Paranoïa, contre-culture et milieux radicaux (1/2)
La théorie du complot est devenue une constante importante des milieux radicaux, tant de gauche que de droite, depuis le début des années 2000. Nous utilisons le mot « radical » car les discours conspirationnistes ou complotistes, les deux néologismes étant acceptés, ne sont pas le propre de milieux extrémistes de droite : tous font de l’« Autre », émanation de l’altérité, une figure, une représentation, de l’« ennemi » (1). Un ennemi omniprésent dans ce chapitre. Du fait de cette représentation particulière, nous élargirons ici notre démarche. En effet, nous verrons que cette vision du monde est commune à des milieux radicaux forts éloignés politiquement, dont l’un des points communs est une forme de paranoïa (2). Celle-ci est contagieuse et créatrice de porosités doctrinales : si les milieux conspirationnistes d’extrême gauche et ceux d’extrême droite sont éloignés et s’opposent, il n’en existe pas moins des lieux de convergence situés dans les sphères de la contre-culture. Toutefois, nous devons garder à l’esprit que ces sous-ensembles, s’ils peuvent communiquer, restent quand même des ensembles distincts ayant des différences, voire des divergences, textuelles et génériques.

Les discours qui nous intéressent s’inscrivent globalement dans une conception paranoïaque-critique du monde, ainsi que dans une forme de pensée mythique, bricolée (3), ayant des liens vers une interprétation paranoïaque-clinique. Une conception qui est fort à la mode actuellement (4), dans notre époque à la fois saturée d’information et sujette à une « crise de sens » (5), au point que le sociologue George Marcus parle à ce sujet de « mode de pensée sociale » (6). En effet, comme l’a montré la sociologue Nathalie Heinich, elle est parfois présente dans le milieu de la sociologie universitaire (7). Cette vision du monde, née d’une crise de repère et d’une hyper-rationalisation, voire d’un hyper-criticisme, est banalisée, comme nous le verrons ultérieurement, par une culture populaire de type « paranoïde », qui s’est largement développée grâce à la révolution Internet. Ce médium va être en effet un outil indispensable au développement de ce type de discours, de cet imaginaire (8) : les publications à connotation paranoïaque/conspirationniste étaient jusqu’à présent confidentielles, très peu lues. Internet, en dématérialisant les supports, a permis une diffusion accrue de ces thèses, au travers notamment de la démultiplication de ces sites : une personne peut animer plusieurs sites, voire monopoliser plusieurs forums sous différents avatars, comme cela est souvent le cas dans les milieux extrémistes.

Le succès de la théorie du complot

La thématique du complot est récurrente dans l’histoire des idées : on la retrouve à la fin du XIXe siècle, dans les années trente, dans les années soixante à la suite du Matin des magiciens et de Planète… Comme un serpent de mer, elle réapparaît régulièrement. Mais il vrai que depuis le début des années deux milles, cette thématique explose, alors qu’elle avait disparu entre les années quatre-vingts et le milieu des années quatre-vingt-dix. Elle va resurgir notamment dans les milieux ufologiques et New age, en particulier à la suite du succès au début des années deux mille du Livre Jaune n° 5 de Jan Van Helsing (9), un best seller de la littérature conspirationniste.

Ces thèmes conspirationnistes connaissent donc un succès croissant sur Internet. La « vérité est ailleurs » selon le slogan d’une série télévisée. En effet, la théorie du complot, dans un sens paranoïaque-critique, a été très largement vulgarisée par la série télévisée à succès X-Files (10). Cette dernière, une série télévisée à très grand succès, et multi-récompensée, tant en Europe qu’en Amérique du Nord, a très largement vulgarisée la théorie du complot. En effet, elle fut la première série télévisée à faire de la thématique paranoïaque conspirationniste sa base scénaristique, permettant au téléspectateur de se poser la question : « Et s’il n’avait pas tort ? » (11). Dans celle-ci donc, le personnage principal, Fox Mulder, un agent du FBI, enquête sur l’implication du gouvernement fédéral américain, de l’ONU, de l’UNESCO et d’une organisation dont on ne connaîtra jamais le nom, dans la colonisation de la Terre par des extraterrestres. Ce thème, d’abord marginal et dilué au grès d’épisodes traitant du paranormal, devient au fil des neuf saisons récurrent puis central. Il sera d’ailleurs au cœur du premier film tiré de cette série. Néanmoins, Cette thématique est aussi présente dans la paralittérature de science-fiction, en particulier chez Phillip K. Dick (12). Ce genre est très lu dans certains milieux radicaux comme les conspirationnistes, la nébuleuse New Age ou l’extrême gauche. De fait, cette nouvelle phase conspirationniste est intéressante par son aspect polymorphe et polyculturel : on le retrouve dans les milieux ufologiques, New Age, dans les milieux extrémiste de droite, chez les fous de Dieu, mais aussi dans la scène rap (Rockin’Squat et Keny Arkana pour ne citer que des exemples français) et à l’extrême gauche. Le conspirationnisme s’est démocratisé, s’est diffusé et surtout dilué dans les différents segments de la société…


KENY ARKANA "ORDRE MONDIAL" – Audio + photos par babylonik

L’hypercriticisme domine cette nouvelle phase : les partisans de l’interprétation paranoïaque-clinique du monde tendent à voir des manifestations du « complot » partout (13). Ainsi, la présence, ou l’absence de preuve, peut être un signe, un indice : « En conséquence, n’importe quel fait (ou absence de fait) peut subir une importation au sein de l’explication conspirationniste, et donc servir à en confirmer la validité. L’indice justifie l’explication autant que celle-ci est justifiée par lui » (14). Il faut garder à l’esprit qu’en paralittérature « tout signifie, au service d’une norme que jamais le texte ne remet durablement en question, et cela de façon inlassablement répétitive » (15).

La principale difficulté de ce type de recherches est de définir des frontières entre :
1/ des paranoïaques qui élaborent des théories du complot ou des théoriciens qui sombrent dans la paranoïa ;
2/ l’amateur de théories conspirationnistes et celui qui y croit réellement ;
3/ différentes formes de paranoïa : le délire paranoïaque pur, c’est-à-dire la folie, et le discours de type croyance permettant l
a compréhension d’un monde incompris.
De plus, il existe des possibilités interactionnistes, en particulier lors de théorie du complot, quand la réalité entretient la paranoïa. C’est le cas, par exemple, du 11 septembre… En outre, de ce fait, des délires apparus chez certains auteurs qui souffrent réellement de paranoïa peuvent se diffuser, par un phénomène de contagion (16) dans des milieux éloignés mais perméables à ce genre de théories, comme les milieux d’amateurs d’« histoire secrète » ou d’OVNIS. En effet, le paranoïaque est très perméable à la théorie du complot. En outre, il faut tenir compte de la volonté de dissimulation de la part des auteurs étudiés. Comme l’écrit Wiktor Stoczkowski : « En esquissant les règles méthodologiques de la lecture entre les lignes, Leo Strauss (17) observa que les énoncés occultés ne sont pas nécessairement implicites et qu’ils se manifestent fréquemment au travers d’équivoques, d’ironies, de contradictions délibérément entretenues, d’allusions sibyllines, de définitions excessivement alambiquées, de remarques précises dissimulées parmi d’insignifiantes notes de bas de page ou au milieux de longues et ennuyeuses descriptions qui n’éveillent guère l’attention d’un lecteur pressé. Si l’on cherche à les déceler, on ne peut faire l’économie d’une analyse minutieuse, pour chaque auteur, de la totalité de ses énoncés explicites et de l’ensemble de leur configuration » (18).

Enfin, il faut garder à l’esprit que « Les visions conspirationnistes sont indissociables d’une rhétorique de la dénonciation dont le premier caractère observable est un “style paranoïde”, comme si l’obsession du complot allait de pair avec un délire d’interprétation, susceptible d’être lui-même le symptôme d’une structure psychique paranoïaque. Le paranoïaque élimine l’incertitude, systématise la méfiance et généralise le soupçon, pour se construire une vision cohérente, du moins à ses yeux, de ce qui se passe dans son monde ou dans le monde » (19). Enfin, le conspirationnisme est aussi très ambivalent, entre archaïsme et modernité, entre inquiétude et rassurance, entre hypercriticisme et crédulité, entre scientificité et marginalité.

Définitions

Le radicalisme politique, de gauche comme de droite, peut être défini comme le refus des règles de la démocratie parlementaire, dont le jeu des partis. Les « milieux radicaux » comprennent les extrémismes politiques ainsi que les subcultures. Celles-ci sont des expressions de l’underground. Ce dernier se manifeste aussi par une radicalité politique (engagement ou désengagement radical) et/ou artistique associé à un très bon niveau culturel (autodidacte ou non) et à une volonté de subvertir (20). Selon Frédéric Monneyron et Martine Xibernas, le terme « underground » comprend aussi l’idée d’interdit, de non autorisé (21). Ces groupes radicaux refusent fréquemment la pensée dominante. Ainsi, selon Jean-Bruno Renard, i[« Pour les groupes minoritaires, la pensée dominante s’impose non par sa force argumentative ou son efficacité empirique, puisqu’elle est perçue comme fausse, mais par l’action d’organisations secrètes qui nous cachent la vérité et nous “désinforment” au travers de l’éducation et des médias […] C’est la même idéologie conspirationniste et la même vision manichéenne du monde, distinguant manipulateurs et manipulés, qui font que les partisans d’idées hétérodoxes se rapprochent : croyants aux extraterrestres et antisémites, négateurs de l’extermination des juifs et négateurs du débarquement sur la Lune, etc. »]i (22)

La paranoïa peut être définie de la façon suivante : la paranoïa est un trouble psychiatrique, une psychose qui se caractérise par un délire partiel de persécution extrêmement cohérent, qui n’empêche pas l’intégrité du jugement. En ce sens, la paranoïa est une construction intellectuelle. Il s’agit d’un délire d’interprétation, souvent accompagné de réactions d’agressivité, de méfiance et de susceptibilité. En ce sens, la paranoïa est une forme de système fermé : le paranoïaque est une personne qui s’est enfermée sur lui-même et dans son propre système… Comme il considère les autres comme des ennemis potentiels, le rapport à l’autre se fait dans le conflit. Enfin, le paranoïaque cherche toujours à prouver ses affirmations, mais ses arguments sont sans pertinence par rapport à son discours : il voit des preuves là où il n’y en a pas.

Le complot paranoïde

Le complot paranoïde est une création moderne, datant de la fin du XVIIIe siècle. En effet, si l’Histoire regorge de complots avérés, ce n’est que depuis les thèses de l’Abbé Barruel que sont apparus des complots, fantasmés, qui relèvent avant tout de la croyance (23). Des discours « proto-conspirationnistes » sont présents chez les puritains dès le début du XVIIe siècle : il est alors fréquent de voir des références à un complot du Démon pour pervertir les croyants. Cette forme de peur du Démon n’a pas pour autant disparu. Pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir du phénomène de « La grande chasse aux satanistes » des années quatre-vingt-dix, analysée en 1994 par l’universitaire catholique conservateur Massimo Introvigne (24). L’antimaçonnisme y prend aussi racine très tôt, comme l’a montré Roger Dachez (25).

Paranoïa, contre-culture et milieux radicaux (1/2)
Le conspirationnisme joue un rôle important dans la culture populaire américaine de l’après-seconde guerre mondiale (26), voire plus largement Nord-américaine avec les publications du Canadien William Guy Carr, tel Pawns in the Game, paru 1958 (27). Toutefois, des prémisses sont présentes dans la culture américaine dès le XIXe siècle avec un conspirationnisme anticatholique, et plus récemment, après la Seconde guerre mondiale avec l’anticommunisme, en particulier d’un McCarthy (28). Dans ce dernier cas, « l’ennemi communiste était perçu comme omnipotent et ubiquiste, présent partout mais partout dissimulé, donc toujours à débusquer et à démasquer » (29). Dans le cas du conspirationnisme américain, le complot est souvent déduit de supposées « persécutions » dont sont victimes les « petits blancs ». En outre, dans le cas anglo-saxon, il faut prendre en compte l’importance de la peur du Diable chez les Puritains (30). Cette peur du Malin s’est laïcisée et s’est portée sur les catholiques, les communistes ou extraterrestres, tous représentations de l’« ennemi public », pour reprendre l’expression de Sophie Houdard (31). Pour celle-ci, « c’est l’ennemi, l’autre, celui que l’on soupçonne de détruire l’unité », de détruire l’État (32).

Concernant plus précisément le cas des extraterrestes, ceux-ci renvoient au « Mal », surtout dans l’Amérique des années cinquante. Dans les films et la littérature populaire américains de cette époque, les extraterrestres étaient souvent des allégories du « péril communiste ». Les extraterrestres chez Icke, Lear, Cooper, etc. sont perçus comme des démons. Ainsi, chez Icke, ce sont des « Reptiliens », chez Lear ou Cooper, des « Petits Gris » ou Short Greys. Ils le sont d’autant plus démoniaques que leurs repères, à l’instar du diable, se trouvent sous terre. Enfin, certains partisans paranoïaques de l’existence affirment même que les Short Greys se nourrissent de sang, d’hormones et d’enzymes humains, tels des vampires. Il existe donc un parallèle assez marqué nous permettant de considérer, dans ce type de discours, les extraterrestres comme un mythe actualisé des démons… Toutefois, moins les hommes croient au Diable et plus ils ont tendance à le voir partout… Une attitude qui permet l’essor du complot paranoïde dans les sociétés contemporaines. Cette attitude permet l’essor du complot paranoïde dans les sociétés contemporaines. Cependant, c’est la Révolution française qui va favoriser son développement : « L’idée du complot accompagne l’idéologie et la pratique révolutionnaires » (33). En effet, selon François Furet, « c’est véritablement une notion centrale et polymorphe, par rapport à laquelle s’organise et se pense l’action : c’est elle qui dynamise l’ensemble de convictions et de croyances caractéristiques des hommes de cette époques, et c’est elle qui permet tout à coup l’interprétation-justification de ce qui s’est passé » (34).

Depuis la parution des travaux des chercheurs Anglo-Saxons (35), les origines du conspirationnisme sont assez bien connues : elles peuvent être datées de la Révolution française. Auparavant, il existait bien des complots mais ceux-ci restaient enfermés dans une conception religieuse du monde : derrière le complot, il y avait l’Antéchrist, le Diable (dès le XVIe siècle) (36)… Après la Révolution, la nature du conspirationnisme pré-révolutionnaire se trouve remis en cause : la société, laïcisée, rationalisée, ne croit plus au Diable et vit dans l’incertitude. On rencontre très rapidement la convergence entre la pathologie paranoïaque et les discours à tendances conspirationnistes, en particulier dans les milieux des fous littéraires, très présents dans les milieux occultistes. De là, la théorie du complot va se diffuser très rapidement, d’autant plus que ces milieux étaient parfois proches des idées contre-révolutionnaires de Bonald, Maistre ou Barruel. Les milieux occultistes, à l’instar des milieux d’extrême droite, sont largement perméables aux théories du complot. Il était en effet courant dans la littérature occultiste de la fin du XIXe siècle de soutenir l’idée selon laquelle des « Supérieurs Inconnus » dirigeaient discrètement les destins de l’humanité (37)…

Notes :
(1) Sur l’« Autre » en tant qu’« ennemi absolu », cf. le dossier « L’ennemi » du n° 5 de Raisons politiques. Études de pensée politique, février 2002, en particulier l’« Éditorial » de Sandrine Lefranc & Marc Sadoun, pp. 3-7.
(2) Parmi les autres points communs, nous trouvons un refus du « système », un hypercriticisme (présent dans le négationnisme), ainsi qu’un antisionisme/antisémitisme.
(3) Cf. Claude Lévi-Strauss, La Pensée sauvage, op. cit.
(4) Véronique Campion-Vincent, La Société parano. Théorie du complot, menaces et incertitudes, Paris, Payot, 2005, p. 16.
(5) Cf. Marc Augé, Le Sens des autres. Actualité de l’anthropologie, Paris, Fayard, 1994, pp. 186-187.
(6) George Marcus, Paranoia within Reason: A Casebook on Conspiracy as Explanation, Chicago, University of Chigago Press, 1999, p. 1.
(7) Nathalie Heinich, Le Bêtisier du sociologue, Paris, Klincksieck, 2009, pp. 27-36.
(8) Cf. Pierre-André Taguieff, L’Imaginaire du complot mondial, op. cit.
(9) Jan van Helsing, Livre jaune nº 5, Tourrette sur Loup, Éditions Félix, 2001.
(10) En français : « Aux frontières du réel ».
(11) Cf. Philip Knight (ed.), Conspiracy Nation. The Politics of Paranoia in Postwar America, New York, New York University Press, 2002.
(12) Voir l’analyse de l’Empire américano-soviétique dans SIVA de K. Dick par rapport aux thèses élaborées sur le condominium URSS-USA. Phillip K. Dick, SIVA, Paris, Gallimard, 2006.
(13) C’est le cas par exemple de l’activisme des hackers, en particulier, de celui d’un Julian Assange, qui cherche à rendre entièrement transparente une société qu’ils supposent ne pas l’être. Pourquoi diffuser des documents, si ce n’est pour empêcher le maintien d’un secret (raisons réelles de la guerre en Irak, persistance de la « raison d’État », etc.) Ils appliquent la ritournelle de Jacques Dutronc : « on nous cache tout, on nous dit rien ». Le conspirationnisme dans cette variante est un hypercriticisme. Seulement, une société entièrement transparente est totalitaire. Il s’agit d’une « société disciplinaire » (Michel Foucault) ou d’une « société de surveillance » (Gilles Deleuze). C’est une concrétisation du panoptique de Bentham.
(14) Emmanuelle Danblon et Loïc Nicolas, « Modernité et “théories du complot” : un défi épistémologique », in Emmanuelle Danblon et Loïc Nicolas (dir.), Les Rhétoriques de la conspiration, op. cit., p. 19.
(15) Daniel Couégnas, Introduction à la paralittérature, Paris, Seuil, 1992, p. 115.
(16) Dan Sperber, La Contagion des idées, op. cit.
(17) Leo Strauss fut le premier à en proposer quelques règles d’analyse. Cf. Leo Strauss, Persecution and the Art of Writing, New York, The Free Press, 1952.
(18) Wiktor Stoczkowski, « Rires d’ethnologues », art. cit., pp. 101-102.
(19) Pierre-André Taguieff, La Foire aux illuminés, op. cit., p. 102.
(20) Le livre de Julian Assange (Underground, Paris, Éditions des Équateurs, 2011) en est un bon exemple.
(21) Frédéric Monneyron & Martine Xibernas, Le Monde hippie, op. cit.
(22) Jean-Bruno Renard, « Comment les mythologies se combinent entre elles ? », in Stéphane François & Emmanuel Kreis (dir.), Le Complot cosmique. Théorie du complot, ovnis, théosophie et extrémistes politiques, Milan, Archè, 2010, p. 10.
(23) Cf. John Roberts, La Mythologie des sociétés secrètes, Paris, Payot, 1979.
(24) Massimo Introvigne, Enquête sur le satanisme. Satanistes et antisatanistes du XVIIe siècle à nos jours, Paris, Dervy, 1997, pp. 314-368.
(25) Roger Dachez, « Les sources politiques et religieuses de l’antimaçonnisme aux États-Unis (1737-1850) », Politica Hermetica, n° 9, 1995, pp. 172-183.
(26) Timothy Melley, Empire of Conspiracy: The Culture of Paranoia in Postwar America, New York/Londres, Cornell University Press, 2000.
(27)
William Guy Carr, Pawns in the Game, Los Angeles, St. George Press, 1958.
(28) Daniel Pipes, Conspiracy: How the Paranoid Style Flourishes and Where it Comes From, New York, Free Press, 1997, p. 115.
(29) Pierre-André Taguieff, L’Imaginaire du complot mondial, op. cit., p. 40.
(30) Arthur Versluis, The New Inquisitions: Heretic-hunting and the Origins of Modern Totalitarianism, Oxford, Oxford University Press, 2006.
(31) Sophie Houdard, « De l’ennemi public aux amitiés particulières. Quelques hypothèses sur le rôle du Diable (15e-17e siècles », Raisons politiques. Études de pensée politique, « L’ennemi », n° 5, février 2002, pp. 9-27.
(32) Ibid., p. 10.
(33) Paul Zawadzki, « Historiciser l’imaginaire du complot. Note sur un problème d’interprétation », in Emmanuelle Danblon et Loïc Nicolas (dir.), Les Rhétoriques de la conspiration, op. cit., p. 43.
(34) François Furet, Penser la Révolution française, Paris, Gallimard, 1983, p. 78.
(35) Outre les ouvrages cités dans cet article, pouvons renvoyer le lecteur vers les études suivantes : David Coady (ed.), Conspiracy Theories: The Philosophical Debate, Burlington, Ashgate, 2006 ; Jane Parish & Martin Parker (ed.), The Age of Anxiety: Conspiray Theory and the Human Science, Oxford, Blackwell, 2001.
(36) Sophie Houdard, « De l’ennemi public aux amitiés particulières », art. cit., pp. 10-11. Sur cette question, voir aussi Brian Levack, La Grande chasse au sorcière en Europe au début des Temps modernes, Paris, Champ Vallon, 1991.
(37) La terminologie de « Supérieurs Inconnus » provient à l’origine de la franc-maçonnerie. En 1751, le baron Charles-Gotthelf von Hund (1722-1776) fonde une nouvelle forme de maçonnerie : la Stricte Observance ou plus exactement l’Ordre supérieur des chevaliers du Temple sacré de Jérusalem. L’idée était que la franc-maçonnerie serait une perpétuation des Templiers dirigée par des « Supérieurs Inconnus » dont Hund était, selon ses dires, le seul mandataire, s’étant lui-même fait initier par un mystérieux chevalier au « plumet rouge », en 1747. Cette légende va connaître un succès considérable au cours des XIXe et XXe siècles. Récupérés par les antimaçons, les Supérieurs Inconnus vont devenir les vrais maîtres occultes de la franc-maçonnerie. Ils seront assimilés aux satanistes, aux juifs, aux maîtres de l’Himalaya de la Société théosophique, etc., devenant le symbole de la sphère dirigeante du complot mondial, selon la vulgate conspirationniste (Stéphane François & Emmanuel Kreis, Le Complot cosmique, op. cit., p. 74, note 3).