Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme.

AFFAIRE TATAÏ. L’imam Mohammed Tataï fait l’objet d’une plainte pour un prêche antisémite prononcé le 23 juin 2018 lors de l’inauguration de la mosquée d’Empalot, à Toulouse. Le site en français de l’Institut de recherche des médias du Moyen-Orient (MEMRI) a fait resurgir une vidéo, postée le 3 juillet 2015, dans laquelle le même imam prononçait un sermon en arabe contenant des propos d’inspiration conspirationniste sur les attentats du 11 septembre 2001 : « Sont ensuite arrivés les événements du 11 septembre… Nous savons, et le monde entier sait, que certaines choses ont été inventées. » (source : MEMRI, 3 juillet 2018).

PAKISTAN. À l’approche des élections législatives pakistanaises, un livre accuse Imran Khan, ancien champion de cricket et l’un des deux favoris du scrutin du 25 juillet prochain, d’entretenir des « liens étroits avec des sionistes actifs » ainsi qu’avec la famille Rothschild. L’auteure de l’ouvrage, qui dénonce également « l’adultère », le « prédateur sexuel » ou encore le « drogué », n’est autre que son ex-épouse, Reham Khan. Les théories conspirationnistes et antisémites qui accablent aujourd’hui Imran Khan ne sont pas nouvelles. Elles remontent à son premier mariage, en 1995, avec Jemima Goldsmith, héritière d’un millionnaire juif britannique. Une enquête à lire sur le site de Haaretz (source : Haaretz, 15 juillet 2018).

RUSSIA TODAY. Frédéric Taddeï s’apprête à animer quatre émissions hebdomadaires sur la chaîne gouvernementale russe Russia Today en langue française (RT). Dans un communiqué publié par RT France, le journaliste s’est dit « ravi » qu’on lui donne « carte blanche », opposant l’ouverture de la chaîne du Kremlin à un « paysage télévisuel sinistré, où les intellectuels, les chercheurs, les savants, les contestataires n’ont plus la parole et où les vrais débats ont totalement disparu » (sic). Reste à savoir si la notion de « vrais débats » sera durablement compatible avec le fait de servir les intérêts de la propagande russe, finalité dont RT ne fait pas mystère (source : Conspiracy Watch, 16 juillet 2018).

NOVITCHOK. L’affaire Skripal, du nom de cet ex-espion russe qui, avec sa fille, a fait l’objet d’une tentative d’empoisonnement au Novitchok en Grande-Bretagne en mars dernier, avait suscité un tir de barrage des médias russes et pro-Kremlin, en raison de la mise en cause de la Russie. Les théories complotistes qui ont accompagné l’affaire continuent de bénéficier d’une très forte audience sur les médias sociaux, notamment en raison de la découverte en Angleterre, le 30 juin dernier, de deux nouvelles victimes de l’agent neurotoxique. Conspiracy Watch liste la dizaine « théories » identifiées par l’équipe du Digital Forensic Research Lab de l’Atlantic Council (DFRLab), spécialisé dans la lutte contre la désinformation (source : Conspiracy Watch, 17 juillet 2018).

APP STORE. Qdrops est le nom d’une application conspirationniste, vendue un dollar, qui figurait dans le top 10 des applications payantes les plus populaires de la catégorie « divertissement de l’App Store ». Le 16 juillet 2018, la chaîne NBC a publié une vaste enquête sur le sujet qui a conduit Apple et Google à retirer l’application de leur catalogue. Le programme recensait les publications (« drops ») de « Q », figure anonyme censée bénéficier d’une accréditation « secret défense », délivrant des questions interprétées comme des prophéties par ses lecteurs. La théorie du complot constituée autour de« Q » jouit d’un important succès aux États-Unis. Le fait que l’application ait pu être commercialisée pendant plusieurs mois sur l’App Store interroge, une fois de plus, sur la capacité des GAFAM à filtrer les contenus litigieux (source : Le Monde, 17 juillet 2018).

MH17. Il y a quatre ans, le 17 juillet 2014, le vol MH17 de la Malaysia Airlines fut abattu en plein vol, au-dessus de l’Ukraine, causant la mort de 298 personnes. L’occasion de rappeler que le premier réflexe des pro-Poutine fut d’agiter la théorie du complot (source : France TVinfo, 22 juillet 2014).

ANDRÉ BERCOFF. André Bercoff s’était illustré sur CNews en mettant en cause l’action du Malien de 22 ans, Mamoudou Gassama, ayant secouru un enfant de 4 ans accroché au balcon d’un immeuble parisien. L’éditorialiste avait alors exprimé des doutes sur l’affaire, revendiquant le droit de poser des questions et laissant planer une odeur de théorie du complot sur ces faits. Deux mois plus tard, le journaliste semble persister et signer en relayant sur Twitter un article accréditant la thèse d’un sauvetage organisé à des fins mercantiles. L’article en question fait état d’un rapport remis au président de la République, qui aurait réagi en ordonnant l’expulsion de Mamoudou Gassama. Il aura sans doute échappé à André Bercoff que la source de l’information était… parodique (source : Les Décodeurs, 18 juillet 2018).

SONDAGE. Une enquête d’opinion menée dans douze pays européens auprès de 12 000 personnes âgés de 14 à 24 ans révèle que 72% de ces jeunes Européens pensent que les médias traditionnels sont aux mains de grands groupes qui défendent leurs intérêts au mépris de l’information. 31% croient que des sociétés secrètes travaillent à mettre en place un Nouvel ordre mondial, 30% croient aux Illuminati et 7% donnent du crédit aux théories de la Terre plate (source : Le Monde des religions, 19 juillet 2018).

NÉGATIONNISME. Dans une interview accordée le 18 juillet 2018 au site américain Recode, dédié aux nouvelles technologies, Mark Zuckerberg, patron de Facebook, a estimé que le négationnisme relevait de la liberté d’expression et ne devait pas, à ce titre, faire l’objet d’une modération. Au principe de l’interdiction de ces contenus, qu’il juge offensants mais qu’il interprète d’abord en termes d’erreur, il dit préférer « opposer des bonnes paroles » (source : Conspiracy Watch, 19 juillet 2018). Dans une tribune publiée sur le site de CNN, l’historienne américaine Deborah Lipstadt a réagi à ces propos en soulignant ce qu’ils avaient d’irresponsables au regard de la portée de Facebook et de la motivation première des négationnistes : l’antisémitisme (source : Conspiracy Watch, 19 juillet 2018). Face à cette relativisation du travail historique sur le génocide le mieux documenté, le Mémorial d’Auschwitz a aussi rappelé via son compte Twitter que les deux ingrédients du négationnisme étaient la haine et l’antisémitisme.

APOLLO 11. Le 20 juillet 1969, le module lunaire d’Apollo 11 transportant Neil Armstrong, Michael Collins et Buzz Aldrin se posa sur la mer de la Tranquillité. A un tweet qui posait la question « Où étiez-vous il y a 49 ans quand Buzz Aldrin et Neil Armstrong firent ces premiers pas historiques sur la Lune ? », Aldrin a marqué l’anniversaire en répondant : « I was on the Moon! ». Sobre et efficace.

AFFAIRE BENALLA. C’était prévisible : l’« affaire Benalla », du nom de ce chargé de mission de l’Élysée muni d’un casque de policier et filmé le 1er mai dernier en train de frapper un manifestant à Paris, a déjà inspiré plusieurs théories complotistes. Du « barbouze de l’Élysée » en mission secrète pour prélever l’ADN des manifestants à la manipulation d’une oligarchie, vrai pouvoir de l’ombre, décidée à lâcher Emmanuel Macron… Conspiracy Watch analyse les thèses qui ont émergé ces derniers jours (source : Conspiracy Watch, 21 juillet 2018). Sur les réseaux sociaux, d’autres rumeurs et théories ont été diffusées comme celle issue du site complotiste Algeriepatriotique.com, postée avec succès sur un compte Facebook et faisant d’Alexandre Benalla un « agent marocain » (source : Conspiracy Watch (compte Twitter), 21 juillet 2018).