Assassinat de JFK : Oswald était-il un
Les théories du complot sur l’assassinat de JFK sont légion. Toutes ont en commun de faire peu de cas des nombreuses preuves de la culpabilité de Lee Harvey Oswald…

Le 22 novembre 1963, à 12h30, John Fitzgerald Kennedy était assassiné à Dallas. Bien que, depuis cette date, aucune preuve tangible ne soit jamais venue étayer la thèse d’un complot, la CIA, l’URSS, la mafia, Fidel Castro, les anti-castristes, les Vietnamiens, Lyndon Johnson, les francs-maçons, le Mossad, les pétroliers texans, le « complexe militaro-industriel », Aristote Onassis, la famille Bush, les « Illuminati » et les extra-terrestres – liste non-exhaustive – ont tous été accusés d’avoir, séparément ou conjointement, fomenté l’attentat contre le 35e président des Etats-Unis. Quant à l’assassin présumé, Lee Harvey Oswald, il serait, au mieux, un simple exécutant manipulé par des puissances occultes, au pire, un bouc-émissaire innocent sacrifié sur l’autel de la raison d’Etat. Faisant peu de cas des charges accablantes qui pèsent contre lui, les théoriciens du complot prétendent à la présence de plusieurs tireurs et que le dossier a été travesti pour cacher la vérité. L’hypothèse ne résiste guère à l’examen des faits. Il est certes de l’ordre du possible qu’un expert, voire un groupe d’experts, falsifie une preuve pour maquiller un crime. Mais est-il pour autant concevable que des dizaines d’experts, à des époques différentes, mentent et falsifient des dizaines de preuves, toutes concordantes entre elles ?

Les partisans de la thèse du complot aiment à imaginer plusieurs tireurs sur Dealey Plaza, lieu de l’assassinat de John F. Kennedy, et même en font souvent la base de leur démonstration. Certains racontent que le président a été atteint de face, d’autres par des balles tirées sur son flanc et il y en a quelques-uns pour affirmer qu’il a été canardé de partout. Or, l’on sait avec certitude que toutes les blessures, mortelles ou pas, infligées au président Kennedy et au gouverneur Connally (1) l’ont été par des balles tirées de derrière et en hauteur des victimes. Ce fut la conclusion, d’une part, du rapport de l’autopsie effectuée à l’hôpital Bethesda, près de Washington, sur le corps de Kennedy (Warren Commission Exhibit n°387) et, d’autre part, du rapport des médecins de l’hôpital Parkland à Dallas qui ont traité le patient Connally (Warren Commission Exhibit n°392). Ces constatations observées du temps de l’enquête initiale et exposées dans le rapport, publié en 1964, de la Commission Warren (2), furent confirmées à plusieurs reprises, à d’autres époques et par de nouvelles équipes de praticiens comprenant non seulement des médecins légistes mais aussi des radiologistes, des pathologistes, des physiciens et des spécialistes des traumatismes balistiques. Toutes ces équipes ont pu réétudier les documents et les photos de l’autopsie, dont celles à rayons X : le panel Ramsey Clark (3) en 1968, celle mandatée par la Commission Rockefeller (4) en 1975 et celle choisie par le House Select Committee on Assassinations (5) dont le rapport final fut rendu en 1979. Quoique cette dernière ait contesté quelque peu l’emplacement exact des blessures, toutes ont abouti à la même conclusion : des tirs venus de derrière et en hauteur.

C’est avec la même certitude que l’on sait que toutes les balles qui ont atteint les occupants de la limousine présidentielle provenaient d’une arme et d’une seule à l’exception de toutes les autres, le Mannlicher-Carcano retrouvé peu après le crime, caché entre des cartons au 5e étage du Texas School Book Depository (6), un bâtiment devant lequel venait de passer la limousine. Cette conclusion, exprimée par les experts en balistique du FBI devant la Commission Warren, a été confirmée, de manière plus irréfutable encore, par une analyse par activation neutronique des fragments de balle, commanditée, quinze années plus tard, par le House Select Committee on Assassinations.

Ce Mannlicher-Carcano, dont la science nous prouve qu’il a servi à tuer Kennedy et blesser Connally, était la propriété de Lee Harvey Oswald. Celui-ci l’avait acheté par correspondance au début de l’année 1963, sous le pseudonyme d’Alek Hidell, à la compagnie Klein’s Sporting Good de Chicago, ainsi que le montrent le bon de commande rédigé de sa main et le mandat postal accusant réception du fusil.

Preuve de plus que c’était le fusil d’Oswald : quelques jours après l’avoir reçu avec un revolver commandé à une autre compagnie, Oswald avait demandé à sa femme de le photographier avec ses deux armes et les numéros de deux journaux, The Worker et The Militant, dans l’arrière-cour de leur domicile sur Neely Street. En dépit de ce qu’il a prétendu durant son interrogatoire et des suspicions entretenues dans le discours complotiste, l’authenticité de ces photos ne peut faire aucun doute. Outre le fait que Marina Oswald a toujours reconnu avoir pris ces clichés avec l’Imperial Reflex de son mari et n’a jamais varié sur ce point dans son témoignage, une première expertise exposée en 1964 devant la Com
mission Warren, puis une autre en 1978 établie par un panel de spécialistes mandatés par le House Select Committee on Assassinations, ont, toutes les deux, certifié qu’elles ne pouvaient pas avoir été truquées.

Enfin, une empreinte latente de la paume de Lee Harvey Oswald a été identifiée sur la partie inférieure du canon de la carabine. Cela témoigne qu’il mania son fusil à un moment où il était démonté puisqu’un devant-bois la couvrant, cette partie n’était pas accessible une fois les pièces assemblées.

Il n’y avait pas que le fusil, les enquêteurs ont détecté bien d’autres indices au 5e étage du Texas School Book Depository. Ils ont commencé par retrouver trois douilles sur le plancher dont il a été démontré par la suite qu’elles ne pouvaient pas provenir d’une autre arme que la carabine dénichée, au même étage, à quelques mètres de là.

Ces douilles se trouvaient aux abords de la fenêtre située à l’extrémité sud-est du bâtiment devant laquelle trois cartons avaient été assemblés, de façon à bâtir un nid idéal pour un tireur posté à cet endroit. Des empreintes, l’une palmaire et l’autre digitale, de Lee Harvey Oswald ont été identifiées sur l’un de ces cartons ainsi qu’une empreinte palmaire sur un carton qui avait pu lui servir de siège.

A proximité, a été également découvert un sac en papier dont la forme et la longueur s’adaptaient parfaitement au transport de la carabine une fois démontée. Sur ce sac, une empreinte palmaire et une empreinte digitale appartenant à Lee Harvey Oswald ont été identifiées, et, dans ce sac, ont été retrouvées, comme sur le fusil du reste, des fibres textiles correspondant aux caractéristiques d’une couverture appartenant à Lee Harvey Oswald dans laquelle, selon sa femme, il enveloppait sa carabine.

Un examen spectographique du sac, mené par l’expert du FBI, James C. Cadigan, a montré que le papier et le ruban adhésif utilisés pour le confectionner étaient identiques à tous égards à ceux que l’on trouvait dans la salle d’expédition du Texas School Book Depository. En tant qu’employé, Oswald avait accès à cette salle et s’y rendait fréquemment.

A ces charges matérielles, il convient d’ajouter au dossier que Lee Harvey Oswald n’avait pas d’alibi à 12h30, l’heure précise de l’attentat. Charles Givens, un ouvrier de l’équipe chargée de rénover les planchers du bâtiment, fut la dernière personne à l’avoir rencontré avant les évènements, vers 11h55 au 5e étage. Oswald eut donc tout le temps nécessaire pour échafauder le nid du tireur, monter son fusil et attendre le passage du cortège présidentiel.

Last but not least, au moins un témoin, Howard L. Brennan, a vu Oswald tirer sur le cortège présidentiel. Se tenant de l’autre côté de la rue juste en face du Texas School Book Depository, Brennan avait déjà remarqué, dans les minutes qui ont précédé le passage du cortège, un homme apparaître et se retirer plusieurs fois à la fenêtre sud-est du 5e étage, un manège également observé par d’autres témoins. Au moment des coups de feu, il leva les yeux et vit l’homme ajuster son fusil et tirer une dernière fois, avant de disparaître de la fenêtre. La description qu’il fit à la police du sniper correspondait assez bien au physique de Lee Harvey Oswald et il l’identifia, lors du line-up organisé dans la soirée du 22 novembre, comme la personne ressemblant le plus à l’individu qu’il avait aperçu quelques heures plus tôt. D’autres témoins ont vu un fusil pointer de la fenêtre du 5e étage sans pouvoir, toutefois, identifier le suspect.

Lire la 2ème partie.

Notes :
(1) John Bowden Connally, gouverneur du Texas, était assis sur le siège situé juste devant celui de Kennedy à bord de la limousine présidentielle. Il fut grièvement blessé lors de l’attentat.
(2) Dirigée par Earl Warren, président de la Cour suprême des Etats-Unis, la Commission Warren est une commission présidentielle chargée d’enquêter sur l’assassinat du président Kennedy créée par un décret du président Johnson daté du 29 novembre 1963. Elle a rendu son rapport le 27 septembre 1964 qui a conclu à l’unique culpabilité de Lee Harvey Oswald.
(3) Le panel Ramsey Clark est un panel de quatre experts médicaux mandatés, en 1968 par l’attorney général des Etats-Unis, William Ramsey Clark, pour réexaminer les documents médicaux et les photos de l’autopsie, dont celles à rayons x, du président assassiné. Il a conclu que John Fitzgerald Kennedy avait été abattu par deux balles tirées de l’arrière et en hauteur.
(4) Constituée en 1974 par le président Gerald Ford et présidée par Nelson Rockefeller, la Rockefeller Commission fut chargée d’enquêter sur les activités internes de la CIA. Elle a dévoilé l’existence de programmes de surveillance jusqu’ici secrets et certains abus de l’agence de renseignements américaine. Ses révélations ont provoqué la création du Church Committee, une commission parlementaire qui poussa beaucoup plus loin les investigations.
(5) Le House Select Committee on Assassinations (HSCA) est une commission d’enquête parlementaire, créée en 1976, chargée d’enquêter sur les assassinats de John Fizgerald Kennedy et de Martin Luther King. Dans son rapport remis en 1979, le HSCA a conclu que Lee Harvey Oswald était l’unique assassin de Kennedy mais aussi à la probabilité d’un
complot, en se basant sur une preuve acoustique dont il a été prouvé par la suite qu’elle était erronée. De nouvelles analyses ont révélé que la bande sonore sur laquelle s’appuyait cette conclusion n’avait pas été enregistrée sur le lieu et à l’heure de l’attentat.
(6) Aux Etats-Unis, le rez-de-chaussée est appelé first floor ; le premier étage équivaut donc au second floor et ainsi de suite. En conséquence, le 5e étage correspond au sixth floor du Texas School Book Depository.

Sources :
* Warren Report, Warren Commission hearings and exhibits.
* HSCA Final Report, HSCA hearings and appendix volumes.
* Larry M. Sturdivan, The JFK myths, a scientific investigation of the Kennedy assassination, Paragon House, 2011.
* Vincent Bugliosi, Reclaiming History: The Assassination of President John F. Kennedy, W. W. Norton & Company, 2007.
* John McAdams, JFK Assassination Logic: How to Think about Claims of Conspiracy, Potomac Books, 2011.
* Gerald Posner, Case Closed: Lee Harvey Oswald and the Assassination of JFK, Anchor, 2003.
* François Carlier, Elm Street, Oswald a tué Kennedy !, Publibook, 2008 ; rééd. 2012 sous le titre Elm Street : L’assassinat de Kennedy expliqué.