn, auteur du site The Academic JFK Assassination, l’assassinat du 35e président des Etats-Unis est le fruit d’un tel concours de circonstances qu’il en exclut la plausibilité même d’une conspiration.

Sources :
* Warren Report, Warren Commission hearings and exhibits.
* HSCA Final Report, HSCA hearings and appendix volumes.
* Larry M. Sturdivan, The JFK myths, a scientific investigation of the Kennedy assassination, Paragon House, 2011.
* Vincent Bugliosi, Reclaiming History: The Assassination of President John F. Kennedy, W. W. Norton & Company, 2007.
* John McAdams, JFK Assassination Logic: How to Think about Claims of Conspiracy, Potomac Books, 2011.
* Gerald Posner, Case Closed: Lee Harvey Oswald and the Assassination of JFK, Anchor, 2003.
* François Carlier, Elm Street, Oswald a tué Kennedy !, Publibook, 2008 ; rééd. 2012 sous le titre Elm Street : L’assassinat de Kennedy expliqué.