Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot

Recherche

Facebook
Twitter
Rss











Dernières notes



La Bibliothèque
Tous paranos ? Pourquoi nous aimons tant les complots... de Pierre-Henri Tavoillot & Laurent Bazin
L'imaginaire du complot mondial, de Pierre-André Taguieff
La synarchie. Le mythe du complot permanent, d'Olivier Dard
Court traité de complotologie, de Pierre-André Taguieff
La Causalité diabolique, de Léon Poliakov
L'Effroyable Imposteur, de Fiammetta Venner
La Foire aux illuminés, de Pierre-André Taguieff
Les rhétoriques de la conspiration, sous la direction d'Emmanuelle Danblon & Loïc Nicolas
L'Obsession du complot, de Frédéric Charpier
Les Nouveaux imposteurs, d'Antoine Vitkine









Kémi Seba
Le reportage commençait bien. Il s’agissait d’un court sujet sur le procès des condamnés de L’Arche de Zoé au tribunal de Créteil diffusé le 14 janvier au JT de Jean-Pierre Pernaut sur TF1. Et voici qu’apparaît à l’image Kémi Seba, propulsé porte-parole des « associations venues dénoncer les agissements de cette ONG » (L’Arche de Zoé NDLR) : « Je se suis pas sûr que si moi, avec mon "Arche de Mamadou" ou mon "Arche d'Ibrahima", si on était venu prendre des enfants d'Israël au motif de, d'après ce que vous dites, il y aurait du terrorisme, je ne suis absolument pas sûr que l'on serait considéré comme des humanitaires ». Extrait :



La diatribe contre Israël dans une affaire n'ayant rien à voir avec le sujet ne semble pas avoir troublé la rédaction du 13h de TF1. Négligence, amateurisme ou sensationnalisme ?...

Pour mémoire, Kémi Seba est le leader d’un groupuscule afrocentriste ultra-radical condamné en 2007 pour antisémitisme : la Tribu KA (K.A. pour « kémite atonien »). Dissout, le mouvement, qui comptait en 2006 une trentaine de membres, est réapparu sous le nom de Génération Kémi Seba (GKS). Revendiquant l'antériorité et la suprématie de la civilisation noire, les « kémites » professent un conspirationnisme dont l’originalité tient à ce qu’il double son obsession antijuive (où les « sionistes » tirent toutes les ficelles) d’une rhétorique non moins paranoïaque dirigé contre le monde « leucoderme » (i.e. blanc). Il existerait ainsi une vaste conspiration qui consisterait, pour les Blancs, à tenter de faire croire au monde entier – et aux Africains en particulier – qu’il n’y a eu aucune civilisation en Afrique. Depuis des siècles, la civilisation occidentale, européenne, blanche, judéo-chrétienne, s’ingénierait à cacher aux Noirs leur propre histoire qui est celle de la splendeur d’une civilisation africaine mythifiée. Toutes les productions scientifiques, culturelles et artistiques de l’Occident auraient enfin été usurpées, la source de toutes les cultures se trouvant en réalité en Afrique.

Pour en savoir plus…

1 - Ce que pense Kémi Seba de l'affaire de L'Arche de Zoé :



2 - Extrait de Jean-Yves Camus, « Dieudonné a de drôles de fréquentations », L’Arche, n° 566, juin 2005 :

« Parti kémite », « Tribu KA » : culte bizarre et idéologie raciste
Depuis quelques années prennent pied en France, au sein des milieux africains et antillais, de petits mouvements politico-religieux qui défendent l’idée d’une séparation des « races », voire d’une supériorité de la « race noire ». On connaît Nation of Islam, le mouvement américain de Louis Farrakhan, qui est présent à Paris dans le quartier des Halles et qui, aux États-Unis, est clairement antisémite. On voit moins en France sa dissidence, The Nation of Gods and Earths, plus connue sous le nom de « 5 % Nation ». Chronologiquement, c’est pourtant le premier mouvement à avoir rejeté tous les monothéismes pour promouvoir une croyance bizarre, totalement déconnectée de l’islam déjà déviant de Farrakhan, et selon laquelle l’Être suprême est une divinité noire.

C’est ce type de culte que représentent deux groupes implantés en France : le Parti Kémite et la Tribu KA, qui tous deux défendent des idées très radicales - dont une véritable détestation de tout ce qui, culture ou mode de vie, vient de près ou de loin du monde « blanc » honni.

Le Parti Kémite :
C’est un mouvement politique fondé en décembre 2002 par deux hommes qui se font appeler « Kemi Seba » et « Raheem Abdul Jamaal ». Le terme « kémite », entièrement inventé, se réfère à une supposée identité égypto-nubienne antérieure à toute autre forme de civilisation. Le nom a aussi été choisi par référence au New Black Panther Party américain. Dans une interview donnée le 20 août 2004 au journal en ligne www.grioo.com, les deux fondateurs affirment que certains militants du groupe sont passés par Nation of Islam. Dans le même texte, ils expliquent que le parti est « né du constat que notre peuple se faisait quotidiennement assassiner psychologiquement, physiquement, par ce système » (celui des Blancs). Ils assument l’exclusivisme de leur organisation en ces termes : « Clairement nous n’avons aucun membre non kémite dans notre organisation. Quand une famille est brisée, on cherche d’abord à la ressouder avant de parler de ses problèmes à ses voisins et de construire à côté. Quand les doigts d’une seule main sont séparés, on a beaucoup plus de mal à effectuer une poignée avec une autre main. Par conséquent qu’on ne vienne pas nous demander de ramener des Arabes, des Juifs ou des Blancs, alors que notre peuple n’est pas aujourd’hui complètement soudé ». Mieux encore, ils confirment dans cette interview qu’à leur meeting du dimanche 29 août 2004 au Théâtre de la Main d’Or, « compte tenu de notre politique, seule notre famille (le peuple kémite) est conviée ».

La Tribu KA :
C’est une scission du Parti Kémite qui s’est produite fin 2004, à l’initiative de « Kemi Seba ». L’ex-porte-parole des Kémites se fait appeler désormais « Fara » (leader) de la Tribu KA. Toujours dans un texte mis en ligne par www.grioo.com, Seba se livre à une surenchère de radicalité avec ses anciens amis. Cet ancien Black Muslim professe maintenant « le Culte d’Aton ». Aton est l’« Être suprême » et, selon la secte, « toutes les religions sémites provenaient du culte atonien ». Le nom « Tribu KA » provient des mots « Kémite Atonien ». La philosophie du mouvement peut se résumer ainsi : le premier homme était noir et l’ancêtre de tous les monothéismes était un culte noir.


Le langage des « KA » est d’une virulence sans égale. Seba avoue sans détours son extrémisme : « Je tiens à préciser que ceux qui m’ont trouvé raciste, extrémiste, illuminé par ma foi lorsque j’étais porte-parole du Parti Kémite ne devraient pas s’intéresser à la Tribu KA. Car le choc que vous avez eu par rapport au Parti Kémite ne sera qu’un en-cas en comparaison de ce que fera la Tribu KA. »

Et cela semble vrai. En effet, dans un texte récent du mouvement, qui s’ouvre sur les mots : « Salutation à nos pires ennemis qu’ils soient Juifs, Arabes ou autres », la Tribu KA s’en prend à plusieurs personnalités afro-antillaises, qualifiées de « traîtres rampants ». Ce qui leur est reproché ? Citons encore : « de vouloir établir à tout prix un dialogue avec les Occidentaux et autres Hyksos [nom de code donné aux Juifs par les « kémites » - J.-Y. C.], alors que l’heure n’est pas au dialogue mais bien à la condamnation » ; « de prôner une scélérate intégration à la raie publique (sic) française » ; « de condamner tout Noir s’attaquant au maître Leucoderme [c’est-à-dire aux Blancs - J.-Y. C.] ».

Suit une longue diatribe dans laquelle Serge Bilé devient un « imbécile qui n’a rien de mieux à faire que de hurler avec la meute de loups, lorsque Dieudonné, ainsi que la Tribu KA (dans une optique plus radicale) critiquent à juste titre les Juifs pour les exactions qu’ils ont commises à l’encontre de notre peuple ». Où Dominique Sopo se voit traiter de « marionnette en chef de SOS antihébreux (...), rien d’autre que le porte-parole Nègre des Juifs de France ». Où Harlem Désir devient « Jérusalem Désir », tant « son combat est orienté vers la cause d’un peuple bien précis ». Où les promoteurs d’une association d’amitié entre Juifs et Noirs sont qualifiés de « macaques de “l’amitié judéo-noire” ». Et où Kemi Seba conclut en affirmant que l’objectif final de sa « tribu » est « la phase de confrontation, ici à Per Isis (Paris) là où tout se décide ».

Langage outrancier et marginal ? Évidemment. Mais qui constitue la preuve de l’existence d’un véritable séparatisme, raciste et antisémite.


3 - Extrait de Vincent Monnier, « Les provocs de la Tribu KA », Le Nouvel Observateur, n° 2170, semaine du jeudi 8 juin 2006 :

De parents béninois, Kémi Séba, de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chi Chi, est né à Strasbourg en 1981. Autrefois éducateur dans une ville de banlieue parisienne, il affirme vivre aujourd'hui des leçons d'histoire kémite qu'il dispense aux membres de la Tribu KA et du soutien scolaire qu'il effectue à l'école d'Hor, une « structure de conscientisation » pour enfants, installée dans une maison d'édition du 10e arrondissement. Son éveil à la conscience noire aurait commencé avec les « crachats et bruits de singes » qu'il aurait endurés durant sa jeunesse provinciale. A 18 ans, après avoir découvert la Nation of Islam lors d'un voyage à Los Angeles, il rejoint la branche française de l'organisation. Plus jeune membre de ce groupe, il arrête le lycée et fait du prosélytisme dans les rues. « C'est là que je me suis fait les dents. » Délaissant le Coran pour le kémitisme, il quittera l'organisation au bout d'un an et demi : « Comme beaucoup de frères, je me suis converti à l'islam par contestation de l'Occident. Le problème, c'est que l'islam fait partie de la matrice sémito-centriste », dit-il sur internet.

En décembre 2002, au retour d'un voyage au pays des pyramides, il prend le nom de Kémi Séba, « étoile noire » en égyptien ancien. Il suit des cours du soir pour passer une capacité de droit à Nanterre, et fonde avec trois copains de fac le Parti kémite. L'aventure ne dure pas : « Certains d'entre eux étaient intégrationnistes. Pas moi! » En octobre 2004, il lance la Tribu KA dont le faire-part de naissance est des plus explicites : « Ceux qui m'ont trouvé raciste, extrémiste, illuminé par ma foi lorsque j'étais porte-parole du Parti kémite ne devraient pas s'intéresser à la Tribu KA. » Rapidement, le groupe fait parler de lui en publiant sur internet une liste des ennemis intérieurs de la communauté. En menaçant « les papillotes des rabbins » si un procès équitable n'était pas offert à Youssouf Fofana. Il affiche son soutien à Laurent Gbagbo : «Si cela passe par un besoin humain et physique pour chasser l'intrus [NDLR : les Français ] de notre terre mère, ce sera avec un grand honneur que la Tribu KA détachera des frères.» Ils auraient aussi proposé leurs services à l'ambassade du Zimbawe. « Mais à cause de notre réputation sulfureuse, ils ont décliné l'offre », affirme Kémi Séba. Après leur avoir un moment prêté son Théâtre de la Main-d'Or, Dieudonné a pris ses distances avec le groupe il y a un peu plus d'un an : il lui reprochait d'interdire l'accès de ses réunions aux non-Noirs.


4 - Un extrait de « Identités noires », diffusé sur France 2, dans Envoyé spécial le 24 mai 2007 :



5 - Extrait de Stéphane François, Damien Guillaume et Emmanuel Kreis, « La Weltanschauung (vision du monde) de la tribu Ka », Politica Hermetica, n° 22, 2008, pp. 107-125 :

Dans le discours de la tribu KA, le mythe « kémite », d’essence occultiste et postulant une quête de la « race pure », s’articule plus étroitement et plus violemment encore à l’antisémitisme. Celui-ci y occupe même une position centrale. La question se pose ici d’une possible influence d’un antisémitisme afro-américain. En effet, le « département de la Recherche Historique » de la Nation of Islam de Louis Farrakhan, à laquelle Kémi Seba a adhéré durant un temps, a publié en 1992 un texte, The Secret Relationship between Blacks and Jews, dans lequel il soutient que les juifs furent les principaux acteurs de la traite des Noirs. Selon Saul Friedman, ce texte est à l’origine d’un regain d’antisémitisme des Noirs-américains.

Cette critiques d’une responsabilité juive dans l’esclavage se retrouve parmi d’autres thèmes dont Kémi Seba et les porte-paroles de la tribu Ka ont fait un leitmotiv : la France est un pays colonisé par les « sionistes », lesquels se prévalent de la Shoah pour assurer leur domination ; à l’extermination nazie, habituellement tenue pour une extrémité irréductible, la tribu Ka oppose un « génocide noir » qu’ils placent hiérarchiquement loin devant celui, « infiniment moins important » , des Juifs, et tiennent en fait pour le plus grand génocide de l’humanité. Dénonciation du péril « sioniste » et relativisation de la Shoah constituent l’articulation classique d’un « antisionisme radical » que la tribu Ka recycle sans vergogne. Suggérons par ailleurs que l’utilisation de tels thèmes dans le cadre d’un positionnement afrocentriste a pu être favorisée par certains négationnistes européens qui, depuis les années 1990, ont largement insisté sur l’importance du « génocide » des populations africaines lors de la traite des noirs. L’antisémitisme de la tribu Ka, cependant, n’est pas le strict équivalent de l’antisionisme tel qu’on a pu le voir se développer dans le monde arabe : par exemple, la focalisation sur l’Etat d’Israël y est originairement bien moindre. En revanche, certains thèmes propres à l’antisémitisme radical européen s’y trouvent très fortement intégrés.

Le racisme de la tribu Ka se trouve ainsi associé à une vision nettement conspirationniste de l’histoire. La condition des peuples noirs résulte, selon Kémi Seba, d’un complot dirigé par les « sionistes ou suprémacistes juifs » qui prend ses racines dans un passé lointain. Selon les « Kémites atoniens », « (…) les Hyksos ancêtres des suprémacistes juifs, de leur vrai nom Heqa Kasut (Roi des nomades) envahissent vers 1850 avant Jésus le nord-est de Kemet (Égypte), ils passent au fil de l’épée des centaines de milliers de Kémites, avant d’être chassés de Kemet (Égypte) par le Fara Iahmesu et son épouse la reine Iahmesu-Nefertari ».

La Torah n’est selon eux que le premier manifeste du sionisme, puisque ce dernier serait une « idéologie inhérente, non pas à Theodor Herzl en 1894 comme veulent le faire croire certains politologues ignares, mais bel et bien à la rédaction de la Torah en 398 av. J.-C. par le scribe sacrificateur juif Esdras ». Ce sionisme est défini ailleurs « (…) comme un système global d’oppression, exercé par un groupuscule de personnes de confession juive, à l’encontre de tout peuple refusant leur hégémonie, dans tous les domaines de la vie (Économie, Politique, Éducation, Travail, Droit, Divertissement, Religion, Sexualité, Guerre) ». De ces considérations découle une réécriture de l’histoire qui n’est plus qu’un vaste complot conduit par les juifs. Dans un texte qui fut publié sur le premier site de Kémi Seba, Le Sionisme, ou l’idéologie de la suprématie raciale juive, un auteur anonyme détaillait les grandes lignes du plan juif de domination, lequel relevait plus d’une tradition antisémite européenne « kémitisée » pour l’occasion que de l’élaboration originale. Ce texte accumulait de nombreux stéréotypes du discours antijuif des droites radicales françaises de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, comme l’alliance des juifs avec le protestantisme, puisque « (…) il est un secret pour personne que Calvin, un des zélés propagateurs de la "réforme" qui s’apparente plus à une division donc à un affaiblissement du christianisme est un sioniste, mandaté par la mafia sioniste, pour détruire le christianisme », voire l’alliance avec la franc-maçonnerie, un thème parmi les plus exploités par toute la littérature conspirationniste de la fin du XIXe siècle. Dans la plus pure tradition anti-maçonnique, les « théoriciens » de la tribu se réfèrent à des témoignages d’ex-maçons africains passés à l’antimaçonnisme et cherchant à en démasquer la nature profonde ; Doumbi-Fakoly considère que c’est conformément à cette nature que la maçonnerie a coopté « la quasi-totalité des hommes politiques africains au pouvoir ainsi que ceux de l’opposition », tous corrompus.

Pour l’auteur anonyme du Sionisme, ou l’idéologie de la suprématie raciale juive, la responsabilité des pires crimes, dont « la très longue liste se compose de noms comme ceux du roi Carlos du Portugal, du Président Doumer, du Président Félix Faure, tous trois victimes de complots sionisto-maçonniques », doit être mise sans hésitation au compte de cette hydre à deux têtes. Plus encore, « dans cet océan de sang, plus de deux cents millions (200 000 000) de morts sont directement imputables à la mise en oeuvre de la commande sioniste du talmudiste Karl Marx ». Non moins classiquement, si les crimes du communisme sont imputés aux juifs, l’auteur les rend également responsables du système capitaliste :

« L’envers de l’idéologie sioniste du talmudiste Karl Marx est le capitalisme symbolisé par un autre grand sioniste devant l’Éternel, à savoir le baron de Rothschild (la "bannière rouge"). Ainsi le sionisme, d’après un scripte (la Torah d’Esdras) écrit depuis des millénaires veut enrôler le monde dans le chaos, tous derrière la "bannière rouge" (celle du capitalisme et celle du marxisme). Contrôle du haut par la finance (capitalisme) et contrôle du bas par la révolution des masses (marxisme). L’action des deux entraînant une esclavagisation absolue du Monde, menée par les sionistes ».

Nous nous retrouvons en fin de compte devant le classique « ni droite, ni gauche » des droites radicales européennes.

Ainsi, pour partie originale, l’antisémitisme affiché par la tribu Ka compose aussi bien avec les grands thèmes de l’antijudéo-maçonnisme européen, à peine modifiés en vue de leur donner une tonalité afrocentriste. Les conceptions mythico-religieuses de la tribu Ka se présentent en fait comme le point de rencontre de différentes traditions ; en intégrant dans son discours une vision racialiste de l’histoire, des poncifs des courants ésotériques, le conspirationnisme antijudéo-maçonnique et le néo-paganisme, la tribu Ka renoue avec les élaborations völkisch de l’Allemagne du début du XXe siècle, l’afrocentrisme remplaçant le nordicisme . En effet, nous retrouvons le même enracinement dans un passé remontant à des époques antéhistoriques : si les uns se réfèrent à un paganisme germanique aryen largement imaginaire, les autres se tournent vers une Égypte lointaine dont l’histoire romancée est perçue comme dépositaire de « la tradition ancestrale » des peuples noirs. Dans les deux cas, les traditions religieuses antiques se voient colorées de thèmes liés aux courants ésotériques contemporains – telle l’importance accordée aux monuments du passé, et au magnétisme (avec le concept de « nature “électronique” du Christ » du völkisch autrichien Liebenfels ou le conditionnement à l’énergie Ka des « medzatones » de la tribu Ka). Tous sont des néo-paganismes, qui s’accompagnent d’un violent rejet des religions du Livre. Enfin, et surtout, les deux marient de façon très symétrique une vision racialiste et une conception conspirationniste de l’Histoire.

Les parallèles qui peuvent être faits entre le mouvement völkisch et « kémite » sont donc nombreux, tandis que les différences ne concernent guère que le rôle donné à tel ou tel référents raciaux. Celui que les völkisch attribuaient aux Aryens, la tribu Ka le réserve aux Africains, qu’elle considère comme le Peuple élu et porteur de la « Civilisation ». Là où les völkisch étaient fascinés par les runes, les membres de la tribu Ka réutilisent tout le bric-à-brac des symboles égyptiens et disent leur sympathie pour le vaudou et le candomblé, persistances antillaises et américaines d’un animisme issu du golfe du Bénin et maintenu parmi les esclaves et leurs descendants. À l’instar d’un Liebenfels, Doumbi-Fakoly fait à la fois une interprétation littérale et raciologique de la Bible, où l’on retrouve d’ailleurs, et significativement, la même image du juif corrupteur. En fin de compte, on constate un unique, et certes complet, renversement de perspective : les « blancs » sont considérés par les prosélytes kémites comme « la » race inférieure, là où chez les völkisch ce rôle était tenu par… les Africains !


(Dernière mise à jour : 03/11/2009)